Pas (encore) d'appel au blocage le 10 septembre à La Réunion

Si les réseaux sociaux ne laissent présager pour l'instant d'aucune manifestation au plan local en lien avec le mot d'ordre « Bloquons Tout » du 10 septembre prochain, la gauche locale et les syndicats observent avec attention l'évolution du mouvement de contestation, entre espoir d'une vague populaire et crainte d'une récupération de l'extrême droite, comme lors des Gilets jaunes.
« Hier encore, un ami me disait que des gens lui avaient parlé de "Bloquons Tout" alors qu'il marchait sur un sentier de randonnée. Ça risque de prendre : il suffit de regarder le succès incroyable de la pétition Duplomb, c'est un signe », s'enthousiasme une militante syndicale quand on lui demande si, de son point de vue, l'appel au blocage du 10 septembre pourrait prendre racine à La Réunion.
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Pour l'heure, rien sur les réseaux ne laisse augurer d'une quelconque mobilisation dans l'île. Somme toute logique pour un mouvement sans leader ni plateforme identifiés. Et dont le mot d'ordre originel (certes un peu brouillé depuis) n'appelait pas à la manifestation, mais à la mobilisation individuelle contre l'austérité budgétaire et le système économique, notamment en consommant pas dans les magasins le 10 septembre.
« Une envie de mettre en panne le système »
« C'est une démarche novatrice et porteuse d'espoir, avec cette envie de déborder puis de mettre en panne le système », apprécie Alexis Chaussalet, militant d'ATTAC et candidat LFI aux législatives de 2024 dans la 3è circonscription. « Il est temps de se lever et de se révolter. Ce n'est pas structuré, donc il faut suivre ce qu'il se passe et ne pas laisser se reproduire la façon dont ça s'est déroulé avec les Gilets jaunes, où on a laissé l'extrême droite noyauter le mouvement ».
Lancé sur le réseau social X, le mouvement « Bloquons tout » est couvé du regard localement (comme dans l'Hexagone) par la gauche, ses militants et les syndicalistes, avec l'espoir d'une possible étincelle qui viendrait allumer la mèche d'une contestation populaire avant les élections municipales de mars 2026. Une opportunité rêvée d'infliger au camp du président de la République Emmanuel Macron une nouvelle défaite électorale.
Même s'il « ne pense pas que l'action individuelle soit la bonne échelle de mobilisation », Alexis Chaussalet sait bien qu'une colère populaire, si elle est mieux dirigée que celle des Gilets jaunes, peut renverser un gouvernement. Jean-Hugues Ratenon ne dit pas autre chose, lui qui était allé en Martinique avec Frédéric Maillot pour aider à structurer les revendications du mouvement RPPRAC contre la vie chère.
« Pour l’instant on ne voit rien venir »
« Au début ils ont fait leur truc, avant au final de demander le soutien des politiques », commente le député à propos des militants martiniquais. Jean-Hugues Ratenon estime que le refus des mouvements de contestation non structurés de laisser approcher des élus ne cache pas seulement la crainte de se faire récupérer : il masque aussi, souvent, les divergences entre militants de gauche et électeurs du Rassemblement national, qui peuvent parfois se côtoyer sur les barricades quand il s'agit de conspuer le gouvernement.
« Pour l’instant on ne voit rien venir, mais c’est un peu comme les Gilets jaunes : ça peut être décalé par rapport à l'Hexagone, mais ça risque aussi d’être plus fort à La Réunion et dans les Outre-mer. Le Cospar aussi était décalé par rapport au LKP en Guadeloupe. Il y avait une colère, une indignation. Mais il n'y avait pas une détresse aussi intense qu'aujourd'hui. Ce climat actuel, ce bruit de fond, c’est du jamais vu », avance Jean-Hugues Ratenon.
« Quelles avancées sociales il y a eu avec les Gilets jaunes ? »
Son collègue de l'Assemblée nationale, Frédéric Maillot, confirme que le mot d'ordre du « Bloquons Tout » le 10 septembre revient souvent dans les conversations autour de lui. « Je trouve ça légitime et derrière le mot blocage, la vraie expression qu'il faut entendre c'est : révolte populaire. Quelle esthétique ça doit prendre ? En tant que député je ne dois pas me prononcer. Est-ce que Macron et son gouvernement prennent en compte les manifestations avec blocage ? La réponse, c'est non », assène Frédéric Maillot.
Le député de la 6è circonscription ajoute que le président de la République n'a pas plus « répondu à la légitimité populaire » exprimée par les urnes depuis sa réélection, grâce à la gauche, en 2022. « Mais ce n'est pas parce qu'il n'écoute pas qu'il ne faudrait pas faire non plus. Je n'ai pas eu vent d'une organisation établie, mais il faut que ça prenne. Mais pas de leader, ça veut dire : pas de négociations claires, donc ça n'avance à rien. Quelles avancées sociales il y a eu avec les Gilets jaunes ? Avec le Cospar, des avancées, il y en a eues. »


