Aux journalistes et à leurs boîtes
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Tout d’abord je voudrais commencer en précisant que j’aime et respecte votre profession peu importe le support, papier, radiodiffusé, télévisé ou mis en ligne. Et pour preuve j’achète tous les jours les journaux locaux et le weekend, en fonction de mes finances, je prends des journaux nationaux voire internationaux, je participe anonymement aux débats sur les radios et télévision, car l’idée de contribuer financièrement et de participer aux œuvres des autres touchant la société me séduit et m’anime.
Le problème, car j’estime qu’il y en a bien un, est que depuis quelques années, les médias ont pris un tournant dangereux et cette tendance impacte sur la société. Ce virage ne vous permet plus de distinguer votre point de départ et ce pourquoi vous vous êtes voués et engagés.
En effet, vous avez perdu la notion de la pudeur. Si un jour un enfant meurt atrocement sous les coups de son père qui a sombré dans l’alcool et la drogue parce qu’il a perdu le courage de lutter contre la difficulté de la vie, et bien vous allez filmer, enregistrer photographier la mère marmonnant sa vengeance en larmes, afin de pouvoir efficacement inonder l’espace public d’images et de sons. Plus on sanglote, plus on hurle, plus il y a de violence et de comportements extrêmes, mieux c’est, car vous savez que cela est captivant et donc vendeur. Cela va faire vivre le discours ambiant, et un discours qui vit longtemps est une réussite marketing.
Pendant ces cinq derniers jours qu’il y a eu des mouvements sociaux par exemple, votre vivier d’information était majoritairement les casseurs-pilleurs et leurs victimes (c’est important une victime parce que ça crie, ça insulte, ça pleure, ça se lamente, ça promet de taper du poing). Pas de place dans cet amas pour les actions positives, citoyennes, intelligentes et calmes. Par exemple ces jeunes qui ont mis en terre des plants de culture vivrière devant la préfecture pendant les négociations de vendredi, vous l’avez pas du tout ou à peine murmuré, souligné. Notons également les déformations de faits, ou la non-vérification de faits, si je pense à cette journaliste radio dont je tairais le nom et l’employeur qui rapportait que mardi devant la SRPP, les manifestants du Port étaient alcoolisés, hurlant aux armes la dodo à la main. Ce ne sont que des calomnies, l’information va trop vite, des conclusions sont tirées trop hâtivement, car ce ne sont pas les manifestants qui étaient dans cet état déplorable, mais trois employés d’une entreprise voisine qui ont l’habitude de finir leur service dans le camion-bar du coin. Employés qui étaient jadis mes collègues au passage.
Vous ne diffusez même plus des faits avérés, qui se sont produits réellement, mais des rumeurs, des racontars, à voir l’affaire Veolia/Borloo. Le bonhomme n’est pas mort que vous le mettez déjà dans le cercueil.
De plus vous avez perdu de vue la froide magnificence de l’objectivité. De plus en plus dans vos articles, dans vos énoncés, vous laissez volontairement ou non transparaitre vos opinions et avis. Cela se voit au choix de vos mots, au choix de certains de vos expressions, mais aussi et surtout au choix des sujets que vous mettez en lumière. Par cela vous orientez l’opinion publique.
Par exemple, pour la présidentielle, il y a une dizaine de candidats encore à la recherche des 500 signatures. Mais dans la presse, on ne se focalise que sur le match Sarkozy-Hollande. C’est très vendeur, tout comme les pérégrinations et élucubrations de Le Pen. De ce fait, le public ne connait vraiment que trois candidats. Lorsqu’il n’aime pas, ou a été déçu par Sarkozy ou Hollande, il pense que la seule alternative est Le Pen. À cause des journaux, radios, télévisions et internet, qui orientent constamment l’opinion publique, nous pouvons d’ores et déjà dire qui se trouvera dans le trio de tête.
Or à mon sens, en ayant épluché les programmes de tous les candidats et connaissant très bien les réalités sociales en France et à La Réunion puisque je les vis, seuls deux hommes sont à même à prendre les rênes du pays dans le contexte actuel : Bayrou, le centriste, et Mélenchon, le frontiste de gauche.
Enfin vous faites pire, lorsque vous vous mettez à parler de "communauté" pour désigner les mahorais et les comoriens, car vous contribuez encore une fois à l’orientation de l’opinion publique, et alimenter les tensions qui existent. En employant un tel terme que vous pensez neutre, vous les confinez, vous les excluez de la population réunionnaise, alors qu’ils en font partie. Lorsqu’un individu lambda (sauf homme/femme politique) commet un crime, une incivilité à La Réunion, nous n’avons absolument pas besoin de savoir de quelle origine il est, ni de quelle ville il vient, ni qui il est, car en précisant qu’il est d’une telle d’origine, d’une telle ville, porte tel ou tel nom de famille, vous permettez au lecteur, à l’auditeur, au spectateur de s’ériger en juge et en bourreau.
Alors s’il vous plait, je vous en supplie, n’imitez pas les médias nationaux ou internationaux. Faites fonctionner vos boîtes mais redevenez objectifs, respectez la pudeur, fuyez le "newstertainement", informez mais ne donnez pas votre avis, n’orientez pas l’opinion publique, haïssez les ragots. Ne diffusez que l’authenticité en ne décrivant pas avec vos yeux d’homme ou de femme, mais telle la caméra panoramique, juste de manière mécanique en prenant soin de tout balayer.
Soyez des journalistes, pas des publicitaires ou des VRP.
Franciska JDM du Port


