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[Le podcast de Pierrot] Michel Barnier à la recherche du plus petit dénominateur commun

Fin du feuilleton. La nouvelle est - enfin - tombée en début d’après-midi : ce sera donc finalement Michel Barnier qui remplacera Gabriel Attal à Matignon. Comment en est-on arrivés là ?
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 5 septembre 2024 à 20H59

 

 

Le mètre-étalon du président de la République était de trouver le mouton à cinq pattes susceptible d’échapper, au moins pour un temps, à une motion de censure.

Bernard Cazeneuve a longtemps tenu la corde, mais le coup de grâce lui a été porté par ses propres amis socialistes lorsque, lors de leur université d’été, Olivier Faure est resté sans réaction et n’a pas cherché à le défendre quand des membres de LFI ont fait huer son nom à la tribune. Et surtout quand le premier secrétaire a affirmé qu’il censurerait tout autre Premier ministre que Lucie Castets.

À partir de ce moment-là, la messe était dite et la piste Bernard Cazeneuve se refermait. Il était devenu évident qu’il tomberait à la première motion de censure, d’autant que dans le même temps une partie des Républicains et surtout le RN faisaient savoir qu’ils la voteraient également.

Le cas de Xavier Bertrand est un peu identique, mais à l’opposé de l’échiquier politique. Ce sont ses propres amis des Républicains qui l’ont laissé tomber, tandis qu’il se heurtait lui aussi à l’opposition forcenée des élus du NFP et à ceux du RN. Marine Le Pen a la rancune tenace et n’a pas souhaité oublier que Xavier Bertrand était son principal opposant dans la région des Hauts-de-France. Exit également donc Xavier Bertrand.

Mais ça ne résolvait pas pour autant la problématique d’Emmanuel Macron. Il lui fallait trouver un candidat qui réussisse à fédérer une grosse partie, voire même la totalité des voix soit du PS soit des Républicains, et qui ne hérisse pas trop le poil de Marine Le Pen, au point qu’elle puisse envisager de s’abstenir au lieu de voter la motion de censure.

Michel Barnier réunit pratiquement toutes ces cases. Il a toujours appartenu aux Républicains et peut compter sur leur soutien, contrairement à Xavier Bertrand qui en était parti en claquant la porte, avant de revenir.

Il n’a pas de contentieux particulier avec le RN, ce qui peut laisser espérer une certaine bienveillance, même si l’annonce de sa nomination a été accueillie assez froidement par les premiers élus à avoir réagi.

Et il est assez consensuel pour espérer obtenir, ce serait la cerise sur le gâteau, le renfort de quelques socialistes qui pourraient venir renforcer cette coalition de gouvernement.

Les ennuis ne font que commencer

Mais les problèmes ne seraient pas pour autant résolus. Se mettre d’accord sur un nom, c’est relativement facile. La preuve ? Même les socialistes, LFI, les Verts et le PCF y sont parvenus au bout de quinze jours. Il sera par contre beaucoup plus difficile de tomber d’accord sur un programme.

Les socialistes qui viendraient soutenir le gouvernement accepteraient-ils de le faire par exemple si ce dernier refusait d’appliquer un SMIC à 1.600€ et de supprimer la loi sur les retraites ?

Et si Michel Barnier faisait un pas en direction des socialistes, ce sont les Républicains et les Macronistes qui risqueraient cette fois de claquer la porte. Car les membres de la Majorité présidentielle n’accepteront jamais de soutenir un gouvernement qui viendrait détricoter ce qu’ils ont eu tant de mal à bâtir.

On l’a compris, les ennuis ne font que commencer pour Michel Barnier qui va devoir trouver le plus petit dénominateur commun entre les programmes de tous ceux qui accepteront de le soutenir.

Un négociateur hors pair

La tache parait insurmontable, mais n’enterrons pas trop vite le Savoyard. Il ne faut pas oublier qu’il est un négociateur hors pair. C’est par exemple lui qui a mené au nom de l’Europe les négociations avec la Grande-Bretagne pour le Brexit. Tout le monde disait que c’était impossible et il y est pourtant parvenu.

À nouveau, il va devoir faire étalage de tous ses talents de négociateur pour réussir à former son gouvernement.

Et c’est une fois qu’il aura réussi que commencera son véritable chemin de croix : d’abord éviter la motion de censure et ensuite affronter ceux que j’appelle "les aboyeurs" de LFI et du RN au sein de l’Assemblée nationale.

J’espère pour lui qu’il a le cœur solide…

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