“Aidez-moi” : l’appel de la procureure aux habitants de Fayard

Présente hier à Saint-André pour un point d’étape dans le cadre du GLTD (Groupe local de traitement de la délinquance) créé en mars, la procureure de la République, Véronique Denizot, appelle les habitants à libérer la parole et à décrire ce qui se passe réellement dans leur quartier afin d’adapter au mieux les réponses.
Présente à la mairie, puis au collège de Saint-André ce jeudi pour rencontrer les acteurs de l’éducation, des associations et des habitants du quartier, la procureure de la République, Véronique Denizot, a voulu faire passer un message clair à la population.
« Je ne peux pas, avec l’aide de la police, lutter contre la délinquance à Fayard si je ne mesure pas exactement ce qui s'y passe. Je connais certaines choses, des choses sont connues de la mairie, mais je n’ai pas toutes les informations et je ne comprends pas tout ce qui se passe. Il faut que ces préoccupations me parviennent, via les adultes relais, via le personnel de la mairie », a-t-elle expliqué.
Pour mieux cibler les actions à mettre en œuvre en relation avec les services sociaux, les forces de l’ordre ou encore l’Éducation nationale, la magistrate insiste sur l’importance d’un travail collectif : « J’ai besoin du relais des habitants, du relais des associations, pour venir nous dire : voilà ce qui se passe ici. J'avais peur de le dire, mais maintenant je vous dis ce que je constate et quelles sont mes attentes », poursuit-elle.
“Le GLTD, c’est maintenant”
Pour favoriser la libération de la parole, la procureure annonce un renforcement des permanences de l’ARAJUFA (Association Réunionnaise d’Aide Judiciaire aux Familles) à la Maison France Services du quartier. « Si une personne veut porter plainte mais ne sait pas comment faire, elle aura un point d’accueil », assure-t-elle.
Elle insiste sur l’urgence à agir : « Le GLTD, c’est maintenant. Je ne pourrai pas être là tout le temps, j’ai d’autres communes, d’autres préoccupations aussi. C’est maintenant qu’il faut m’aider. Me dire pourquoi il y a de la délinquance, pourquoi des jeunes sont seuls dehors le soir, s’il y a oui ou non de la prostitution, des stupéfiants, de l’extorsion, du racket, des jeunes d’autres quartiers qui viennent empoisonner la vie des habitants… Je ne peux pas me saisir sur des ladi-lafé ».
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“Je n’aime pas qu’on stigmatise Fayard”
Joé Bédier, le maire de Saint-André appelle à ne pas réduire le quartier à ses difficultés : « Il n’y a pas que de la délinquance à Fayard. Il y a des femmes, des hommes, des jeunes, des gens engagés, qui vivent une journée normale et luttent contre ces quelques personnes, qui, parfois, pas tout le temps, sèment le trouble ».
« Fayard souffre aussi de cette image, et je n’aime pas ça. Oui, il y a aussi quelques problèmes, mais c’est ensemble qu’il faut trouver des solutions. Je suis optimiste et j’y crois. Il y a des faits ici comme partout ailleurs, sans commune mesure avec ce qui se passe dans certaines villes de métropole », ajoute-t-il.
Quant à une remise en question des aides sociales, il juge que « ce n’est pas en coupant les allocations qu’on résout des problèmes de ce type ».
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“Il faut former les parents”
Président de l’Association des jeunes musulmans de l’Océan Indien, Amody Mohamed, habitant du quartier depuis 1973, insiste sur la responsabilité parentale : « La plupart des papas n’assument pas leur responsabilité. Le gros travail à faire est auprès des parents. Il faut les former à prendre leurs responsabilités, ici et dans les quatre coins de l’île ».
Joé Bédier renchérit : « Il y a aussi des jeunes qui subissent des violences. Ils doivent avoir un papa, une maman, ou au moins un des deux. Dans ce contexte, j’aurais peut-être aussi commis des actes comme cela ».

Des mineurs en errance, les adultes convoqués
La procureure évoque à son tour la situation préoccupante de jeunes mineurs « venus de Mayotte, parfois sans le vouloir eux-mêmes, amenés ici par des adultes qui ne s’occupent pas d’eux, de leur santé, de leur insertion, de leur scolarité. Ce n’est pas normal », déplore-t-elle.
Des actions ont été engagées pour tenter d’enrayer cette situation : « Des circuits courts de traitement ont été mis en place pour la prise en compte de mineurs qui seraient insuffisamment accompagnés ».
Véronique Denizot rapporte que la police lui a récemment signalé des mineurs « retrouvés sur la voie publique à des heures pas normales. Ils ont été ramenés chez eux et les adultes responsables convoqués dès le lendemain pour audition dans le cadre d’une procédure d’abandon de mineur, menée par un délégué du procureur installé au commissariat ». Une procédure qui peut aboutir à une saisie du juge des enfants ou à une mesure d’accompagnement des familles. Cinq jeunes ont été vus pour l’instant.
Une reconduction du GLTD
Interrogée sur l’absence de classement du collège Fayard en REP+ (Réseau d’éducation prioritaire renforcé), Véronique Denizot indique que la question « sera posée de nouveau à la fin août ».
Le GLTD, initialement prévu pour six mois, sera renouvelé pour au moins une année, « pour mettre en place des actions qui ont un résultat ».


