Bientôt une nouvelle usine de fabrication d’aliments pour animaux à La Réunion ?

La crise entre l’Urcoopa et Terracoop couvait depuis quelques années et le dénouement d'hier qui a vu l’Urcoopa exclure Terracoop de la coopérative n’est donc pas une surprise. Plusieurs acteurs, notamment privés, de la filière considèrent qu’ils ne peuvent plus rester dans l’attente. Ils avaient, par le passé, accepté de s’inscrire dans une logique collective pour contribuer à des outils communs. La situation actuelle les conduit désormais à passer à l’action en lançant un projet de nouvelle usine de production d'aliments pour animaux.
Une concurrence qui devrait faire le bonheur des agriculteurs réunionnais.
Ça fait une éternité que les éleveurs se plaignent des prix pratiqués par l’Urcoopa. Leur ressentiment a été exacerbé lorsque, excédés, certains se sont mis en tête d’importer directement les aliments nécessaires à la consommation de leurs exploitations et les ont obtenus, rendus à La Réunion, beaucoup moins chers que ceux fournis par l’Urcoopa. Etonnant pour une coopérative basée à La Réunion, qui aurait logiquement dû leur fournir les meilleurs prix.
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C’est donc tout à fait logiquement qu’un certain nombre d’investisseurs, des acteurs du secteur, se sont mis en tête d’examiner la faisabilité d’une usine concurrente de celle de l’Urcoopa, également basée à La Réunion.
Nous avons rencontré l'un des promoteurs du projet, qui souhaite pour le moment rester dans l’anonymat : « Les tensions répétées entre structures, les incertitudes sur les prix, les variations de stratégie… tout cela a fini par produire un effet de saturation ».
« On a joué collectif pendant des années. Mais aujourd’hui, la question n’est plus idéologique, elle est pragmatique », confie-t-il.
Assurer la sécurisation de l’approvisionnement
« On ne peut plus construire une activité sur de l’instabilité permanente », poursuit notre interlocuteur.
D’où l’idée de reprendre la main sur l’approvisionnement en créant une unité locale de production d’aliments pour animaux.
Le projet est bien avancé : Plans techniques, foncier identifié, capacités définies… Il serait question d’une unité capable de produire entre 80.000 et 100.000 tonnes par an, avec une distribution à la fois en vrac et en sacs.
« Rien n’est improvisé », nous glisse notre interlocuteur qui travaille manifestement sur le dossier depuis un certain temps déjà. L’exclusion de Terracoop de l’Urcoopa n’aura été que le déclencheur.
En attendant l’ouverture de l’usine, des solutions transitoires seraient envisagées, notamment au travers de l’importation, pour assurer la continuité de l’approvisionnement le temps que l’outil local voie le jour.
« Ce n’est pas une déclaration de guerre »
Pour les acteurs impliqués, il ne s’agit pas d’entrer dans une logique d’affrontement, mais de sécurisation.
« Ce n’est pas une déclaration de guerre. C’est une assurance-vie », résume un participant aux discussions.
Le raisonnement est simple : lorsque la confiance s’effrite, la dépendance devient un risque. Et dans un territoire insulaire comme La Réunion, la question de l’autonomie prend une dimension stratégique.
Certains avancent également un argument économique difficile à ignorer : malgré la baisse des matières premières à l’échelle mondiale, les prix de l’aliment local ont continué d’augmenter.
Choisir entre subir et agir
Du côté des adhérents de Terracoop, qui seraient près de 3.000, l’idée d’un nouvel outil industriel suscite un intérêt grandissant.
Au-delà du simple approvisionnement, c’est toute une vision qui se dessine : relocalisation, maîtrise des coûts, création d’emplois, sécurisation de la production.
Un projet qui, s’il se confirme, pourrait rebattre les cartes de la filière.
La dynamique est désormais enclenchée. Et difficile à arrêter.
« À un moment donné, il faut choisir entre subir et agir », lâche un acteur du secteur.
Dans un contexte de tensions répétées, cette initiative pourrait bien marquer le début d’un nouvel équilibre. Pour le plus grand bonheur des éleveurs locaux.


