"Je mets la même commission que d’habitude ?" : Un vaste système de fausses factures autour de David Vital

Le lundi 9 février, David Vital comparaît devant le tribunal judiciaire pour une vaste série de délits financiers. Les remises de fonds en espèce, les virements et les chèques sans ordre se doublent parfois de fausses factures et/ou de juteux contrats de prestations de services aux contours flous. Les coulisses de l'enquête sur David Vital (2/3).
Au-delà des remises de fonds sans contrepartie apparente ou par le truchement de dettes de jeu, les enquêteurs ont découvert un système de fausses factures et de prestations de services fantômes qui ont permis de maquiller d’importants transferts d'argent destinés à David Vital ou à Prométhée Services. C’est le cas notamment du groupe Caillé, mais aussi des satellites FJC Consulting et Jules Caillé Auto. En 2021 et 2022, elles injectent un peu plus de 195.000 euros dans la société des Vital père et fils.
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Un contrat de prestations de services prévoit bien le virement de près de 3.000 euros par mois au profit de Prométhée, mais il ne correspond à rien. Il n’y a pas l’ombre d’un document susceptible de confirmer l’exécution de sa mission principale qui consiste à « rechercher des clients ». Interrogés, François Caillé et sa directrice générale de l’époque, Nelly Darouèche, ont convenu que les factures remises par David Vital étaient fausses. Parfois, il a pu remettre des espèces à son ami François Caillé en échange d’un chèque endossé par Prométhée avec une petite commission en guise de récompense.
Un conseiller très spécial
C’est le cas en mars 2021, comme le démontrent trois textos interceptés par la police. David Vital : « Tu veux que je facture les 10.000 euros, pas de soucis. Je vais les mettre sur Prométhée. Je mets la même commission que d’habitude ? (..) » Ce à quoi François Caillé lui répond : « David, tu peux facturer à FJC Consulting. Objet : prestations en conseil et assistance pour l’année 2021. Si tu pouvais prendre une comm mini, ce serait sympa. TVA en sus bien entendu. Bises, François. (Sic) » David Vital : « (..) Je sors 10.000 cash de ma poche et je le mets sur Prométhée, il faut au moins que j’ai qq chose dessus. (..) Tu sais pertinemment que tu peux compter sur moi. »
Quand David Vital a besoin de cash, il s'adresse à deux gérants de station-service. L'un d'eux a reconnu avoir encaissé 46 chèques, émis par la SARL Prométhée, pour un montant de 167.532 euros, mais aussi d'avoir versé plus de 80.000 euros à la même société dirigée par les Vital père et fils sur la base de factures fantaisistes. Une grande partie a été récupérée en liquide. L'autre patron pompiste a accepté de remettre des espèces à hauteur de 20.000 euros en échange de chèques ou en réglant des fausses factures de boisson émanant du groupe Caillé. Il a aussi avoué avoir rémunéré David Vital ou sa société pour des coups de pouce comme l'embauche d'un proche ou l'octroi par la Région d'une bande de terrain pour accéder à une station, sous la précédente mandature.
Les suites d’une histoire de corruption avec la SHLMR
Les policiers ont établi qu’un autre dirigeant de société avait remis pas moins de 62 chèques sans ordre pour un montant d’un peu plus de 200.000 euros à David Vital en l’espace d’une année, dont certains ont servi à régler les mensualités de remboursement de l’appartement de Bois-de-Nèfles à Saint-Denis. Pourquoi ce fabriquant de portes et de fenêtres aurait-il fait cadeau d’une pareille somme d’argent à David Vital ? Face aux policiers, celui-ci s’est mis à table.
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Condamné pour corruption dans une affaire ayant trait à la SHLMR, il dit avoir eu peur de perdre ses marchés sachant qu’ils représentaient la moitié de son chiffre d’affaires annuel. Il a alors eu la lumineuse idée d’entrer en contact avec David Vital au motif qu’il murmurait à l’oreille de François Caillé, président de la SHLMR à cette époque.
Un contrat de prestation de services antidaté
Le deal consistait pour le chef d’entreprise à verser une commission dès qu’il remportait un marché public. En échange, David Vital lui remettait des fausses factures au nom de Prométhée.
En dépit des investigations, les enquêteurs ne sont pas parvenus à déterminer si David Vital avait réussi à jouer d’une influence quelconque auprès de la SHLMR. En revanche, celui-ci a demandé et obtenu un contrat de prestation de services antidaté de la part du dirigeant de la société soumissionnaire après la perquisition des policiers à Bois-de-Nèfles Saint-Denis pour tenter de justifier ces rentrées d’argent.
Le mystère de la fausse facture à 37.975 euros d’Air Austral
La messagerie de David Vital a permis de retracer le gérant d’une petite société d’électricité liée par une fausse facture à la puissante compagnie aérienne Air Austral. Une affaire qui met en cause Joseph Bréma avec en toile de fond une histoire de lobbying sur laquelle l’ex-président du directoire a préféré garder le silence.
Au-delà des mouvements de fonds suspects décelés sur les comptes bancaires de Prométhée, de la SCI Clavit, de ceux de David Vital et de son entourage, les policiers ont fait d’intéressantes découvertes sur la messagerie de ce dernier qu’ils ont qualifiée « de véritable caverne d’Alibaba ». Il s’agit notamment d’échanges entre David Vital et le patron d’une petite société d’électricité de l’Est qui battait de l’aile. Il a d’abord été question de la fameuse fausse facture du 7 décembre 2023 d’un montant de 37.975 euros TTC, réglée par la société Mascareignes Développement (MADEV), filiale d’Air Austral.
L’ex-président du directoire appelé à la barre
Dans la boucle de cette facture indubitablement « bidon », intitulée « Entretien des locaux suite accord survenu sur la période septembre 2021 à juillet 2022 », apparaissent deux personnages clés de la compagnie aérienne à cette époque. L’ex-directeur général de MADEV condamné en CRPC, qui en a validé le paiement, et l’ex- président du directoire d’Air Austral qui lui en a fait la demande express et insistante.
Joseph Bréma comparaît d’ailleurs à ce titre devant le tribunal judiciaire de Saint-Denis, lundi 9 février. Des faits que l’intéressé a reconnus sans jamais en livrer le mobile, hormis un prétendu arriéré de prestations de services de David Vital envers Air Austral. Et qui pourrait concerner une trouble mission de lobbying… Il apparaît que les fonds ont été partagés entre le commanditaire de la fausse facture et leur auteur. La part du lion pour David Vital qui en a empoché le montant hors taxe et le sous fifre de la boite d’électricité qui a ramassé les miettes de la TVA.
Un rendez-vous secret chez Air Austral
Pour maquiller l’opération, un rendez-vous, tout à la fois secret et lunaire, a même été organisé un samedi matin dans les locaux d’Air Austral en présence de David Vital, de Joseph Bréma et du patron de la société d’électricité. Il s’agissait pour ce dernier de se familiariser avec les lieux au cas où il devrait se justifier a postériori de travaux de maintenance fictifs. Il n’empêche que cette histoire de fausse facture va permettre aux enquêteurs de démêler l’écheveau d’affaires à tiroir bien plus riches encore.
Car, en perquisitionnant le siège de la société d’électricité, ils ont mis la main sur une belle liasse de fausses factures concernant les SARL Mascareignes Kino et Lory en charge de l’exploitation des cinémas d’Yves Ethève à Saint-Paul. Surtout, ils ont découvert d’autres fausses factures qui allaient jeter une lumière crue sur les relations d’affaires entre David Vital et son ami François Caillé, patron du groupe automobile éponyme.
Cinémas d’Yves Ethève : le film d’une série de fausses factures à 296.000 euros
Le montant des cinq fausses factures, établies par la société d’électricité de l’Est à l’adresse de deux sociétés d’Yves Ethève, donnent le tournis avec une addition qui s’élève à 296.000 euros, entre juillet et novembre 2023.
Dans cette nébuleuse, il s’avère que Yves Ethève, d’abord suspecté d’avoir joué un rôle trouble, figure désormais parmi les victimes. Comme pour Air Austral, David Vital se prévaut d’un contrat de prestations de services bien réel pour un montant de 3.500 euros par mois remontant à 2020. Des missions aux contours flous, voire fantômes, qui auraient donné lieu à des arriérés sans commune mesure avec le montant des détournements de fonds opérés.
Le double jeu d’un homme de confiance
Comme Yves Ethève n’a jamais donné son feu vert au règlement des fausses factures prétextes, il faut bien que quelqu’un d’autre ait procédé à leur validation. C’est alors qu’entre en scène un personnage trouble au sein de la galaxie des cinémas de l’ex-président de la Ligue de football. Il s’agit du responsable administratif et financier du groupe qui a la confiance d’Yves Ethève. Lors de son audition, celui-ci a avoué qu’il s’agissait bel et bien de fausses factures correspondant à des prestations présumées de David Vital dont il n’existe pas la moindre trace écrite de leur réalisation.
L’idée d’un parapluie médiatique
Mieux, le comptable en chef a reconnu avoir prêté la main à David Vital pour en rédiger les intitulés. Une fois encaissée, la partie hors taxe est revenu à ce dernier pour un montant de 271.000 euros tandis que le gérant de l’entreprise d’électricité a ramassé la TVA. Soit la rondelette somme de 25.160 euros. Comme dans le cas d’Air Austral, il a été impossible de déterminer le type de services rendus par David Vital. C’est d’autant plus suspect que l’hypothèse d’un vieil arriéré, avancé par David Vital, ne correspond pas à la somme détournée qui aurait été dans ce cas d’environ 200.000 euros. Quid donc des 96.000 euros restants ? Interrogé, David Vital, qui n’est jamais à court d’explication, parle d’une pénalité de retard.
Le responsable administratif et financier, qui a été condamné en CRPC, mais qui devrait venir à la barre comme témoin, avance l’idée d’un parapluie médiatique au profit d’Yves Ethève pour justifier le travail réalisé par David Vital. Ainsi, il aurait été question d’étouffer aux yeux du grand public une enquête judiciaire, toujours en cours, portant sur une affaire de harcèlement sexuel. Le nom d’un homme politique de premier plan – qui connaît actuellement une traversée du désert – est aussi cité en filigrane de cette affaire. Une sorte de transaction concernant une minoration d’octroi de mer qui va finalement avorter.
Coups de pouce ou coup d’épée dans l’eau ?
Il est encore question de l’intervention de la préfecture pour accélérer la réouverture du cinéma en pleine période de Covid-19. Sans résultat probant. Ou encore de l’hypothétique intervention d’un magistrat dans une affaire de malfaçon qui débouchera, il est vrai, sur une indemnisation à plus d’un million d’euros en faveur du groupe Ethève. Ce que David Vital dément.
Mais quel crédit apporter aux prouesses de David Vital en tant qu’influenceur et à ses prétendus coups de pouce ? Mystère. Tout comme demeure énigmatique le fait que le responsable administratif et financier, qui n’a pas pris un centime dans l’opération, ait pris le risque de se compromettre pour les beaux yeux de David Vital ou encore dans l’intérêt de son patron et tout à la fois dans son dos.


