Fabris Themyr, gardien de l’art des tisanes péi

Tisanier issu d’une lignée familiale, Fabris Themyr parcourt l'île à la rencontre du public. Certains clients font le déplacement depuis Saint-Paul pour échanger avec lui au Tampon, signe d’un regain d’intérêt pour les plantes médicinales et les savoirs traditionnels réunionnais.
Il y a ceux qui viennent acheter une plante et ceux qui viennent chercher un conseil, un soin, parfois un morceau de mémoire familiale. Ce mercredi 12 août, comme deux mercredis par mois à Multiplantes, au 17e km au Tampon, plusieurs personnes sont venues rencontrer Fabris Themyr, tisanier connu à La Réunion pour son travail autour des plantes et des tisanes traditionnelles.
Certains avaient même fait la route depuis Saint-Paul pour le voir. Une fidélité qui dit quelque chose de la place encore occupée par les tisaniers dans la société réunionnaise, entre transmission familiale, savoir populaire et prudence face à des pratiques qui ne s’improvisent pas.
“J’ai grandi là-dedans”
Chez Fabris Themyr, les plantes ne sont pas arrivées par effet de mode. Elles font partie de l’histoire familiale. “Je suis tisanier depuis des générations. Famille de tisaniers depuis l’Afrique, Madagascar, l’Inde”, raconte-t-il.
Sa mère était tisanière. Sa grand-mère aussi. Son arrière-grand-mère également. Lui dit avoir été plongé très tôt dans cet univers. “Depuis l’âge de 4 ou 5 ans, j’étais déjà sur le dos de mon mémé, mon tonton. On marchait dans les bois pour aller chercher tisane, fruit, etc. J’ai grandi comme ça là-dedans.”
Même lorsqu’il s’éloigne un temps de cette pratique pour poursuivre des études, le savoir ne disparaît pas. Il continue de conseiller des proches, de recommander telle plante pour un rhume ou tel mélange pour un souci du quotidien. Vers 20 ou 25 ans, il commence à exercer plus concrètement son activité auprès d’un public plus large.
Un savoir créole entre racines locales et apports extérieurs
Fabris Themyr travaille avec des plantes présentes à La Réunion, qu’elles soient exotiques ou endémiques, mais aussi avec des produits venus d’ailleurs. Il insiste toutefois sur la manière de prélever et d’utiliser les plantes locales. “Les endémiques, on est conscient de comment travailler et surtout comment les ramasser. Pas n’importe où, pas n’importe comment”.
La tisane réunionnaise, explique-t-il, est aussi le fruit d’un brassage. Des héritages africains, malgaches, indiens, créoles s’y croisent. Certaines recettes se transmettent au sein des familles, parfois sans être écrites. “Toute famille connaît un peu tisane”, résume-t-il.
Mais ce patrimoine s’est aussi fragilisé au fil des décennies. Fabris Themyr estime que la culture des tisanes s’est en partie perdue, notamment avec la montée en puissance de l’industrie pharmaceutique et le recul des herboristes. Pour autant, il observe aujourd’hui un retour d’intérêt. “Dans les familles créoles, la tisane a toujours existé”, rappelle-t-il, en citant la cannelle, la citronnelle ou encore l’ayapana, longtemps utilisées dans les foyers.
“Ce n’est pas un jeu”
Ce regain d’intérêt s’accompagne toutefois d’un risque : celui de croire qu’une information trouvée sur internet suffit pour utiliser les plantes sans danger. Sur ce point, Fabris Themyr se montre particulièrement vigilant.
“On ne peut pas prendre une tisane, la mettre dans un verre d’eau, faire bouillir et dire que c’est bon pour cela”, prévient-il. Selon lui, mélanger les plantes au hasard peut être dangereux. Il cite notamment l’exemple d’une personne souffrant de problèmes circulatoires et prenant déjà un traitement fluidifiant. Ajouter une plante ayant un effet similaire peut entraîner des risques.
Pour le tisanier, le conseil doit donc passer par un véritable échange avec la personne. “Ce n’est pas juste prendre un sachet et le donner comme ça. C’est une vraie consultation, un vrai kosé.”
Une tradition remise en lumière
Depuis plusieurs années, Fabris Themyr partage aussi ses connaissances à la radio, à la télévision et sur internet. Il y parle des plantes présentes dans l’environnement quotidien des Réunionnais : chiendent, feuilles de goyave, feuilles d’avocat ou encore feuilles de papaye. Pendant l’épidémie de chikungunya, l’une de ses vidéos sur la feuille de papaye avait particulièrement circulé.
Mais son message reste le même : les plantes ont leur place, à condition d’être utilisées correctement. Il évoque un champ très large, allant des troubles digestifs aux problèmes de sommeil, en passant par certaines pathologies chroniques. Des usages qu’il présente comme un accompagnement, et non comme un geste anodin ou universel.
À l’approche de la rentrée, il donne d’ailleurs un conseil simple : retrouver un rythme de sommeil. Avant même de parler de tisane, il recommande de réduire les écrans le soir, de reprendre le temps de se reposer et de se coucher plus régulièrement. La verveine, dit-il, peut accompagner ce retour au calme. Si cela ne suffit pas, il conseille de faire bouillir cinq peaux d'ail dans l'eau et de boire l'infusion.
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À travers son parcours, Fabris Themyr incarne une figure encore bien présente à La Réunion : celle du tisanier, dépositaire d’un savoir familial, mais aussi obligé de l’adapter à une époque où les plantes reviennent à la mode. Entre transmission et prudence, il rappelle que la tisane n’est pas seulement une boisson. C’est une culture.


