Affaire "Niktamère" : 1.000 à 1.500 euros d'amende requis contre les deux gendarmes

Embarrassés, c'est bien l'état dans lequel les deux gendarmes de Bras-Panon, qui comparaissaient à la barre devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis, se trouvaient cet après-midi. Ces deux gendarmes sont accusés d'avoir, imprimé pour l'un et affiché pour l'autre, un tract à caractère haineux et raciste dans les locaux de la gendarmerie de Bras-Panon. Un dessin et un texte font allusion à un groupe, les Maghrébins.
"Il n'est pas question de dire que vous êtes racistes, débute la présidente du tribunal, mais de condamner aujourd'hui l'exhibition de ces propos haineux et racistes dans un lieu public". Lors de l'enquête, les deux gendarmes ont expliqué que ce document, dont ils ne sont pas auteurs (issu d'Internet), n'était rien de moins qu'une "caricature", un texte qu'ils n'avaient d'ailleurs, selon leurs dires, "lu qu'en diagonale".
"Je suis d'accord, ce texte est choquant et ne fait pas sourire. Mais je l'ai lu que partiellement", affirme l'un, "je prête une attention rapide, je le range dans mon bureau, puis quelques jours plus tard, je l'affiche", insiste l'autre.
"Je n'ai pas vu le côté caricatural de ce dessin. Il ne m'a pas prêté à sourire !", rétorque la présidente alors que le vice-procureur de la République intervient : "Vous l'affichez sans le lire ! Ne me dites pas cela ou alors vous admettez que vous affichez n'importe quoi sans regarder dans vos locaux, c'est inquiétant! Vous vouliez faire rire, vous l'avez plus ou moins admis". Plus ou moins, effectivement, car jusqu'au bout, les deux gendarmes auront bien du mal à affirmer face à la cour, et devant plusieurs de dizaines de gendarmes venus assister à l'audience en "soutien" de leurs camarades, qu'il pouvait surtout s'agir d'une "bêtise pour rigoler", lancera le vice-procureur.
"On peut rire de tout, mais pas n'importe comment et n'importe où"
"Ils ne sont pas délinquants, aujourd'hui on les retrouve à la barre. C'est peinant. Toutefois, les faits illustrent une ambiance actuelle. Ils sont quelque part victimes d'un comportement de banalisation. Leur réaction me gêne car je pensais aujourd'hui qu'ils allaient me donner une explication, certes banale. (…) Ce texte est redoutable car les gens extremistes qui en sont à l'origine peuvent ainsi croire que si ce texte s'affiche en gendarmerie, c'est qu'on peut déblatérer ce genre de propos, car quelque part, l'afficher c'est cautionner. J'ai tendance à penser qu'on peut rire de tout, mais pas n'importe comment et n'importe où", a-t-il argué.
Pour l'avocat de la défense, Me Lagourgue, la réaction à l'article qui a révélé l'affaire est "disproportionnée". "On a vu les plus hautes autorités de l'Etat stigmatiser ces gendarmes, et demander des dispositions, avant même que le tribunal ne les condamne". En conséquence, ils auraient été lourdement sanctionnés par leur hiérarchie.
Avec un parcours professionnel irréprochable et des témoignages rappelant leur sens dévoué aux citoyens, les deux gendarmes ont obtenu la clémence du vice-procureur qui a finalement requit une peine d'amende entre 1.000 et 1.500 euros. Toutefois, ils auront reçu de sacrés remontrances du tribunal qui n'a pas hésité à rappeler que le problème dans cette affaire c'est "la banalisation, la stigmatisation d'un groupe donné", rappellera la présidente.
Le jugement a été mis en délibéré au 19 juillet.



