Saint-André : 935.000 euros pour un « bâtiment vide », la mairie fait un signalement au procureur

La commune de Saint-André a saisi la procureure de la République sur la base de l’article 40 pour signaler une opération immobilière conclue entre le Département et les propriétaires de la salle Wong-Jim. Depuis 2021, plus de 935.000 euros de loyers ont été versés « pour un bâtiment totalement vide pendant deux ans », dénonce la mairie.
Un constat qui, pour la municipalité, interroge directement l’usage des deniers publics : « Une telle vacance prolongée, conjuguée au paiement d’un loyer mensuel particulièrement élevé, soulève légitimement la question d’un gaspillage de fonds publics », soulève le signalement, envoyé ce mercredi à la procureure de la République. Une information révélée samedi par Freedom et que nous avons confirmé par la suite avec la mairie.
Une opération au cœur d’un contexte politique tendu
Dans le signalement, l’avocat mandaté par la commune décrit une opération dont « les circonstances, la temporalité et certains éléments de contexte font naître de sérieux doutes quant à leur régularité ».
Le document revient d’abord sur le parcours de Marie-Andrée Wong Yin Ki, co-propriétaire du bien, qui a longtemps accueilli une salle de musculation. D’abord élue dans l’opposition municipale entre 2008 et 2014, puis dans la majorité de Jean-Paul Virapoullé jusqu’en 2020, elle ne figure plus sur la liste municipale lors des dernières élections, « ayant reçu la promesse d’être intégrée à la liste régionale », pointe le signalement. Une promesse qui ne sera finalement pas tenue. C’est finalement Marie-Lise Chane To qui figure sur la liste portée par Didier Robert à l’élection régionale.
Pour la commune, ce chevauchement temporel nourrit des interrogations. « La concomitance entre cet échec politique et la conclusion du bail permet légitimement de s’interroger sur l’existence éventuelle d’un mécanisme compensatoire », souligne le signalement.
Des locaux inadaptés et jamais exploités
Au-delà, la commune insiste sur l’absence d’utilisation concrète du bâtiment. Les loyers de 17.000 euros par mois ont continué à être versés alors que les lieux, décrits comme « vétustes » dans le signalement, n’ont jamais accueilli le service auquel ils étaient destinés.
« La destination des lieux étant annoncée comme devant accueillir des bureaux et activités départementales, notamment l’Antenne Est de l’Académie des Dalons », or « ce projet n’a jamais été mis en œuvre. La mise à disposition associative d’une partie des lieux n’est intervenue que tardivement, dans un contexte où le projet initial était d’ores et déjà abandonné. Ces circonstances interrogent tant la réalité de la nécessité de cette mise à disposition », met en avant le signalement.
Il faut attendre janvier 2023 pour voir l’association Momon Papa Lé La prendre possession des lieux après l’incendie de ses locaux. À l’époque, c’est le conseiller départemental Jean-Marie Virapoullé, élu depuis 2015 et réélu en juin 2021, qui remet les clés à l’association.
« Mais une visite réalisée en janvier 2023 montre que rien n’y avait été déployé, plus d’un an après la signature du bail », stipule encore le signalement.

Trois pistes d’infractions évoquées
Au regard de l’ensemble de ces éléments, la commune attire l’attention du parquet sur la possibilité que ces faits puissent correspondre à des infractions pénales :
- le détournement de fonds publics, « eu égard au paiement d’un loyer élevé pour des locaux qui ne semblent pas avoir été utilisés conformément à leur destination » ;
- le trafic d’influence, « compte tenu du contexte politique et de la possible mise en place d’un arrangement compensatoire pour favoriser des intérêts privés » ;
- l’abus de confiance, « en lien avec l’utilisation de biens et de fonds publics dans des conditions potentiellement contraires à l’intérêt général ».
« Il est nécessaire que la Justice fasse toute la lumière sur cette non-occupation prolongée, sur l’usage de ces fonds publics et sur les circonstances politiques qui ont accompagné cette opération lucrative conclue par le Département avec Mme Wong », sollicite le signalement.
La commune refuse de « payer pour une opération qu’elle n’a jamais sollicitée »
Selon le signalement, la propriétaire aurait proposé à la Ville de racheter ou de préempter le bâtiment. Une solution que le maire Joé Bédier écarte fermement.
« L’argent des contribuables ne doit jamais servir à financer des arrangements liés à des carrières politiques », écrit-il dans son communiqué.
« 935.000 € dépensés pour du vide : c’est inacceptable et la vérité doit être dite ! »
Contacté, Jean-Marie Virapoullé indique qu’il fera usage de son droit de réponse ultérieurement sur ce dossier.


