Saint-Pierre : neuf jours de liberté, une relation "douce et bienveillante" et un retour direct en cellule

Un Saint-Pierrois a été condamné par le tribunal de Saint-Pierre pour des violences sur sa conjointe. Le quinquagénaire a donc retrouvé sa cellule seulement neuf jours après l'avoir quittée.
Il faut reconnaître à Lionel G. un certain talent pour transformer des affaires sordides en tragi-comédie. Pour son 3ᵉ procès en 15 mois, le 11ᵉ sur son casier judiciaire, le Saint-Pierrois livre un nouveau chapitre qu'il a écrit avec ses deux co-auteurs préférés : l'alcool et la violence. Après avoir agressé un jeune homme sans histoire pour avoir "vu du racisme dans ses yeux" et avoir outragé les forces de l'ordre, le quinquagénaire a cette fois choisi sa conjointe comme victime.
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Une soirée qui vire au cauchemar
Les faits se sont produits dans la nuit du 6 au 7 décembre dernier, soit seulement neuf jours après sa sortie de détention. N'ayant plus d'électricité chez lui, il est parti s'installer chez sa conjointe. Cette dernière souffre d'alcoolisme et a cessé son traitement. Ils partent acheter du rhum en fin d'après-midi, puis le ton monte entre les deux durant la soirée. Ce sont les voisins qui vont appeler la police aux alentours d'une heure du matin.
À l'arrivée des forces de l'ordre, la femme est dans un tel état d'ivresse qu'elle ne peut même pas souffler dans l'éthylotest. Mais surtout, elle présente d'importants hématomes au visage et sur tout le corps. Transportée au CHU, elle se verra prescrire neuf jours d'ITT. De son côté, lui, a été placé en garde à vue avant d'être jugé en comparution immédiate.
Face aux magistrats, Lionel affirme qu'il n'a fait que se défendre puisque sa compagne l'a attaqué avec un hachoir, mais jure qu'il ne l'a pas touchée. "On a une relation douce et bienveillante, basée sur de vrais sentiments. J'essayais de la contenir en étant le plus doux possible. Je ne l'ai pas frappée ni commis de violences. Elle était dans une violence inouïe", affirme-t-il en ajoutant "qu'elle fait souvent des chutes" et qu'elle était tombée dans les escaliers à leur retour du supermarché.
Une défense contestée
Le problème dans sa version, c'est qu'il a filmé deux vidéos où elle lui demandait de partir de chez elle. Des vidéos tournées bien après leur retour du supermarché et bien avant l'arrivée de la police. Et sur ces vidéos, la victime n'a pas encore le visage enflé par les coups. Pourtant, invitée à s'exprimer à la barre, la victime ne veut pas se constituer partie civile et demande même qu'il ne soit pas puni.
"Il se décrit comme doux, comme un agneau. Pourtant, il a un passé judiciaire lourd et il est sorti de détention seulement neuf jours avant. Il se fait passer pour une victime en connaissant les failles de madame", argue la procureure, qui requiert une peine de 18 mois de prison avec maintien en détention.
Dans une plaidoirie incisive, Me Soizic Panefieu estime qu'il ne sert qu'une version avec des éléments à charge contre son client. "Elle ne prend plus son traitement pour l'alcool, ce qui la rend agressive. La preuve, c'est que les voisins l'entendent souvent se disputer depuis quelques mois, alors que monsieur était en détention." Elle demande donc la relaxe sur la base de la légitime défense ou au moins des violences réciproques.
Finalement, les juges vont le condamner à huit mois de prison avec maintien en détention. Les magistrats estiment que "les coups reçus existent, mais les coups donnés existent aussi. La peine tient à votre incapacité à gérer vos émotions. C'est votre pleine et entière responsabilité."


