"Elle ne veut plus aller au lycée" : dans l'ouest une élève harcelée, une enquête qui piétine

Une famille dénonce la gestion d’un cas de harcèlement scolaire visant une lycéenne de 17 ans dans deux lycées de l’Ouest de l’île. L’académie évoque une situation complexe, tout en affirmant avoir mobilisé les dispositifs disponibles et les procédures internes afin d’accompagner au mieux le traitement du dossier et tenter d’y apporter des réponses.
Le père de la victime, Guillaume, décrit une situation qui débute au début de l'année scolaire 2023-2024. Sa fille, Claire*, aujourd’hui en terminale, est selon lui la cible de messages répétés sur les réseaux sociaux de la part de Marine*, une ancienne amie devenue harceleuse présumée.
« Elle utilisait jusqu’à quatre ou cinq comptes différents. Il y avait de la grossophobie, de l’homophobie, des incitations au suicide très dures », raconte-t-il. Malgré un changement de lycée en à la rentrée de l'année 2024-2025, les faits auraient continué via des comptes interposés et une autre élève impliquée dans la diffusion de contenus.
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Le 19 août 2025, la famille engage une démarche via la plateforme officielle de signalement. « Dès le lendemain, la gendarmerie nous a rappelés pour confirmer la prise en charge », explique Guillaume. Une plainte est déposée quelques jours plus tard. Mais il affirme ensuite une succession de lenteurs et de difficultés, évoquant notamment des « preuves du harcèlement perdues à deux reprises par les enquêteurs responsables de l'instruction de l'affaire».
Une élève fragilisée
Selon le père, Claire développe une forte détresse psychologique. « Elle somatise beaucoup, elle est suivie par un psychiatre et sous traitement. Elle ne veut plus se rendre au lycée ». Malgré cela, elle poursuit ses examens et maintient ses résultats scolaires.
Guillaume dit aussi regretter un manque de coordination entre les établissements et les services concernés. « On a l’impression d’être seuls face à la situation », affirme-t-il, évoquant des échanges avec le rectorat et les établissements concernés. L’élève aurait été entendue fin janvier par les forces de l’ordre, près de cinq mois après les premiers signalements. « Mais il n’y a toujours aucune conséquence dans l’établissement », regrette le père.
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Le proviseur du lycée de Claire* cumule une particularité dans ce dossier : il dirigeait déjà l’établissement lorsque les faits auraient débuté, avant de prendre fin 2025 la tête du lycée où est aujourd’hui scolarisée l’élève victime. Cette double casquette lui permet ainsi de disposer d’une connaissance globale du dossier, à la fois sur la période initiale et sur le suivi plus récent de la situation.
Interrogé, le chef d'établissement reconnait la difficulté de gérer ce genre de situation. « C’est un cas complexe qui a commencé il y a longtemps ». Il précise : « Nous n’avons pas eu de signalement interne et c’est l’établissement de l’élève victime qui a la main sur le dossier. Je n'ai pas été saisi, et j'ai découvert cette affaire lors du dépôt de plainte des parents », ajoutant que le temps de l’enquête « n’est pas forcément celui de l’institution scolaire ».
Un dossier "complexe" et des éléments parcellaires pour faire plus
De son côté, Catherine Lassauge, responsable académique en charge du harcèlement, reconnaît une situation suivie mais difficile à traiter. « C’est un cas connu depuis longtemps. Les élèves ont été entendus par l’équipe pHARe [programme de lutte contre le harcèlement à l'école, ndlr] », explique-t-elle. Toutefois, elle souligne l’absence d’éléments formalisés dans les établissements concernés : « Nous n’avons aucune trace officielle qui permette d’établir les faits ».
« La situation est complexe car les élèves sont dans deux établissements différents. On ne peut pas désigner une responsabilité sans éléments remontés ». Une médiation n’a pas été possible, et l’institution estime désormais que « l’enquête doit suivre son cours ».
Un sentiment d’isolement pour la famille
Guillaume, lui, dénonce un manque de réponse globale. « On a le sentiment que l’histoire va être enterrée. Tout le monde compatit, mais personne n’agit vraiment ». Il regrette également un défaut de communication entre les différents niveaux de prise en charge. Selon lui, la situation continue d’avoir des conséquences lourdes sur sa fille, malgré les dispositifs existants et les alertes lancées depuis plusieurs mois.
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Au-delà de ce cas précis, cette affaire met en évidence des difficultés de coordination entre établissements, rectorat et forces de l’ordre, dans un contexte où la prise en charge du harcèlement scolaire repose sur plusieurs niveaux d’intervention.
*Les prénoms ont été modifiés.


