Chemin Furcy Pitou : la mairie de Saint-Benoît suspend l’interdiction des poids lourds jusqu’au 11 septembre

Après trois jours de tensions autour de l’interdiction des poids lourds sur le chemin Furcy Pitou, la mairie de Saint-Benoît desserre temporairement l’étau. À l’issue d’une réunion organisée ce vendredi après-midi avec les transporteurs et les industriels, Patrice Selly a annoncé la prise d’un arrêté dérogatoire permettant aux camions de reprendre la circulation jusqu’au 11 septembre. Une nouvelle réunion doit se tenir à cette date pour tenter de trouver un accord sur le financement des travaux de la voie, estimés à 700.000 euros hors taxes.
Une sortie de crise, mais seulement provisoire. Réunis ce vendredi 21 août à la mairie de Saint-Benoît, industriels, transporteurs, représentants de la Chambre de commerce et élus ont tenté de trouver une solution au bras de fer engagé autour du chemin Furcy Pitou.

Depuis plusieurs jours, la circulation des poids lourds y était devenue impossible en raison de l'application de l'arrêté municipal n°643/2026. Pris le 6 mai dernier, celui-ci interdit jusqu'à nouvel ordre la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes sur une portion du chemin Furcy Pitou, entre l'échangeur de Beauvallon et le giratoire de Rivière des Roches avec la RN2. La commune justifie notamment cette décision par les nuisances pour les riverains, la sécurité des usagers et la fragilité de la chaussée. L'arrêté prévoit toutefois la possibilité pour la mairie d'accorder des dérogations aux véhicules concernés.
Comme nous l'écrivions mercredi, l'application de cette interdiction avait provoqué la colère des transporteurs, contraints de stopper leur activité sur cet axe.
Un arrêté dérogatoire jusqu'au 11 septembre
Face au blocage, Patrice Selly, maire de Saint-Benoît et premier vice-président de la Cirest, avait convoqué une réunion ce vendredi après-midi. Autour de la table notamment : les carriers, les industriels Terralta et Cementis ainsi que la Chambre de commerce et d'industrie de La Réunion et sa branche transport.
À la sortie, le maire reconnaît que les discussions n'ont pas permis de régler le fond du problème. « Force est de constater qu'on n'a pas beaucoup avancé, faute de propositions concrètes de la part des industriels », estime-t-il.
Mais Patrice Selly dit avoir entendu les inquiétudes de la CCIR concernant l'activité des transporteurs. La municipalité va donc prendre un arrêté dérogatoire permettant à nouveau aux poids lourds d'emprunter le chemin Furcy Pitou jusqu'au 11 septembre. Une nouvelle réunion est programmée à cette date avec les mêmes acteurs.
La mairie réclame une participation aux 700.000 euros de travaux
Sur le fond, la position de Saint-Benoît ne change pas. La commune demande aux principaux utilisateurs de la voie, notamment les industriels, de contribuer financièrement à sa remise en état.
« La demande de la mairie est très claire et très simple. C'est que les utilisateurs les plus importants de cette voirie communale et ceux qui provoquent les dégradations les plus importantes, à savoir les industriels, participent aux travaux de réparation du chemin Furcy Pitou », insiste Patrice Selly. Le chantier est évalué par la commune à 700.000 euros hors taxes.
Pour l'heure, aucun accord financier n'a été trouvé avec Cementis et Terralta. Selon le maire, les deux industriels ont demandé un délai supplémentaire afin d'étudier la proposition et de formuler éventuellement des contre-propositions.
Patrice Selly prévient qu'en l'absence d'avancée en septembre, toutes les options resteront sur la table, y compris une nouvelle restriction de circulation.
« Dès lundi, on pourra travailler à nouveau »
Du côté des transporteurs, la décision est accueillie avec soulagement. Jean-Gaël Rivière, vice-président de la CCIR mais aussi président de la FNTR, estime que l'essentiel était d'abord de permettre aux professionnels de reprendre leur activité.
« Dès lundi, on pourra dire aux transporteurs qu'on peut aller travailler à nouveau. [...] Dès lundi, on peut travailler, on n'a plus de problème, donc on est satisfaits », explique-t-il à la sortie de la réunion.
Selon le représentant de la Chambre, les dernières journées d'interdiction ont entraîné une perte sèche pour les entreprises concernées. Les camions étaient « totalement à l'arrêt », les chauffeurs pouvant être stoppés par la police municipale lorsqu'ils tentaient d'emprunter l'axe.
Sur la participation financière réclamée aux carriers et aux industriels, Jean-Gaël Rivière préfère ne pas se prononcer, estimant que son rôle porte avant tout sur les problématiques de transport.
La « route des carrières » revient dans les discussions
Le conflit remet également sur la table un vieux dossier : celui d'une voie spécifiquement destinée aux camions liés aux carrières.
Patrice Selly rappelle que les carrières et les installations industrielles concernées se trouvent sur la commune voisine de Bras-Panon. Selon lui, la situation actuelle découle notamment d'un arrêté pris en 2018 par cette commune interdisant la circulation des véhicules de plus de 3,5 tonnes dans son centre-ville, reportant ainsi une partie du trafic vers Saint-Benoît.
Le maire bénédictin se dit disposé à discuter avec son homologue de Bras-Panon, Jeannick Atchapa, mais estime également que l'État devra être associé aux prochaines discussions.
La création d'une « route des carriers », évoquée depuis de nombreuses années, pourrait constituer une solution plus durable. Une piste également défendue par Jean-Gaël Rivière, qui rappelle que le projet est évoqué « depuis 20 ans » et permettrait d'éviter le passage des poids lourds par les secteurs habités.
Patrice Selly constate lui aussi que la crise actuelle a remis le dossier à l'ordre du jour. « Peut-être, et je l'espère, que cette route des carrières pourra in fine voir le jour », avance-t-il.
En attendant une éventuelle solution pérenne, le compromis trouvé ce vendredi offre donc trois semaines de répit. Les camions vont pouvoir reprendre la route, mais le rendez-vous du 11 septembre s'annonce déjà décisif pour la suite du dossier.


