Trafic de drogue piloté depuis la prison de Domenjod : le passeur a rejoint la tête de réseau derrière les barreaux

Un jeune homme de 26 ans, mis en examen et écroué pour trafic de stupéfiants depuis le 11 mai dernier, a fait une demande de remise en liberté. Il est soupçonné d’avoir transporté de l’argent et de la drogue pour le compte d’un réseau piloté par un détenu de la prison de Domenjod.
Avec son allure dégingandée, Jean R. a l’air quelque peu paumé à son arrivée dans la salle d’audience où il fait face aux magistrats de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Saint-Denis. En prison depuis le 11 mai dernier, le jeune homme de 26 ans était employé dans la restauration rapide quand il a été approché par un trafiquant chargé de recruter des mules pour le compte d’un réseau d’importation de résine de cannabis, de cathinone et de cocaïne.
Appâté par la remise de quelques cadeaux, il n’a pas résisté longtemps à l’argument choc de son interlocuteur qui a surtout promis de lui remettre 5.000 euros par voyage. Réticent donc au départ, il a fini par accepter de prendre l’avion pour passer de la drogue mais aussi de l’argent dans le courant du mois de janvier 2026. A tout le moins.
14 suspects dont 13 en prison
Interpellé au début du mois de mai, Jean R. a rejoint une liste déjà bien longue de mis en examen, soupçonnés comme lui d’avoir joué le rôle de mule et/ou de logisticien dans ce trafic de grande envergure, entre l’hexagone et La Réunion. Comme il a été rappelé à l’audience, pas moins de 14 suspects ont déjà été appréhendés par les enquêteurs dans cet épais dossier qui comprend 5.600 cotes. Des seconds couteaux, des petites mains et naturellement des têtes d’affiche.
Parmi les mis en examen, 13 sont actuellement sous les verrous. Seule une entrepreneure a été placée sous contrôle judiciaire bien que soupçonnée d’avoir effectué et encadré plusieurs voyages pour le compte de son compagnon, lui-même considéré comme une des têtes de série du trafic.
Un des pilotes du trafic déjà en prison pour des exportations de zamal vers Maurice
Outre son caractère lucratif et très bien structuré, la grande originalité du réseau est qu’il était piloté depuis le centre pénitentiaire de Domenjod par un certain Gaëtan Petitdemange. Lequel est loin d’être un inconnu dans le métier de trafiquant de drogue. Il figure en bonne place dans le casting du procès à venir concernant le réseau d’exportation de zamal vers l’île Maurice qui a révélé Bertrand Deboisvilliers, ex-directeur de cabinet de Sainte-Suzanne et capitaine de l’Abyss à ses nuits perdues.
Pour sa part, Jean R. a reconnu s’être rendu à Paris en qualité de mule financière afin d’exfiltrer l’argent de la drogue écoulée à La Réunion. Il s’avère en outre qu’il est parti avec une valise vide mais qu’il est rentré au péi moins d’une semaine après avec son bagage plein à ras bord. 28 kilos de marchandise. A cela s’ajoute qu’il est suspecté d’avoir lui-même cherché à rallier d’autres « mules » à la cause des trafiquants avec lesquels ils étaient assez souvent en contact.
« Le goût du lucre » à raison de 5.000 euros par voyage
Comme l’enquête visant au démantèlement de ce vaste trafic est loin d’être achevée, l’avocate générale a sans surprise requis son maintien en détention. Elle a notamment précisé que Jean R. n’avait pas encore été entendu sur le fond du dossier par le magistrat instructeur. Sans compter que des vérifications et des confrontations restent à mener.
La représentante du ministère public rappelle encore qu’il y a des risques de pression dans ce dossier où certains ont déballé beaucoup de choses. Et puis, il y a, selon elle, un risque de réitération de l’infraction sachant que le mis en examen a agi « par goût du lucre » à raison de 5.000 euros par voyage.
« Il a coopéré en fournissant des éléments et même des noms pendant l’enquête »
En défense, l’avocate souligne que son client « a coopéré en fournissant des éléments et même des noms pendant l’enquête ». En même temps, elle soutient que son rôle est mineur. « Il ne connaît pas les noms de certains membres du réseau ni même parfois leurs pseudos. » Elle indique aussi qu’il a « exprimé certains regrets » et qu’il a des garanties de représentation.
Enfin, la robe noire s’étonne que la cheffe d’entreprise, seule à avoir bénéficié d’un contrôle judiciaire, a un degré d’implication dans l’affaire qui va bien au-delà de celui de son jeune client. Elle plaide ainsi en faveur d’un bracelet électronique. Délibéré le 2 juin prochain.


