Saint-Pierre : l'addict aux jeux ouvre et coule un PMU

Émile* a développé une addiction aux jeux après avoir fermé sa société de conseil en immobilier. “ Il a rencontré les mauvaises personnes, des escrocs”, livre, en son absence, son avocat Me Ghislain Chung To Sang.
D'abord en ligne puis aussi au PMU, ses mises deviennent de plus en plus importantes. Émile gagne probablement en confiance et décide de faire de son addiction aux jeux son métier. En 2018, il reprend le point chaud et la licence relative au Paris Mutuel Urbain (PMU). En l'espace d'un an, il dépense en paris plus de 2 millions d'euros, soit en moyenne, entre 2.000 à 3.000 euros par jour. Des sommes qui ont de quoi faire tourner la tête et qui lui ont valu de décrocher la carte noire des grands joueurs de PMU, s'étonne le prétoire.
Des chèques sans provision
Pour financer ces paris astronomiques, Émile avait recours à des prêts, à tout un jeu d'écriture comptable, mais aussi à de la cavalerie bancaire. Le quadragénaire déposait des chèques sans provision d'un de ses comptes à l'autre et retirait très rapidement l'argent avant que les vérifications bancaires n'aient été faites.
Le procédé illégal lui a permis d'engranger à un moment donné plus de 700.000 euros de trésorerie fictive.
Son insolvabilité est découverte en 2021, mais Émile, joueur pathologique, ne parvient pas à s'arrêter. Sa femme est obligée de le placer sous curatelle renforcée. Ses sociétés finissent par être liquidées et Émile est poursuivi pour escroquerie, abus de bien social, et non établissement des rapports annuels.
Son expertise psychologique confirme une altération du discernement au moment des faits et en lien avec son addiction aux jeux.
Pour le conseil du Crédit Agricole, constitué partie civile, le prévenu laisse un découvert de plus de 230.000 euros. Il a fait preuve “d'un minimum de cohérence et d'intelligence”, note Me Marie Loutz qui demande dans l'intérêt de son client le montant du découvert en préjudice matériel et 5.000 euros de préjudice d'image.
Une addiction aux effets dévastateurs
Soulignant la tristesse du dossier, le parquet requiert 24 mois de sursis probatoire, l'obligation de se soigner, 5 ans d'interdiction d'émettre des chèques ou encore 15 ans d'interdiction de gérer. Émile, père de trois enfants, divorcé, au RSA, est désormais sous traitement psychotrope en lien avec une dépression.
"C'est assez ahurissant de voir que l'addiction aux jeux a les mêmes conséquences que l'addiction au stupéfiant, à l'alcool. C'est une vraie maladie”, rappelle Me Ghislain Chung To Sang. “Dans sa descente aux enfers, il va dilapider son patrimoine et tout perdre. Il est aujourd'hui seul et au RSA”.
Le tribunal a suivi les réquisitions. L'altération de son discernement a été reconnue. Émile écope deux ans de sursis probatoire. Le quadragénaire a l’obligation de réparer les dommages, l’interdiction de pendre part aux jeux de hasard, mais aussi l'interdiction de PMU et de Casino. 15 ans d’interdiction de gérer, cinq ans d’inéligibilité, 1.000 euros d’amende et la confiscation des biens immobiliers saisis ont également été prononcés. Enfin, il devra rembourser plus de 230.000 euros de préjudice matériel au Crédit Agricole. L'organisme bancaire a cependant été débouté de sa demande de préjudice d'image.
Les jeux d’argent et de hasard peuvent être dangereux : pertes d’argent, conflits familiaux, addiction… Retrouvez nos conseils sur joueurs-info-service.fr (09 74 75 13 13 – appel non surtaxé)


