Didier Fauchard dévoile les priorités du Medef Réunion pour 2025

Lors de sa conférence de rentrée, Didier Fauchard, président du Medef Réunion, a dressé les grands axes de travail du syndicat patronal pour 2025 autour d'une feuille de route baptisée VIVRE. De la solidarité avec Mayotte à la simplification administrative en passant par l’attractivité économique et la formation des jeunes, les défis ne manquent pas.
"Nos îles sont devenues vulnérables. Il est impératif d’œuvrer à une société plus juste et égalitaire, où les services de base sont accessibles à tous." En ouverture, Didier Fauchard a tenu à rappeler l’élan de solidarité qui s’est manifesté après le passage du cyclone Chido à Mayotte. "Je suis fier d’une chose : dans les heures qui ont suivi, citoyens et entreprises ont été nombreux à offrir des dons." Mais pour le président du Medef Réunion, il ne faut pas s’arrêter là. "En 2025, il faudra nous mobiliser pour des relations équilibrées et apaisées avec Mayotte. Nous avons proposé, après notre rencontre avec Manuel Valls, de former des jeunes Mahorais dans nos centres de formation. Ils pourront œuvrer à cette reconstruction, qui sera longue et difficile."
Une feuille de route autour de VIVRE
Pour structurer son action en 2025, le Medef Réunion s’appuie sur un programme intitulé VIVRE. "Il ne s’agit pas d’un slogan, mais d’une véritable stratégie qui repose sur cinq piliers", explique Didier Fauchard.
Le V met en avant l’importance de la consommation et de la production locale pour renforcer l’autonomie économique du territoire. Le I souligne la nécessité de se projeter à l’international, notamment en structurant une offre sous une bannière unique.
Le V pour vouloir faire avec l’intelligence artificielle, un levier essentiel pour l’innovation et la compétitivité. Sur ce point, Antoine Devasle, président de la commission numérique veut continuer à "appuyer sur l'accélérateur de l'IA."
Le R invite à repenser notre rapport à l’environnement en intégrant les enjeux climatiques et réglementaires. "La démarche environnementale des entreprises est importante aujourd'hui, notamment pour obtenir des financements, mais aussi pour la commande publique. Cette problématique doit être au cœur des entreprises", rappelle Yannick Berezaie, président commission RSE au sein Medef.
Enfin, le E met l’accent sur l’épanouissement en entreprise, avec des actions en faveur de la mixité, du bien-être au travail et du management bienveillant.
Tenir compte des spécificités
Le Medef Réunion veut renforcer son action face aux crises qui touchent les territoires ultramarins. "Nous avons besoin de sécurité. Plusieurs territoires ont subi des violences, que ce soit en Martinique, en Nouvelle-Calédonie ou à Mayotte. Il faut simplifier l’administration. Aujourd’hui, nous sommes ligotés par 400 000 normes en France. Chaque année, on en ajoute encore." Didier Fauchard plaide ainsi pour une décentralisation des décisions et une adaptation des normes aux réalités locales. "On ne peut pas continuer à subir un cadre réglementaire qui ne tient pas compte de nos spécificités."
L’un des points noirs soulevés lors de la conférence concerne la hausse des coûts d’assurance. "C’est un sujet qui explose littéralement. Les assureurs considèrent nos territoires comme des zones à risque extrêmement élevé. Résultat : les résiliations se multiplient et les garanties se réduisent. Nous avons remonté le problème au national."
Autre sujet majeur : le pouvoir d’achat. "Les lois qui sont en train d’être votées sont mortifères pour notre économie. Elles font perdre de l’attractivité à nos territoires. L’instabilité politique et la dette colossale de la France font que les Outre-mer ne sont clairement pas une priorité pour l’État. Nous devons être en capacité de porter notre propre vision du développement."
Concernant les échanges internationaux, Didier Fauchard a souligné l’importance de structurer les efforts des entreprises réunionnaises. "Nous avons testé quelque chose qui fonctionne : travailler sous une bannière unique, La Réunion. Lors du dernier Summit de Madagascar, nous avons été entendus et écoutés." Didier Fauchard est même revenu sur le discours fondateur d'Huguette Bello.
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Il insiste sur la nécessité de disposer d’indicateurs économiques fiables : "Nous militons pour un meilleur accès aux données publiques, notamment les chiffres de la douane et de l’octroi de mer. Il faut aussi des indicateurs locaux de la balance commerciale."
"Il n'est pas possible de se projeter à l'international sans route aérienne, maritime et numérique"
Le Medef Réunion mise sur des relations plus fortes avec l’Union européenne et l’océan Indien. "Nous allons travailler avec nos homologues de la région et développer des conventions de partenariat. Mais pour peser dans ces échanges, il faut pouvoir se déplacer. Aujourd’hui, aller au Rwanda prend 36 heures. Ce n’est pas possible de développer un territoire avec de tels délais. Il n'est pas possible de se projeter à l'international sans route aérienne, maritime et numérique." Il pointe également les difficultés rencontrées par les chefs d’entreprise. "Notre tissu de TPE et PME n’a pas les moyens de se payer des cadres à l’export. Il faut créer un pool de cadres export, mutualisé entre entreprises, pour leur permettre de se projeter à l’international." L’accès aux fonds européens est également un point clé. "Nous devons être en capacité d’accéder directement aux financements, notamment en matière de coopération régionale."
Le Medef s’engage pour le sport et la culture
En 2025, le Medef Réunion veut aussi renforcer son action en faveur du sport et de la culture, deux secteurs souvent sous-estimés dans le monde économique. "Les entreprises doivent aussi être des moteurs du développement sportif et culturel", explique Didier Fauchard.
La commission Sport, créée l’an dernier et pilotée par Alexandre Barencourt, veut structurer un accompagnement sur le long terme des talents réunionnais. "Nous avons mis en place un fonds de dotation doté de 150.000 euros pour accompagner une dizaine de sportifs par an, avec un engagement jusqu’aux prochaines olympiades. Il faut rattraper notre retard sur les Antilles, où ce type de dispositif est en place depuis longtemps."
Optimisme malgré les vents contraires
Côté culture, une nouvelle commission Culture, portée par Tanguy Sévat, voit officiellement le jour après plusieurs mois de réflexion. "Nous devons changer le regard sur le monde de la culture. Un artiste est aussi un entrepreneur", insiste-t-il. Parmi les premières actions, la commission prévoit la mise en place d’un incubateur pour les projets culturels innovants, une série de rencontres avec des experts (droits d’auteur, financement…) et des événements favorisant les échanges entre le monde de l’entreprise et celui de la culture. Enfin, La Réunion accueillera en août prochain la Biennale de la photographie de l’océan Indien, un événement qui rassemblera des artistes régionaux et internationaux dans 15 lieux publics et privés de l’île.
Malgré une conjoncture difficile, Didier Fauchard conclut en affichant une détermination sans faille. "Je suis atteint d’optimisme aigu. Oui, les temps sont durs, féroces même. Mais si nous ne faisons pas ce que nous faisons aujourd’hui, on fait quoi ? On abandonne ? On quitte le terrain ? Ce n’est pas une option."


