Face au monde économique réunionnais, Édouard Philippe ouvre la réflexion sur l’octroi de mer

À Saint-Pierre, Édouard Philippe a consacré la première séquence ouverte à la presse de sa visite aux acteurs économiques. Le candidat à la présidentielle a notamment ouvert la réflexion sur l’octroi de mer, tout en défendant son rôle dans la protection de la production locale.
Coût du fret et des matériaux, fiscalité, énergie, complexité des aides européennes, poids des normes ou délais nécessaires pour concrétiser les projets : derrière des problématiques propres à chaque filière, les mêmes obstacles reviennent : disposer d’un cadre plus stable et davantage adapté aux spécificités de l’île.
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Pour Katy Hoarau, présidente du Medef Réunion, l’enjeu est justement de changer de perspective. "J’en ai marre qu’on parle de nous comme des gens résilients", lance-t-elle. Au-delà des réponses à apporter à une économie qu'elle juge aujourd'hui dégradée, elle défend un nouveau projet "ensemble, cap vers une économie réunionnaise robuste". Un projet du Medef Réunion fondé sur la production locale, les compétences, l’innovation et une meilleure insertion de La Réunion dans son environnement régional.
Ainsi les préoccupations exprimées varient selon les secteurs. Philippe-Alexandre Rebboah, président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR), a abordé la fiscalité et les règles encadrant le travail dominical.
Pour l’industrie, Michel Dijoux, de l’ADIR, a plaidé pour un élargissement du champ industriel réunionnais, une action sur le coût du fret et les taxes, ainsi qu'une sécurisation à long terme du modèle économique. Il demande également la création d’un guichet unique de l’État susceptible de raccourcir les délais de réalisation des projets.
Face aux crises successives, les représentants des acteurs économiques ne veulent plus faire de la "résilience" un modèle économique et souhaitent passer à l'action. Edouard Philippe reprend l'idée. "Moi, je fais de la boxe. Encaisser un choc, ce n’est pas une finalité en soi. La résilience, ce n’est pas une stratégie."
La "fonction protectrice" de l'octroi de mer,
Au milieu de ces préoccupations, la question de l’octroi de mer s’est invitée dans les échanges. Pour Édouard Philippe, la réflexion doit être examinée "territoire par territoire". L’ancien Premier ministre reconnaît l'intérêt de cette fiscalité pour l'économie productive réunionnaise : elle exerce, selon lui, "une fonction de protection de la production locale qui n’est pas absurde du tout". Il pointe néanmoins "son manque de lisibilité pour le consommateur".
"Je ne crois pas qu'on puisse réfléchir sur l'octroi de mer de façon absolue et générale dans tous les territoires où il s'applique, mais je suis sûr que la question pourrait être ouverte à La Réunion, à condition, et j'y insiste, que le produit de la fiscalité installé à la place d'un éventuel octroi de mer soit clair, assis sur une base très large, et que son produit revienne en sa globalité, en sa totalité, au territoire pour financer les besoins importants d'investissements qui prévalent ici", avance-t-il.
"Beaucoup mieux prendre en compte" les spécificités réunionnaises
Dans sa réponse aux acteurs économiques, Édouard Philippe défend également la poursuite de la politique de l’offre engagée à partir de 2017, tout en faisant de la maîtrise des finances publiques et de la stabilité fiscale des conditions nécessaires à l’investissement. "Nous devons beaucoup mieux prendre en compte les particularismes et la spécificité réelle que peut vivre l’île de La Réunion", affirme l’ancien Premier ministre.
Une adaptation qui doit également se jouer à Bruxelles. Édouard Philippe reconnaît que plusieurs dispositifs européens ont été pensés "d’abord et avant tout pour l’Europe continentale" et se révèlent "assez largement inadaptés" aux réalités d’une région ultrapériphérique comme La Réunion.
Pour mieux faire valoir ces particularités, le candidat estime que la France doit retrouver davantage de poids auprès de ses partenaires. "Si nous voulons faire en sorte qu’au niveau communautaire, au niveau européen, les spécificités réunionnaises soient mieux prises en compte, il faut que la France soit plus influente dans l’Union européenne", défend-il, liant notamment cette capacité d’influence au redressement des finances publiques françaises.


