Bilan de la délinquance en 2025 : le préfet veut "frapper fort, frapper vite et frapper juste" dans la lutte contre le narcotrafic

Trafic de produits stupéfiants, violences intra-familiales, phénomène de bandes, cambriolages… les autorités restent sur leur garde en dépit des résultats encourageants enregistrés en 2025.
"La situation sécuritaire à La Réunion est globalement maîtrisée. Mais nous devons être vigilants face aux évolutions qui peuvent menacer cette stabilité et prendre des mesures pour renforcer notre réponse." Cette courte citation du préfet Patrice Latron, prononcée à l’occasion du bilan annuel de présentation des chiffres de la délinquance pour l’année écoulée, résume à elle seule l’état d’esprit des autorités en charge de l’ordre et de la sécurité dans l’île. A la fois, les chiffres invitent à l’optimisme, mais ils rappellent aussi que la police comme la gendarmerie, les douanes et la justice se doivent de ne pas baisser la garde.
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La première grande satisfaction affichée, ce jeudi 19 février en fin de matinée, par les autorités, concerne la lutte contre le phénomène des bandes violentes qui se sont tues dans le courant de l’année 2025. Ce résultat très positif a été obtenu grâce "à un plan anti-bande avec une concentration des efforts sur six communes et un traitement individualisé de leurs leaders", a indiqué le préfet. Cette méthode a consisté à assurer un suivi individuel de 168 personnes dans le collimateur des forces de l’ordre. Il s’est agi notamment de procéder à des contrôles de la CAF pour vérifier que l’argent versé était utilisé à bon escient.
"Nous avons repris les terrains dont les bandes s’estimaient propriétaires"
Parallèlement, policiers et gendarmes ont mené pas moins de 1.152 opérations de contrôle sur la voie publique et d’intervention, notamment dans les six communes particulièrement impactées par les violences de rues commises par des grappes de jeunes gens livrés à eux-mêmes. L’intervention a rappelé à cet effet que l’intervention des escadrons de gendarmerie et la création de la Bac territoriale ont contribué à faire baisser de 2% la délinquance des mineurs.
"Nous avons repris les terrains dont les bandes s’estimaient propriétaires", s’est félicité Patrice Latron. Au titre des bons résultats obtenus en 2025, le représentant de l’Etat n’a pas manqué de mentionner "la baisse significative des cambriolages avec moins de 3,9% ainsi que des vols à la roulotte".
Les 60 kilos de cocaïne saisis témoignent d’un réel fléau
L’autre grand chantier auquel se sont attaqués les autorités concerne la lutte contre le trafic de produits stupéfiants. Un fléau en plein essor dans l’île en dépit d’un combat acharné des services spécialisés et de l’autorité judiciaire pour tuer les filières d’approvisionnement et de distribution dans l’œuf. Le préfet a rappelé que le nombre de mules interceptées à l’aéroport Roland Garros est en constante augmentation avec 58 arrestations en 2025. Soit à peu près le double par rapport à l’année précédente.
La voie postale, autre moyen de faire entrer les drogues, n’est pas en reste avec la saisie d’environ 1.000 colis. Pêle-mêle, les quantités de produits stupéfiants interceptées ont augmenté de 72% en 2025. 60 kilos de cocaïne (+20% par rapport à 2024) et 324 kilos de résine de cannabis ont notamment été saisis. Ce qui prouve que les trafiquants ne désarment pas en dépit de la réactivité et de l’implication des différents services d’enquête concernés.
"Le grand port maritime est un point faible dont il nous faut renforcer la surveillance"
Pour sa part, le colonel Christophe Heurtebise a précisé que 168 points de deal avaient été démantelés par la gendarmerie l’an passé et que les avoirs criminels saisis par ses troupes étaient passés de 1,7 million en 2024 à 6,2 millions d’euros en 2025. Le directeur des douanes a souligné que 14 mules d’argent avaient été appréhendées, transportant plus de 500.000 euros en liquide.
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L’aéroport Roland Garros et les centres de distribution de colis étant surveillés comme le lait sur le feu, les autorités veulent anticiper l’acheminement éventuel de drogue par voie maritime. "Le grand port maritime est un point faible dont il nous faut renforcer la surveillance car les organisations peuvent essayer cette méthode-là pour faire entrer des produits stupéfiants", a enchaîné Nicolas Le Gall, le directeur des douanes.
Une camionnette dotée d’un générateur à rayon X
En octobre 2025, le démantèlement par les gendarmes d’un vaste trafic de cannabis par fret maritime, depuis le port du Havre en passant par Tanger, en a été la parfaite illustration. Pas moins de 18 suspects ont été mis en examen et écroués à La Réunion à la suite de la saisie de plus de deux millions d’euros en numéraire et en produits stupéfiants, cannabis et cocaïne compris.

La transition était toute trouvée pour faire la démonstration du fonctionnement du scanner dont les services des douanes viennent d’être dotés. Equipée d’un générateur à rayon X, la camionnette scanner, dont le prix d’acquisition frise le million d’euros, circule autour de conteneurs ou de véhicules pour tenter de détecter la présence de masses suspectes en repérant des ruptures de chargement.
"Cet outil ne suffira pas"
Cette méthode, qui nécessite le respect d’un périmètre de sécurité lors de sa mise en œuvre, a l’avantage d’être non intrusive. Mais elle comporte aussi des lacunes. Car les rayons X de l’engin, idéal pour le contrôle de véhicules, sont limités à un petit mètre de profondeur quand il s’agit de passer au tamis un conteneur. Ce qui, même en circulant tout autour, limite son champ d’investigation. A cœur, la présence de drogue resterait sous les radars.
C’est notamment pour cela, mais aussi parce que le nombre de conteneur débarqués à l’année au Port est monstrueusement élevé, que le directeur des douanes estime que "cet outil ne suffira pas". Et qu’il faudra "mettre en place un dispositif de renseignement et de surveillance efficace".
Les limites des amendes délictuelles recouverte à seulement 32%
Ne mettant pas tous leurs œufs dans le même panier, les autorités ont fait le choix de ne pas seulement faire payer le prix fort aux trafiquants. Pour enrayer un phénomène considéré comme ultra-inquiétant, les autorités ont également pris l’option de sanctionner les consommateurs avec la multiplication des amendes délictuelles fixées à 200 euros. "Le but est de frapper tout le monde au portefeuille", a rappelé le préfet.
Ainsi le nombre d’amendes a progressé de 84% en 2025 avec un chiffre record établi à 2.908. A ce propos, il reste un problème de taille à régler. Car le taux de recouvrement des amendes forfaitaires distribuées par l’autorité judiciaire est de seulement 32%. Ce qui relativise malheureusement leur efficacité.
Les violences intra-familiales "peut-être arrivées à un taux plafond"
Patrice Latron ne compte pas s’arrêter en si bon chemin puisqu’il a prévenu que la lutte contre les produits stupéfiants allait être une de ses priorités en 2026 au moyen d’un plan répressif. "Nous allons frapper fort, frapper vite et frapper juste !", prévient-il. Il envisage aussi la mise en oeuvre d’un programme à vertu pédagogique et éducatif avec le concours des maires, d’entreprises, d’associations et des grandes collectivités que sont le Département et la Région. "Il faut expliquer le fléau qu’est la drogue à la population", a-t-il simplement indiqué sans entrer pour l’heure dans les détails.
La procureure de la République, Véronique Denizot, s’est félicitée que les violences intra-familiales (VIF) avaient marqué le pas "pour la première fois" en 2025. "Nous sommes peut-être arrivés à un chiffre plafond", a-t-elle précisé avec prudence. Une tendance marquée par une baisse du nombre de faits passés de 14.635 à 14.272 entre 2024 et 2025, ainsi qu’une hausse minime du nombre de victimes allant de 7.041 en 2024 à 7.133 l’an passé.
La création d’une brigade de gendarmerie dédiée aux VIF avant l’été
Néanmoins, ce résultat encourageant ne saurait faire oublier que le département de La Réunion se situe en deuxième position au plan national quant au nombre de personnes victimes de violences intra-familiales. Mais aussi que ces chiffres bruts jettent une lumière crue sur une souffrance et une détresse incommensurable. Sur ce sujet tout aussi sensible, les autorités ne comptent pas baisser les bras.
Au contraire, une brigade de gendarmerie, dédiée aux violences intra-familiales, devrait voir le jour sur la commune du Tampon. Elle viendra compléter tout un dispositif déjà mis en place et sans doute encore insuffisant étant donné la tâche à accomplir en la matière dans l’île.


