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Procès de Cédric Philéas aux assises : "Il a voulu la faire payer pour l'éternité"

Ecrit par I.S. – le lundi 3 février 2025 à 19H55
Le 27 novembre 2021, le père famille tentait de tuer son épouse puis, ses deux jeunes garçons (DR)

Une séparation dans un climat de violences conjugales, une femme traquée, des enfants pris au piège d’une vengeance implacable : l’histoire de Delphine C. et de ses fils a basculé dans l’horreur le 27 novembre 2021. Ce lundi, Cédric Philéas a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tenté d’ôter la vie à ses propres enfants après avoir séquestré et violé leur mère.

Ce lundi, Cédric Philéas a été condamné par défaut à la réclusion criminelle à perpétuité par la cour d'assises composée, dans ce cas exceptionnel, par trois magistrats professionnels. "Il n'est pas mort", assure son ex-épouse et victime à la sortie de l'audience. Très digne, la mère de famille résiliente a invité à l'apaisement et au respect de la décision de justice. "Ce soir, je vais retrouver mes enfants comme dans une famille normale. Je vais leur expliquer la décision de la cour, car nous échangeons librement sur ce sujet. Ensuite, je vérifierai leur devoir comme n'importe quelle mère".

Une renaissance pour la trentenaire. Quant à Cédric Philéas, s'il est toujours vivant, il pourrait contester ce verdict et être rejugé par un jury populaire cette fois-ci. Aujourd'hui, la cour a assorti la peine de 22 ans de sûreté, d'un suivi socio-judiciaire pendant 10 ans, du retrait de l'autorité parentale et de l'interdiction du versement d'une pension de réversion. Le condamné est privé de droits civiques durant 10 ans et le mandat d'arrêt prononcé le 26 juillet 2023 par le juge d'instruction en charge de cette affaire est maintenu. "J'espère qu'un jour cette peine pourra lui être expliquée de vive voix", a conclu l'avocate générale qui a comparé cette tragique histoire au triple infanticide du Port, en mars 2019, et au décès des deux enfants probablement asphyxiés par leur père aux Avirons avant que celui-ci ne se donne la mort en novembre 2024.

Trois hommes au profil similaire

Trois hommes au profil similaire, incapables de supporter la séparation dans un climat de violences conjugales récurrent. "Il a voulu la faire payer pour l'éternité", résume la représentante de la société décrivant Cédric Philéas comme un conjoint violent, intolérant à la frustration et qui a toujours considéré la mère de ses enfants comme un objet.

Delphine C. a subi des violences conjugales à plusieurs reprises au cours de leurs 17 ans de vie commune. Elle a porté plainte une fois en 2015, sans résultat. En 2021, quelques mois avant les faits, elle décide de le quitter après avoir eu la mâchoire cassée et le nez fracturé. Mais Cédric Philéas a réussi à se procurer sa nouvelle adresse et a appris par une grand-mère que Delphine entame une nouvelle relation amoureuse. Harcelée d'appels téléphoniques, elle avait retrouvé en rentrant un soir chez elle Cédric Philéas dans son salon. Une plainte avait été déposée pour violation de domicile.

Il fait mine d'accepter la situation

L'enfer avait commencé, une sorte "d'entonnoir", décrit le parquet général, qui s'est refermé sur la malheureuse réclamant un téléphone grave danger, sans succès. Delphine C. est contrainte de quitter son travail et vit dans l'angoisse jusqu'à ce que Cédric Philéas change de tactique et se mette à lui faire croire qu'il accepte la séparation et le nouveau conjoint. Tout en entamant une procédure de divorce, la mère de famille accepte alors de lui remettre leurs deux enfants par l'intermédiaire de la grand-mère paternelle.

Ce terrible 27 novembre 2021, Delphine C. se présente au domicile de Cédric Philéas pour récupérer ses garçons. Elle compte rester à l'extérieur de la propriété, mais celui-ci évoque une blessure du plus jeune, l'attirant ainsi dans la maison. Toutes les issues sont verrouillées, les ventilateurs tournent à fond comme s'il avait prévu de masquer d'éventuels bruits.

La présence d'esprit de négocier avec son bourreau

Delphine C. se retrouve prise au piège. Cédric Philéas lui impose une relation sexuelle et tente de l'étrangler. Malgré l'horreur, la trentenaire a la présence d'esprit de négocier avec son bourreau en faisant mine de reconnaitre ses torts. Lorsqu'il se met à pleurer, Delphine lui propose de se rendre dans la cuisine pour se rafraichir puis, à l'extérieur pour fumer. Aucun des deux n'ayant de cigarette, elle soumet l'idée de sortir en acheter et réussit à s'enfuir. Pieds nus et débraillée, elle parvient à atteindre la gendarmerie de St-Louis. "Il est là, il va me tuer", confie-t-elle au gendarme qui l'accueille avant de perdre connaissance.

Cédric Philéas vient au même moment d'arriver en trombe et de se garer devant la brigade avant de repartir chez sa mère récupérer les enfants. "Très énervé", selon cette dernière, c'est vraisemblablement là qu'il s'est muni d'un couteau. Le périple quasi mortel se poursuit à 5 km de là, au bord de la Ravine du Gol.

À bord de son véhicule, Cédric Philéas poignarde d'abord à cinq reprises son fils ainé dans des zones vitales. Malgré les cris de la petite victime pour l'en empêcher, il sort le second garçon de l'habitacle et l'allonge au sol avant de le frapper au couteau avec une grande violence. "Il a tenté de les étouffer en leur bouchant le nez et la bouche", ajoute le ministère public.

Assise sur le banc des parties civiles, Delphine C. essuie discrètement une larme. Le marmaille doit son salut à son frère. "Papa, je t'aime" avait-il intelligemment tenté. Cédric Philéas quitte les lieux en enfermant ses deux fils dans la voiture et disparait dans la ravine. Selon les proches de l'enquête, il se serait caché un temps dans des grottes autour de cet endroit. Sa clé de voiture a été retrouvée sous une pierre à proximité. Malgré ses très graves blessures, son fils aîné avait réussi à déverrouiller les portes du véhicule et à rejoindre la route pour appeler au secours.

Lire aussi : Toujours introuvable, Cédric Philéas condamné à la prison à vie : la mère des enfants poignardés s'exprime

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