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20 et 30 ans de réclusion requis contre les deux accusés de l’incendie meurtrier du Tampon

Ecrit par S.G. – le jeudi 3 septembre 2026 à 12H16

L’avocat général a requis 20 et 30 ans de réclusion contre les deux accusés du meurtre par incendie d’Assani Inzoudine le 23 septembre 2022 au Tampon.

« Cet homme, tombé inconscient, n’avait aucune chance de survivre à cet incendie. » Prenant la parole face aux jurés de la cour d’assises de La Réunion, l’avocat général Anthony Chaussy a requis jeudi 3 septembre la condamnation des deux accusés au procès de l’incendie meurtrier ayant coûté la vie à Assani Inzoudine le 23 septembre 2022 au Tampon.

Perpétuité encourue

Contre son cousin Ibrahim Bourouhani, 35 ans, « a priori l’instigateur, incapable de respecter les règles » et jugé en état de récidive de crime pour avoir été condamné par les assises de Mayotte en 2013, la peine de 30 ans de réclusion criminelle est requise, avec une période de sûreté des deux tiers ainsi qu’un suivi sociojudiciaire d’une durée de cinq à dix ans.

Contre sa compagne Adeline Racaye, 31 ans, « probablement incitée mais pleinement consciente de son choix », et jugée pour meurtre sur conjoint, ce sont 20 ans de réclusion criminelle qui sont demandés ainsi qu’un suivi sociojudiciaire de trois ans et une injonction de soins.

Tous deux, lui pour la récidive, elle pour la circonstance aggravante de conjoint, encourent la réclusion à perpétuité.

"Ils ont menti tous les deux"

« Ils ont menti tous les deux dès le début de l’enquête : elle en parlant d’une bouteille de gaz, lui en falsifiant l’heure de son départ », introduit le magistrat, rappelant les déclarations évolutives des deux suspects au fil des avancées de l’enquête : « On a voulu rectifier le mensonge par un autre mensonge à chaque nouvel élément : les vidéos montrant Bourouhani dans la rue peu après l’incendie, le faux appel avec le téléphone de Mme Racaye pour se faire un alibi, la fuite à la vue des pompiers. »

"Il y a une logique"

S’agissant d’Adeline Racaye, l’avocat général rappelle les révélations faites à ses sœurs deux mois après le drame, « pour soulager sa conscience » et « qui apportent des détails corroborés par les éléments matériels du dossier. » La jeune femme a eu beau se rétracter par la suite, « elle n’a pas pu inventer ça » : la relation sexuelle avec Ibrahim Bourouhani, la dispute avec Assani Inzoudine, le choix de mettre le feu après sa chute au sol. « Tout colle : le contexte, les horaires, la mise à feu : il y a une logique », insiste le magistrat malgré le revirement de la jeune femme à l’audience.

« La vérité, on ne l’aura jamais » avait prévenu la bâtonnière Séverine Ferrante pour la partie civile. « On a quand même quelques certitudes : un incendie volontaire qui a causé la mort atroce d’un homme, l’existence d’une dispute à trois voix peu avant le drame, et des versions qui varient », énumère l’avocate.

Retour de flamme

Pointant « la trahison » d’Ibrahim, le cousin qui avait été hébergé par Assani, puis « la volonté de faire disparaître les traces de la dispute », l’avocate croit à la culpabilité des deux accusés. « Adeline Racaye, c’est en mettant le feu qu’elle s’est brûlée. Comment aurait-elle pu traverser l’appartement nue et ouvrir la porte sans se brûler ni les mains ni les pieds ? Elle s’est pris un retour de flamme à l’allumage. »

« Assani était un fils, un frère et un père aimant. Il aimait aussi sa femme et son cousin, et voilà où sa générosité l’a amenée », conclut la bâtonnière.

Lire aussi : Aux assises, la douleur des proches d’Assani Inzoudine, victime de l’incendie meurtrier du Tampon

Trois enfants "qui devront vivre sans savoir"

Pour Me Ahmed Ben Ali, autre partie civile, ce « plan du feu » est survenu « car Ibrahim ne pouvait assumer ce qu’il avait fait devant sa famille, devant sa communauté où un cousin est traité comme un frère. »

Résultat : trois enfants « qui ont perdu leur père de façon atroce, et n’ont plus vraiment de mère non plus », souligne Me Lafitte, « et qui devront vivre sans savoir vraiment ce qui s’est passé. »

La parole est à la défense, un verdict est attendu en fin de journée.

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