Tutelle, procès et magouilles : le jackpot maudit de Julien Ramsa

Les gains à la loterie des époux Ramsa avaient fait grand bruit à l’époque : Julien, docker d’origine modeste, avait touché plus de huit millions d’euros il y a 30 ans. Aujourd’hui, ses enfants dénoncent des conditions de tutelle déplorables, et des malversations financières.
En 1994, le 20 avril, un ancien docker touche le pactole à la loterie : 55 millions de francs. Loin de conserver son anonymat – comme beaucoup de gagnants –, Julien Ramsa et sa femme Léone posent fièrement devant l’appareil photo de nos confrères du Quotidien, en récupérant leur gain.
Loin de vivre une vie faste après l’acquisition de cette somme (on parle de 8 millions d’euros), Julien Ramsa divise les gains et partage le tout avec ses 11 enfants. Or, l’appât du gain va déchirer la famille. Dans un premier temps, plusieurs procès vont viser deux de ses filles.
Par la suite, Julien Ramsa et deux de ses fils seront placés sous mesure de protection des majeurs, sous l'égide de la Croix-Rouge. Aujourd'hui, la majorité de la famille demande la main levée pour vice de procédure et caducité, et la restitution les sommes "disparues".
L'appât du gain aurait attisé la cupidité de deux de leurs filles, dont l'une avait un conjoint en lien avec le milieu bancaire. Dans un premier temps, plusieurs plaintes vont viser les deux sœurs et ce conjoint. Entre autres, ils vont être soupçonnés de détournements de fonds et abus de faiblesses à l'égard des époux Ramsa, d'effectuer des placements financiers au nom de leurs parents, profitant de leur grand âge et de leur méconnaissance dans les tractations financières.
Cette période, s’étalant de 2003 à 2009, n'aboutira pas, puisqu'aucune enquête ne sera diligentée par le parquet, et il n'y aura aucune suite.


Mise sous tutelle et imbroglio avec la justice
Dès 1998, l’un des fils du couple Ramsa, Jean-Marc, est mis sous tutelle. Ce dernier est déficient mental. La demande de tutelle, effectuée par l’une des sœurs visées par les plaintes précédemment évoquées, aurait par un jugement non contradictoire, non contestable, été nommée responsable légale de leur frère Jean-Marc, selon la famille Ramsa, qui bénéficie du soutien du CRI du 974 (collectif pour la réparation des injustices à la Réunion). Cette mise sous tutelle aurait été orchestrée grâce au concours d'une avocate et de son conjoint magistrat, selon le collectif.
En 2006, deux mises sous curatelle renforcée vont être ordonnées par la justice : la première, celle de Sylvestre, l’un des fils de la famille. La seconde sera celle de l’ex-docker, qui sera pris en charge par un ancien tuteur de la Croix-Marine. Une association qui a depuis été empêtrée dans de présumées affaires de vol d'argent à l'encontre de personnes sous tutelle ou curatelle.
C'est ainsi, à la même période, trois membres de cette famille seront placés « aux bons soins » de la Croix-Rouge. Pour nommer cet organisme, la justice prendra pour seul prétexte que l'argent du patriarche a été dilapidé en mettant à défaut toute la famille, alors qu'aucune enquête ne sera exigée par le parquet malgré les plaintes déjà engagées envers les deux filles concernées.
Des comptes de gestions opaques
Après investigations, Le CRI du 974 peut démontrer, documents à l'appui, que les comptes de Julien Ramsa ont fait l'objet de "graves malversations financières" entre plusieurs banques, assurances et tutelles. Tous les comptes de gestion n'ont pas été rendus à la famille, et font l'objet selon eux de "fraudes", alors même qu'il existe un "guide des bonnes pratiques des mandataires judiciaires à la protection des majeurs de la Réunion", élaboré par des juges des tutelles, qui explique que ces comptes doivent être maintenus à jour et présentés. Le collectif et la famille Ramsa mettent en accusation les tuteurs et leurs complices de détournements de fonds et de maltraitance.
Julien Ramsa ne touche que 350 euros par mois, versé par son tuteur, alors qu'il est théoriquement millionnaire. Le renouvellement des mesures se ferait dans la plus totale "iniquité" selon sa famille. Ce n'est qu'en 2024 que ses enfants apprendront le placement sous tutelle de leur père, décision qui date de 2022. C'est à partir du compte-rendu de gestion (2015-2016-2017) que Zinfos974 a pu consulter, que la famille Ramsa a découvert le pot-aux-roses.
Fin 2017, il ne lui resterait que 21.700 euros sur deux de ses comptes bancaires, alors qu'en 2006, la fortune personnelle du patriarche s'élevait à plus de 2,2 millions d'euros. Selon les comptes rendus, entre 2015 et 2017 (les seuls disponibles), la Croix-Rouge – qui gérait les finances – aurait dégagé un résultat moyen de 4.500 euros par an (recettes - dépenses).
La famille de l’intéressé estime que, sur une période de 12 ans, ses comptes auraient dû avoisiner les 54.000 euros. Or, elle constate la disparition de 32.000 euros.

Le CRI du 974 accuse le tutorat " d'infidélité flagrante des comptes de gestion" qui s'apparenterait à du détournement de fonds. Le collectif subodore également qu’un « reset » des comptes a été effectué intentionnellement à partir de 2015 et que la gestion financière aurait été volontairement « effacée ou ignorée » pour camoufler des malversations.
Location immobilière, politique et curatelle renouvelée
Pour preuve d'une gestion calamiteuse du patrimoine, deux immeubles appartenant à Julien Ramsa ne sont pas été répertoriés dans l'inventaire tenu par l'organisme tutélaire : la maison familiale qu'occupe le patriarche depuis son acquisition et un investissement locatif (maison de standing situé au centre-ville du Port).
Par exemple, le cas d’un bâtiment au Port « sous-évalué ». Pour 400 euros, un F5/6 avec garage a été loué pendant plusieurs années pour la permanence d’un homme politique. Une location dont Julien Ramsa n’avait manifestement pas connaissance.
Depuis trois ans, ce bâtiment est laissé vacant, sans assurance, et les tuteurs ne s’occupent plus de sa gestion pour une éventuelle réhabilitation à des fins locatives. Conséquence : cela aggrave les dettes foncières auprès de la direction générale des Finances publiques.
Dans toute cette spirale financière, la famille des époux Ramsa et le collectif demandent l'annulation des mesures de protections de tutelle sur Julien, Jean-Marc et Sylvestre, ainsi qu'une commission de réparation.
Ce mercredi 5 février, l’association a manifesté devant les locaux de la Croix-Rouge pour tenter d’obtenir des réponses, mais surtout, présenter des documents attestant de ces malversations.
Nous avons contacté la Croix-Rouge concernant la tutelle de Julien Ramsa et les accusations portées par le collectif le Cri du 974, et sommes dans l'attente d'une réponse.




