Du champ au panier : la première boutique de producteurs de l’île ouvre à Bras-Panon

Salades fraîchement récoltées, légumes, confitures, pâtes de piment ou encore produits surgelés : les premiers clients étaient déjà au rendez-vous ce mardi matin 8 septembre aux "Fraîcheurs de Bras-Panon". Après plusieurs années de travail, la première boutique de producteurs de La Réunion a officiellement ouvert ses portes. Un lieu où une dizaine d’agriculteurs vont vendre eux-mêmes, sans intermédiaire, ce qu’ils produisent et transforment à Bras-Panon.
À peine les portes ouvertes, les premiers paniers se remplissent. Ce mardi matin 8 septembre, l’inauguration officielle tout juste terminée, les premiers clients avaient déjà franchi le seuil des "Fraîcheurs de Bras-Panon", pour repartir avec salades, légumes et autres produits frais, mais aussi transformés et surgelés.
Une première à La Réunion : derrière les produits vendus, mais aussi derrière la caisse, ce sont les agriculteurs qui gèrent tout eux-mêmes.
Circuit très court
"C'est du circuit très court, c'est du produit frais, local, de Bras-Panon", résume Laurent Tamon, agriculteur et trésorier de l’association. Pour les producteurs, la boutique doit permettre d'écouler plus facilement leur production, tout en apportant une valeur supplémentaire à leurs exploitations.
L'inauguration s'est déroulée ce matin, mardi 8 septembre, en présence du maire, Jeannick Atchapa, du président de la Chambre d'agriculture, de Sophie Arzal, vice-présidente du Département, du président de la chambre d'agriculture, Olivier Fontaine, de la sénatrice Audrey Bélim, du sous-préfet de Saint-Benoît Fabrice Bonicel, de Pascal Plante, élu à la Région et président de la CPME, des représentants des chambres des métiers et du commerce, et de l'élu de la Plaine-des-Palmistes en charge de l'agriculture.
Par contre, aucun représentant de la Cirest n'était présent, malgré une invitation, nous indique-t-on.
Une boutik qui nourrissait déjà les Panonnais
L'adresse n'a pas été choisie au hasard. Les Fraîcheurs de Bras-Panon occupent l'ancienne boutique chinoise "Chez Dédé", bien connue de générations de Panonnais et fermée depuis une vingtaine d'années.
Le commerce a notamment été tenu de 1979 à 2003 par André Tam Tsi. Mais bien avant lui, le lieu était déjà une boutik chinoise où les habitants du secteur venaient faire leurs courses. Harry Vaïtilingom, président de l'Association des producteurs de Bras-Panon, se souvient lui-même y avoir été envoyé enfant par ses parents.
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"Ça fait des décennies, plusieurs dizaines d'années, que cette boutique existe. Elle servait à nourrir les habitants de Bras-Panon. Et donc aujourd'hui, on la transforme en boutique des producteurs. Elle va toujours servir à nourrir", souligne-t-il.
Le bâtiment a été joliment remis en valeur sans perdre son caractère. L'aménagement reste simple, avec les vieilles pierres conservées et l'esprit de l'ancienne boutik préservé. La commune met gratuitement à disposition des producteurs ce local de 60 m², dont 40 m² consacrés à la vente et 20 m² au stockage.

Du frais, du "lontan", du transformé et du surgelé
L'offre est appelée à évoluer avec les saisons et les récoltes. Dans les rayons : fruits et légumes, tubercules, brèdes, aromates, miel, mais aussi une gamme de produits transformés.
Ce matin, on pouvait repartir avec sa salade, brèdes, gingembre, ananas, patates douce, manioc et autres bananes, mais aussi avec du mail, des achards mais aussi du Ti jacques, manioc ou chips de fruits à pain déjà coupés et surgelés, prêts à l'emploi.
Après des formations, les agriculteurs proposent aussi des recettes originales : huiles pimentées, persillade avec des farines de manioc ou de fruit à pain, confitures, achards, huile pimentée, persillade ou encore produits confits.
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À terme, jus de canne, glace de canne, jus de fruits, sirops ou galabé doivent également enrichir l'offre.
Que du frais récoltés à quelques kilomètres de là et transformés juste à l'arrière de la boutique, dans le laboratoire de transformation. Si tout ne sera cependant pas disponible dès les premiers jours, l'offre est appelée à s'étoffer au fil des mois et des saisons.

Des rayons qui vont monter en puissance
L'ouverture était autant attendue que stressante pour les producteurs, qui ont dû jongler avec plusieurs dates successivement annoncées puis repoussées, notamment en raison du retard de la chambre froide.
Une difficulté lorsqu'il faut programmer plantations et récoltes plusieurs mois à l'avance. "Depuis l'année dernière, il doit ouvrir, il doit ouvrir", expliquait Juliette Masson quelques jours avant le lancement.
La date du 8 septembre finalement confirmée, il a fallu réorganiser les exploitations pour être prêts. Les dix producteurs vont donc progressivement augmenter et diversifier leur production.
Les produits à base de fruit à pain, notamment, arriveront au rythme des futures récoltes. Les letchis suivront avec leur saison.

Produire, transformer… puis passer derrière la caisse
Car le concept va beaucoup plus loin que la simple mise en rayon de produits agricoles.
Les producteurs assurent eux-mêmes le fonctionnement du point de vente. Ils se relaieront notamment en binôme derrière la caisse. Une personne bénéficiant d'un contrat aidé à mi-temps complétera dans un premier temps cette organisation, avant que l'association puisse, elle l'espère, embaucher quelqu'un spécifiquement pour gérer la boutique.
"On produit et pendant les débuts, on va tenir la boutique", explique Laurent Tamon. "Toute la semaine, on sera à deux agriculteurs pour tenir la boutique, pour faire tenir la caisse."
Du travail supplémentaire pour des professionnels déjà occupés sur leurs exploitations, mais la garantie d'une vente réellement directe.
Pour être fin prêts, les agriculteurs ont bénéficié de formations à l'hygiène alimentaire, à la transformation, à l'agroforesterie ou encore à la culture du fruit à pain.

Un labo pour donner une deuxième vie aux récoltes
À l'arrière de la boutique, un laboratoire de transformation végétale complète le dispositif. Opérationnel depuis 2025, il permet de découper, emballer, transformer, mettre sous vide ou surgeler les productions.
"On a toutes les machines qu'il faut pour que l'agriculteur puisse avoir cette valeur ajoutée sur chaque produit", explique Harry Vaïtilingom, le ,président de l'association des agriculteurs de Bras-Panon.
Pour lui, l'ouverture constitue la suite logique de ce travail : les agriculteurs peuvent désormais transformer, puis vendre directement leurs produits "sans intermédiaire".
Le laboratoire doit également permettre de limiter les pertes. Une récolte qui ne trouve pas preneur en frais peut, lorsque le produit s'y prête, être transformée en confiture, achard, farine, produit séché, préparation sous vide ou surgelée.
Pour plusieurs membres de l'association, planteurs de canne à l'origine, cette activité constitue aussi une façon de pousser plus loin la diversification de leurs exploitations.

Ni discount, ni grande surface : "le juste prix"
Sur les prix, les producteurs veulent profiter de l'absence d'intermédiaires pour être le plus compétitif possible. Le local est par ailleurs mis gratuitement à disposition par la commune, l'association prenant à sa charge ses consommations d'eau et d'électricité. L'objectif est de proposer un prix "juste", prenant en compte les charges des agriculteurs. Des prix alignés sur ceux des marchés forains.
Mais pour Olivier Fontaine, président de la Chambre d'agriculture, la comparaison ne doit pas se limiter à rechercher le prix le plus bas.
"Une boutique de producteurs, c'est le juste prix pour le consommateur", défend-il. "Ce n'est pas forcément un discount alimentaire où on va trouver des prix très bon marché."
Car produire ne représente qu'une partie du travail : transformer, conditionner puis commercialiser prend également du temps. "Il faut qu'ils soient rémunérés à la juste valeur. Mais en tout cas, je peux garantir qu'il y aura le juste prix dans cette boutique", poursuit Olivier Fontaine.
Pour le président de la Chambre, ce type de commerce constitue surtout une offre supplémentaire, à la fois pour les agriculteurs qui cherchent à mieux valoriser leur travail et pour des consommateurs de plus en plus demandeurs de circuits courts.

Une pièce d'un Projet alimentaire territorial
Les Fraîcheurs de Bras-Panon ne constituent d'ailleurs pas un projet isolé. La boutique s'inscrit dans le Projet alimentaire territorial (PAT) porté par la commune depuis 2021.
Laboratoire de transformation, formations, travail autour du fruit à pain, école municipale de cuisine et désormais boutique : la municipalité entend créer progressivement un écosystème autour de l'agriculture et de l'alimentation locales.
"Aujourd'hui, avec les Fraîcheurs de Bras-Panon, nous franchissons une nouvelle étape", souligne Jeannick Atchapa. Pour le maire, la boutique doit "rapprocher les producteurs et les consommateurs" et permettre aux habitants de retrouver plus facilement des produits locaux et frais.
Avec, en toile de fond, un enjeu de souveraineté alimentaire. "Nous restons encore très dépendants des produits venant de l'extérieur", rappelle le maire, qui veut "développer les circuits courts" et encourager les habitants à consommer davantage ce qui est produit sur le territoire.
La commune a pris en charge l'aménagement du bâtiment afin de confier ensuite sa gestion aux agriculteurs. "Ce projet doit vivre avec les producteurs et grâce aux producteurs", insiste Jeannick Atchapa.

Bientôt son panier commandé sur Internet
Une fois la boutique rodée, le circuit court doit également passer par Internet.
Un site est en cours de développement. Les clients pourront y sélectionner leurs produits, constituer et valider leur panier, puis choisir un créneau pour venir récupérer leur commande aux Fraîcheurs de Bras-Panon. Le service doit être disponible prochainement.
Les producteurs réfléchissent ainsi à des paniers prêts à emporter, afin que les clients puissent récupérer rapidement leurs produits sans avoir à faire leurs courses rayon par rayon.
À cela doivent s'ajouter des colis solidaires, en lien avec le CCAS, afin de faire aussi profiter des produits locaux aux publics les plus fragiles. Cette dimension sociale vient compléter la logique du PAT : rapprocher la production agricole locale de l'alimentation quotidienne des habitants.

Un peu plus de 125.000 euros d'aménagements
La réalisation de la boutique représente 125.000 euros HT d'investissement : 100.000 euros ont été apportés par le Département dans le cadre du Pacte Département et Territoires 2024-2026 et 25.000 euros par la commune.
La DAAF a également consacré 19.200 euros à la préfiguration du point de vente. Un financement de 4.700 euros du Crédit Agricole a été versé directement à l'association pour la chambre froide et du matériel complémentaire, dont des machines pour le jus de canne et le granita. L'Ademe finance pour sa part le poste de coordinateur du PAT.
Après les investissements vient désormais le défi le plus important : faire vivre le lieu. "Avec cette boutique, nous ne terminons pas une aventure, nous ouvrons une nouvelle étape", résume Jeannick Atchapa.
Pour Harry Vaïtilingom, l'objectif est encore plus concret : "Que nous puissions vendre le maximum de produits dans notre boutique et que nous puissions vivre de notre métier et être innovants dans nos produits."
Pratique
Adresse : 21, rue des Limites, 97412 Bras-Panon, en face de l'ancien four à pain. Des places de stationnement sont disponibles à l'arrière et le site est accessible aux personnes à mobilité réduite.
Horaires, susceptibles d'évoluer : du lundi au vendredi de 10h à 18h ; samedi et dimanche de 9h à 12h.


