Comparées à des "Amazones" : au Port, passe d'arme entre syndicat et direction dans un dossier de diffamation

Citation directe - Deux officiers du Port accusent une organisation syndicale et deux de ses représentants de diffamation. L'origine de la discorde est un tract dans lequel les deux gradées sont comparées à des Amazones.
Un tract de la discorde. Au tribunal correctionnel, la cheffe de détention de la prison du Port et son adjointe ont fait citer à comparaître un représentant syndical et son adjoint pour des faits de diffamation, voire "d'injures publiques", comme l'a expliqué leur avocat.
Ainsi, le conseil des deux plaignantes motive cette saisine du tribunal pour injure publique : il explique qu'en novembre dernier, un tract signé d'un syndicat circule au sein du centre de détention du Port. Le contexte est important : la cheffe de détention revenait d'un arrêt maladie, tout comme sa collègue d'une plus longue absence encore pour motif médical.
Peut-on lire sur le tract une mention aux deux plaignantes : "Les Amazones du Port". La robe noire explique qu'à cinq reprises, ce terme est utilisé pour les qualifier. À la découverte de ce tract, l'une des plaignantes aurait subi un réel "choc", entraînant un nouvel arrêt maladie.
Un fond de sexisme
Selon la robe noire, le terme Amazone dans le tract fait ici référence à une prostituée. Il dénonce la "violence" des propos tenus dans ce tract : d'après lui, ce type de communication a vocation à établir des revendications, mais dans ce cas-là, il n'y a que de "l'animosité, de la violence", un tract "fait pour faire mal. On ne peut pas laisser passer ça", tance-t-il à la barre.
L'avocat ajoute que cela a été rédigé sur fond de sexisme : "On s'attaque aux femmes [...] on se cache derrière la satire". Il sous-entend que les rédacteurs de ces écrits ne souhaitent pas "recevoir d'ordres d'une femme" et rappelle que ses deux clientes sont souvent la cible de ces tracts circulant dans l'établissement pénitentiaire.
Un tract "instrumentalisé"
Ne s'exprimant que brièvement, le ministère public a simplement déclaré qu'il se référait à l'appréciation du tribunal. D'emblée, l'avocat des deux représentants syndicaux se dit "gêné" par cette procédure. Il rappelle dans un premier temps que le terme Amazone désigne, dans l'esprit de chacun, des guerrières de l'Antiquité, plus associées au féminisme qu'à la prostitution.
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Par ailleurs, la robe noire argue qu'il n'y a aucune volonté de s'attaquer ad nominem à la cheffe de détention et à son adjointe : le tract a bien une valeur revendicative. Dans ce dernier, le syndicat dénonce une situation et des problématiques maintes fois soulevées. L'analogie avec les Amazones est pour souligner l'inaction des gradées.
Qui plus est, l'avocat rappelle qu'aucun de ses deux clients cités aujourd'hui à la barre n'est à l'origine de la rédaction de ce tract : c'est la section régionale qui s'en est chargée. Il dénonce le montant faramineux demandé par la partie civile concernant les dommages et intérêts, à savoir 20.000 euros pour les deux victimes. Il plaide ainsi la relaxe.
Le tribunal a mis l'affaire en délibéré, la décision sera rendue le 7 juillet prochain.


