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Nouvelle taxe sur les alcools forts : la filière du rhum réunionnais vent debout

Ecrit par N.P. – le mardi 16 décembre 2025 à 12H27

Une majoration départementale des droits d’accise sur les alcools forts, introduite dans le cadre du projet de loi de finances 2026 au Sénat, suscite une vive inquiétude à La Réunion. Les professionnels du rhum dénoncent une mesure aux conséquences économiques lourdes pour une filière déjà fragilisée.

L’annonce a provoqué un choc dans le monde économique local. À travers un amendement adopté au Sénat dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, le Département de La Réunion se verrait offrir la possibilité d’instaurer une majoration locale des droits d’accise sur les alcools forts. Une disposition technique en apparence, mais dont les effets pourraient être considérables pour la filière du rhum, pilier historique de l’économie réunionnaise.

Concrètement, ce nouveau mécanisme fiscal autoriserait le Département à relever la taxation applicable aux spiritueux mis à la consommation sur le territoire. Pour les producteurs locaux de rhum, l’impact serait massif : la fiscalité pourrait bondir de plus de 1 200 %, entraînant une hausse estimée à près de huit euros par bouteille sur le marché réunionnais. En parallèle, les alcools importés bénéficieraient d’un plafonnement de la hausse, limité à 200 euros par hectolitre d’alcool pur, accentuant un différentiel jugé défavorable à la production locale.

À ce jour, près de 1 200 emplois directs, indirects et induits dépendent du secteur

La filière du rhum, composée exclusivement de très petites et moyennes entreprises, redoute un choc qu’elle ne serait pas en mesure d’absorber. Les distilleries artisanales comme les structures industrielles craignent des répercussions directes sur l’emploi, l’investissement et la pérennité de leurs outils de production. À ce jour, près de 1 200 emplois directs, indirects et induits dépendent du secteur, sans compter les retombées pour les planteurs de canne et l’industrie sucrière.

Cette nouvelle pression fiscale intervient dans un contexte déjà tendu. Après plusieurs campagnes agricoles difficiles, la filière canne a enregistré l’an dernier le plus faible tonnage de son histoire. Fragiliser le rhum reviendrait, selon les professionnels, à affaiblir l’ensemble du triptyque canne-sucre-rhum-énergie, qui représente environ 15 000 emplois sur l’île. Les inquiétudes s’étendent également aux secteurs connexes, notamment l’hôtellerie-restauration et le tourisme, où le rhum constitue un produit emblématique et un vecteur d’attractivité.

Autre point de crispation : l’absence de concertation préalable. Les acteurs du secteur rappellent s’être engagés, depuis 2024, dans une démarche partenariale avec l’État autour de la prévention des consommations à risque d’alcool. Une approche fondée sur la responsabilité et la coopération, qu’ils estiment aujourd’hui fragilisée par une mesure fiscale dont le bénéfice sanitaire n’est pas clairement établi.

Si un sous-amendement est venu exclure les Antilles et la Guyane du dispositif, La Réunion demeure, à ce stade, le seul territoire concerné. Une singularité qui alimente le sentiment d’injustice exprimé par la filière, alors même que la fiscalité applicable au rhum y figure déjà parmi les plus élevées des outre-mer, entre accises, octroi de mer, TVA et contributions sociales.

À l’approche de la commission mixte paritaire, les professionnels du rhum en appellent désormais à la mobilisation des parlementaires réunionnais.

Etiquettes : Rhum | Sénat

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