Cold cases à La Réunion : qui sont Marie-Françoise Bomel, Nadia Hoarau et Michèle Maillot, disparues dans les années 1980 et 1990 ?

Une juge d’instruction du pôle « cold case » enquête depuis plusieurs mois sur les cas de trois jeunes Réunionnaises portées disparues dans les années 80-90. Raison pour laquelle les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis ont lancé un appel à témoin ce dimanche à l’attention de toute personne disposant de renseignements utiles concernant Marie-Françoise Bomel, Nadia Hoarau et Michèle Maillot qui se sont respectivement volatilisées en mars 1984, juin 1986 et avril 1993.
Même si cette série noire remonte aux années 80-90, les plaies engendrées par les disparitions successives de Marie-Françoise Bomel en mars 1984 à Saint-Paul, de Nadia Hoarau en juin 1986 à La Saline et de Michèle Maillot en avril 1993 à Saint-Leu ne se sont jamais refermées pour leurs proches.
Plus de 30 ans après que ces trois jeunes filles se soient volatilisées sans motif apparent, l’ouverture d’une enquête par le Pôle national des crimes sériels ou non élucidés est sans doute l’ultime chance pour les membres de leurs familles, encore de ce monde, d’espérer obtenir des réponses aux drames qui continuent de les hanter.
Raviver la mémoire d’éventuels témoins
Au terme de nombreux mois d’investigations menées par les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis, avec le concours d’analystes AnaCrim, un appel à témoin a donc été lancé ce dimanche 3 mai en fin d’après-midi.
Il a essentiellement pour objet de raviver la mémoire de celles et de ceux qui, à l’époque, auraient « été témoins d’événements suspects » ou qui détiendraient « des informations susceptibles d’aider les enquêteurs ». Dans ce cas, ils ou elles sont invités à contacter la Section de recherches de la gendarmerie au 06 92 46 29 45. Ou par mail à cette adresse : [email protected]
Marie-Françoise cheminait pour rejoindre la gare routière de Saint-Paul
Chronologiquement, la première de ces jeunes femmes portée disparue à qui s’intéressent la juge et les enquêteurs se nomme Marie-Françoise Bomel. Agée de 21 ans, la jeune employée aux cheveux longs bouclés s’est évanouie en ville de Saint-Paul le 20 mars 1984. Comme chaque matin ou presque, elle quitte le domicile familial pour cheminer jusqu’à la gare routière. Elle n’a qu’un petit quart d’heure à faire à pied et pourtant on ne la reverra jamais.
Marie-Françoise Bomel était une jolie jeune fille souriante et pleine de vie et des projets plein la tête tant au plan personnel que professionnel. Pas une ombre au tableau donc. Excluant la fugue et persuadée que quelque chose de grave s’était produit, sa famille a vite signalé sa disparition aux autorités tout en menant des recherches sur le terrain. Sans succès.
Nadia allait travailler au dancing « Le Circus » de l’Hermitage
Le 27 juin 1986 en fin d’après-midi, c’est au tour de Nadia Hoarau, 24 ans, de disparaître en faisant du stop sur le chemin qui la mène à son travail. Un emploi de serveuse à la boîte de nuit « Le Circus », sur la plage de l’Hermitage, où elle ne se présentera jamais. Son père signale sa disparition aux autorités. Une enquête judiciaire est ouverte qui ne permettra pas de retrouver sa trace.
Ses parents la chercheront jusqu’à leur dernier souffle. « La maman de Nadia en est morte de chagrin », nous confieront ses proches. Bien plus tard, en 2013, une parente de Nadia tente en vain de relancer l’enquête en sollicitant la gendarmerie et le parquet.
Des similitudes spatio-temporelles
Elle écrira même au garde des sceaux qui lui fera cette réponse en 2015 : « Le traitement de ces affaires fait l’objet d’une attention particulière de la part du parquet de Saint-Denis qui a procédé à une analyse complète en 2014 de l’ensemble des procédures non élucidées et non couvertes par la prescription. Malheureusement, la plupart des affaires citées sont à ce jour prescrites… »
Nadia Hoarau n’a pas seulement le même sourire radieux et une grande joie de vivre en commun avec Marie-Françoise Bomel. Leur disparition s’est produite dans un espace spatio-temporel assez proche. Toutes deux se sont évanouies dans la nature en se rendant à leur travail sur le secteur de Saint-Paul, à environ deux ans d’intervalle. Sans que personne ne semble avoir remarqué quoi que ce soit à l’époque. Ou tout du moins ne se soit fait connaître en dépit des appels à témoin.
Disparue de son domicile de Saint-Leu
La troisième disparition sur laquelle planchent le Pôle national des crimes sériels ou non élucidés et les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis concerne Michèle Maillot. Le 21 avril 1993, elle a 27 ans quand ses proches constatent qu’elle n’est plus sous le toit familial au petit matin. Sans moyen de locomotion et sans raison apparente, elle a disparu sans prévenir et là encore sans laisser la moindre trace.
Michèle Maillot, comme les deux précédentes jeunes filles, n’avait pas de motifs apparents pour abandonner les siens, encore moins pour les plonger dans un si grand désarroi. Dans son cas, des recherches ont été menées dans un large périmètre autour de son domicile, aussi bien par ses proches que par les pompiers. Sans résultat.
Un défi et un devoir de justice
Aujourd’hui, la réouverture de ces trois « cold cases » par le Pôle national des crimes sériels ou non élucidés de Nanterre est une première à La Réunion. Plus de 40 ans après la première de ces trois disparitions, l’ouverture d’une information judiciaire pour enlèvement et séquestration est un véritable défi pour la juge en charge des investigations. Un devoir de justice aussi pour les familles qui ont si longtemps espéré que le destin tragique d’une enfant, d’une sœur, d’une cousine ou une amie soit un jour percé.


