Influenceurs controversés : pourquoi Nasdas, AD Laurent et Alex Hitchens ont été convoqués ?

Trois influenceurs très suivis, Nasdas, AD Laurent et Alex Hitchens, ont été auditionnés à l’Assemblée nationale ce mardi 10 juin dans le cadre d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Entre déclarations controversées et tensions en direct, la séance a révélé les limites de la régulation actuelle des réseaux sociaux.
Trois figures très suivies des réseaux sociaux ont été entendues ce mardi 10 juin à l’Assemblée nationale, dans le cadre d’une commission d’enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs. Nasdas, AD Laurent et Alex Hitchens, tous trois régulièrement critiqués pour la nature de leurs contenus, ont dû s’expliquer devant les parlementaires sur leurs pratiques, leur modèle économique et leur responsabilité face à une audience composée en grande partie d’adolescents.
Lire aussi : Un projet de loi pour mieux encadrer les influenceurs
Leur convocation fait suite à une vaste consultation citoyenne lancée en début d’année, qui a recueilli plus de 30 000 réponses. Leurs noms y revenaient régulièrement, notamment pour des vidéos jugées sexistes, violentes ou potentiellement nuisibles à la jeunesse. Pour les députés, il s’agissait de comprendre si ces influenceurs avaient conscience de l’impact de leurs contenus et de la manière dont la viralité sur TikTok pouvait inciter à la surenchère.
Nasdas : entre visibilité et malaise personnel
Nasdas, figure populaire du réseau Snapchat et habitué des vidéos spectaculaires dans les quartiers populaires, s’est présenté comme un animateur de rue qui "fait le show". Interrogé sur ses vidéos dites de “drama”, il a admis que ces formats, qui mettent souvent en scène des tensions ou des ruptures amoureuses, génèrent plus de vues.
Il a cependant nié toute incitation à la haine ou au harcèlement : "Mon contenu, en aucun cas, il n’incite au harcèlement de qui que ce soit", a-t-il déclaré devant les députés. Il a aussi reconnu avoir influencé des jeunes à “croire en lui plutôt qu’en leurs études” et a annoncé vouloir faire une pause de plusieurs années pour préserver sa santé mentale.
Lire aussi : Le célèbre influenceur Nasdas électrise une foule d'adorateurs réunionnais
AD Laurent : une défense controversée
AD Laurent, ex-candidat de téléréalité reconverti dans l’industrie pornographique, s’est défendu de toute volonté de nuire. Il a affirmé que ses contenus s’adressaient exclusivement à un public adulte et que la plateforme TikTok, tout comme les familles, portait une part de responsabilité dans l’exposition des mineurs.
Très critiqué pour ses “lives” où apparaissent de jeunes femmes dans des situations sexualisées, il a tenté de relativiser ses propos en les comparant à des paroles de chansons connues, citant Michel Sardou ou Bruno Mars. Sa défense a provoqué la stupéfaction de certains parlementaires.
Alex Hitchens : un départ fracassant
L’audition la plus tendue a été celle d’Alex Hitchens. Suivi par plus de 600 000 personnes, il est célèbre pour ses vidéos masculinistes et ses conseils en séduction, souvent jugés sexistes. Dès les premières questions, le ton est monté. Hitchens a rejeté toute accusation de misogynie et estimé que ses conseils étaient utiles à la jeunesse : « Je pense qu’un jeune homme de 13, 14 ans, 15 ans, devrait suivre mes conseils », a-t-il lancé.
Lorsqu’un député l’a confronté à l'une de ses vidéos dans laquelle il critique les femmes qui sortent après 22h, il s’est emporté : « Vous avez pris dix secondes de mon propos, vous l’avez isolé, et vous venez de me le balancer à la gueule. C’est le problème de TikTok. » Peu après, il a brutalement mis fin à la visioconférence, sans autorisation, quittant l’audition en plein échange.
Ce départ précipité pourrait avoir des conséquences juridiques. Une personne convoquée par une commission d’enquête est tenue de comparaître et de répondre aux questions. Un refus ou une entrave peut être sanctionné jusqu’à deux ans de prison et 7 500 euros d’amende. La commission peut également décider de reconvoquer l’influenceur ou saisir le parquet.
Responsabilités esquivées, encadrement attendu
Si les trois influenceurs ont tous nié toute responsabilité dans l’exposition des mineurs à des contenus controversés, les députés s’interrogent sur l’efficacité de la modération des plateformes et la nécessité de renforcer l’encadrement légal. Aucun d’eux n’a reconnu un tort direct. Tous ont préféré renvoyer la faute aux algorithmes de TikTok, à l’absence de contrôle parental, ou encore à une société qui, selon eux, consomme du contenu choquant parce que cela “fait des vues”.
Au-delà des polémiques individuelles, cette audition souligne les limites du cadre actuel dans la régulation des réseaux sociaux. Elle illustre aussi la difficulté pour les institutions républicaines d’obtenir des réponses claires et d’identifier les responsabilités dans un écosystème numérique où les frontières entre divertissement, influence et manipulation sont de plus en plus floues.
Lire aussi : Enlevé, ligoté et aspergé d’essence, le père d'un influenceur retrouvé dans le coffre d’une voiture


