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À La Réunion, entre 3 et 5 % d’enfants se sentent harcelés à l’école, un combat de tous les instants

Ecrit par P.M. – le vendredi 7 novembre 2025 à 06H29
Au collège Gaston-Crochet, la journée s'est terminée par une photo prise par drone en forme de chaine humaine contre le harcèlement (photo D.R).

La journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire était l’occasion ce jeudi de sensibiliser enfants et adultes au fléau du harcèlement scolaire et de rappeler que les victimes ne sont pas seules, avec de nombreux professionnels prêts à les écouter. Un combat pris à bras-le-corps dans l’académie.

« Aujourd’hui c’est la sensibilisation, mais tous les jours c’est la lutte, nous sommes tous concernés », résume Catherine Lassauge, l’une des deux référentes académiques harcèlement de l’académie et conseillère technique au service relation aux familles du rectorat.

Avec sa collègue, Martine Huitelec, les deux référentes sont intervenues ce jeudi au collège Gaston-Crochet de la Plaine-des-Palmistes, à l'occasion de la journée nationale de lutte contre le harcèlement à l'école. Un duo renforcé tout au long de l'année par trois référentes départementales: Shénaz Maleck, Marine Crouchit, Virginie Artigau dans les premier et second degré.

Comme les autres établissements de l’île, ce dernier a organisé des ateliers afin de rencontrer et d'échanger avec l'équipe pédagogique, les élèves et les parents d'élèves. Si ici tout est neuf (il a ouvert à la rentrée) et fait pour le bien-être des élèves, cela n’empêche pas l’équipe du collège d'être confrontée « chaque année » à des cas de harcèlement scolaire.

Le dispositif Phare en première ligne

À chaque fois, les équipes savent quoi faire : la procédure est la même dans chaque école, collège ou lycée, via le dispositif Phare, piloté sur le terrain par une équipe ressource composée de cinq adultes spécialement formés au sein de chaque établissement. Une équipe à laquelle peuvent encore s’ajouter des parents et élèves “ambassadeurs”.

« En cas d’alerte de harcèlement potentiel, le protocole est déclenché et prend la forme d’entretiens avec les élèves cibles et les présumés auteurs. L’équipe va aussi entendre les témoins en associant les familles », explique Martine Huitelec.

Une équipe appelée à encore s’étoffer avec la formation désormais obligatoire, d’ici fin 2026, de tous les personnels des établissements « pour que tout le monde soit en alerte ».

C’est le cœur de la bataille : libérer la parole chez les jeunes et faire du harcèlement « l’affaire de tous, il ne doit plus y avoir aucun adulte qui ignore les signes d’alerte ».

Les deux référentes académiques, Catherine Lassauge (à droite) et Martine Huitelec (2 ème en partant de la gauche) au coté de la référente du second degré Shénaz Maleck (à gauche) et de la principale adjointe du collège Gaston Crochet, Muriel Lakermance.

Entre 3 et 5 % des élèves concernés

En la matière, La Réunion est concernée au même titre que les autres académies de France. « Si on prend les chiffres de l’année dernière (le bilan a été bouclé en juillet), on est à peu près à 200 signalements, à différents degrés, qui nous arrivent au rectorat, mais sur lesquels environ la moitié relève du harcèlement avéré », chiffre la référente.

Pas de possibilité de dire si le chiffre est en augmentation ou en diminution. Le service fonctionne dans un cadre national depuis l’année dernière, via une plateforme dédiée.

Mais, des questionnaires anonymes réalisés depuis plusieurs années, une fois par an du CM2 à la terminale, « nous montrent que nous sommes dans les mêmes chiffres que le national, soit entre 3 et 5 % d'élèves qui se sentent harcelés à l’école, tous niveaux confondus, de l’école au collège, au lycée et même au niveau post-bac avec le traitement l’an dernier de cas en BTS ».

Une petite nouveauté cette année : les élèves pourront choisir de mettre leur nom sur le questionnaire, « ce qui permettra aux équipes de pouvoir investiguer de façon plus approfondie ».

Pas de profil type

Quelle est la définition du harcèlement scolaire ? « Il y a l’intentionnalité, la répétition et une conscientisation de ce qu’on fait ».
Pas de profil type : « Le harcèlement est varié dans sa forme et dans son âge, même si celui du collège est le plus sensible. C’est là que nous rencontrons le maximum de situations, liées à l'adolescence, au regard des autres, à l’appartenance à un groupe. C’est aussi l’âge des réseaux sociaux où le harcèlement est en augmentation », cadre Martine Huitelec.

Le fléau du cyberharcèlement

Le cyberharcèlement est un phénomène qui ne cesse de prendre de l’ampleur. « La difficulté, c’est que le harcèlement maintenant se prolonge. Si le harcèlement a d’une certaine façon toujours existé dans les cours d’écoles, maintenant il n'y a plus d’arrêt. Vous rentrez chez vous avec votre portable et le harcèlement envahit tous les temps de l’enfant », alerte Catherine Lassauge.

Pour y répondre, « l’école ne pourra pas, seule gérer la situation. Comme elle déborde du temps scolaire, il faut que les parents soient conscients que ça peut se prolonger au-delà de l’école ».

Des ressources en ligne sur la parentalité numérique sont mises à disposition des parents, notamment sur la plateforme Éduscol.

Les signes d’un élève en détresse

« C’est par exemple le mutisme, un jeune qui se referme, qui s’absente, ce qui peut aussi signaler d'autres formes de mal-être. Dans le cadre du foyer, c’est un jeune qui ne veut plus aller à l’école, qui n’a plus de relations avec ses amis, qui mange moins, se renferme, reste sur son téléphone, en tout cas qui change nettement d’attitude ».
Avec le frein d’une parole qui se referme souvent.

Des tentatives de suicide en forme d’appel à l’aide

Si La Réunion n’a pas connu de drames comme le suicide, le 10 octobre, de Sarah, 9 ans, élève en CM2 à Sarreguemines en Moselle, victime de harcèlement et de violences grossophobes, les équipes sont confrontées tout au long de l’année à des cas graves, où l’appel à l’aide prend la forme de tentatives de suicide. Ce qui entraîne l’engagement de tous les acteurs de l’établissement et du médico-social.

Une prise en charge « non-stop » dans le but de la reprise au final de la scolarisation des élèves harcelés, doublée d’une sanction des harceleurs, écrite désormais dans la loi. Une sanction « adaptée, pour faire grandir tout le monde et que ces comportements ne recommencent pas ».
Elle peut passer par des exclusions temporaires ou définitives ou encore par une mesure « d’exclusion-inclusion », où l’élève reste dans l’établissement.

Le clip national tourné à La Réunion

La Réunion est en première ligne cette année concernant la lutte contre le harcèlement scolaire.  Le clip national de sensibilisation a été tourné cette année avec les élèves du collège de Terre-Sainte à Saint-Pierre, lauréat du prix Non au harcèlement 2025.
Le clip sera diffusé en format court dans les médias et sur les réseaux sociaux et accompagné d’un livret pédagogique destiné à tous les établissements scolaires.

Contacts et ressources

Pour joindre le rectorat, les familles peuvent contacter directement les deux conseillères techniques à l’adresse suivante : [email protected].
Les référents de chaque établissement sont également à l’écoute des jeunes et de leurs parents.

Autre porte d’entrée : le 3018, numéro national unique pour alerter en cas de situation de harcèlement ou de cyberharcèlement.

Un combat de tous les instants. 

Etiquettes : Harcèlement scolaire

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