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« Il était en chasse pour satisfaire ses pulsions sexuelles »

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 15 octobre 2025 à 14H59

Ce mercredi, la chambre de l’instruction a décidé d’incarcérer un prédateur sous contrôle judiciaire, infirmant la décision d’un juge des libertés et de la détention de le laisser libre jusqu’à son procès pour agression sexuelle, en novembre prochain. Récit d’un remarquable imbroglio judiciaire.

Les faits remontent au 3 octobre dernier. Une jeune femme, interne en médecine, quitte le CHU de Saint-Pierre à la nuit tombée pour rentrer chez elle. Elle chemine seule aux abords de l’établissement hospitalier quand un inconnu, tapi derrière une voiture, se jette sur elle.

L’homme la saisit et la tire en arrière en prenant soin de l’étrangler avec son bras droit pour la maîtriser et l’empêcher de crier. Il la plaque au sol sans ménagement. Puis, il s’empresse de lui caresser la poitrine et de glisser sa main sous sa robe jusqu’à atteindre son sexe.

Sauvée par deux joggeurs

Sous le choc, l’interne en médecine parvient néanmoins à appeler à l’aide deux joggeurs qui font leur footing. Une chance pour elle puisque les deux sportifs mettent en fuite son agresseur qui enfourche son vélo pour disparaître dans la nuit.

La victime dépose immédiatement plainte devant les services de police du commissariat de Saint-Pierre. Les images de vidéosurveillance collectées aux abords des lieux de l’agression vont permettre aux enquêteurs de retracer l’inconnu, âgé de 24 ans.

Le prédateur en embuscade à l'ombre d'une voiture

Placé en garde à vue, Romain A. explique qu’il a lui-même mis un terme à l’agression à la suite d’une sorte de flash où il a pensé à ses sœurs. Les enquêteurs pensent plutôt que ce sont les deux coureurs qui ont mis fin à ses agissements.

Les images de vidéosurveillance prouvent d’ailleurs qu’il a repéré sa proie plusieurs minutes avant de passer à l’acte et qu’il était en embuscade à l'ombre d'une voiture. La victime elle-même est persuadée qu’il voulait la violer et qu’elle a dû son salut aux témoins de passage.

« Je ne comprends pas la décision du JLD »

Romain A. n’a pas de casier judiciaire, mais en épluchant leurs fichiers, les policiers découvrent qu’il a déjà fait l’objet d’une enquête pour un viol collectif en février 2021 et d’une autre pour agression sexuelle en janvier 2016. Des dossiers finalement classés sans suite car insuffisamment caractérisés, mais qui jettent une lumière crue sur celui que l’avocate générale décrit comme « un prédateur ».

« Il s’est finalement retrouvé en liberté dans les heures qui ont suivi sa garde à vue. Je ne comprends pas la décision du juge des libertés et de la détention (JLD) de Saint-Pierre dans ce dossier », tacle la vice-procureure générale à l’audience. Pour Emmanuelle Barre, il est évident que le suspect aurait dû être placé sous mandat de dépôt jusqu’à son procès à délai différé, fixé au 12 novembre prochain devant le tribunal judiciaire de Saint-Pierre.

Pulsions sur fond d’alcool et de cannabis

La magistrate estime que deux critères au moins sont réunis en ce sens. Elle pointe du doigt le risque de réitération de l’infraction et le manque de garantie de représentation du suspect. « Il ne travaille pas et il vit aux crochets de sa petite amie et de sa mère en touchant des aides sociales », argumente-t-elle.

L’oisiveté du mis en cause se double d’un mode de vie qui consiste pour lui à consommer de l’alcool et du cannabis. « C’est d’ailleurs le mélange des deux qui l’a conduit à passer à l’acte », note la magistrate.

Il se débarrasse de ses vêtements

Pour la représentante du ministère public, « il était en chasse cette nuit-là pour satisfaire ses pulsions sexuelles aux abords du centre hospitalier où il était presque sûr de croiser une infirmière ou un membre du personnel médical ». Un prédateur en quête d’une proie pour résumer.

La vice-procureure indique encore que, le soir des faits, le suspect a pris quelques précautions en dépit de son état d’ébriété conjugué à la prise de cannabis. Romain A. s’est à la fois mis à l’abri chez un tiers inconnu de son entourage, mais il s’est aussi débarrassé de ses vêtements et de sa casquette et donc d’éventuels indices.

« Il ne cesse de pleurer et de culpabiliser »

En défense, son avocate insiste sur le sentiment de culpabilité et de honte de son client par rapport aux faits. Elle rappelle qu’il a « reconnu les faits sans les minimiser ». « Pendant sa garde à vue et, aujourd’hui encore, il ne cesse de pleurer et de culpabiliser », complète-t-elle. Pour la robe noire, il est « complètement faux de prétendre qu’il était en chasse ». Et d’ajouter : « Il a juste croisé le regard de la jeune fille… »

Invité à prendre la parole, Romain A. en larmes, supplie les juges de lui accorder « une dernière chance pour essayer de m’intégrer dans la société et de réparer mes actes ». Des paroles restées vaines puisque les magistrats de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Saint-Denis ont décidé de le placer sous mandat de dépôt en attendant son procès. Une décision qui devrait rassurer la victime sachant qu'elle est possiblement amenée à cheminer aux abords du CHU de Saint-Pierre.

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