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[Le podcast de Pierrot] Emmanuel Macron, un pas en avant, deux pas en arrière

C’était le 16 juillet dernier. Voilà donc très exactement 50 jours que Gabriel Attal a remis sa démission au président de la République, lequel l’a acceptée tout en lui demandant de gérer les affaires courantes le temps qu’il lui désigne un successeur. C’était au lendemain d’une élection législative qui, sans être catastrophique pour le clan présidentiel, l’avait quand même vu arriver en 2ème position derrière le Rassemblement national. Et pour complexifier le tout, c’est la coalition regroupant LFI, le PS, les Verts et le PCF regroupés au sein de la coalition baptisée le Nouveau Front Populaire qui occupe le plus grand nombre de sièges à l’Assemblée nationale. Au final, l’Assemblée est partagée en trois blocs plus ou moins égaux, qui refusent de s’entendre, rendant de fait la France ingouvernable.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 4 septembre 2024 à 09H07

 

 

Dès lors, l’objectif du président de la République n’est plus de désigner le meilleur Premier ministre, mais plutôt de chercher le moins mauvais au poste, celui qui rassemblera le moins de votes négatifs sur son nom et qui échappera de fait à une motion de censure.

Au bout de 50 jours, la fumée blanche n’est pas encore apparue au-dessus du toit du palais de l’Élysée. Et ce qui était vérité hier ne l’est plus aujourd’hui.

Rappelez-vous. Il a d’abord fallu une quinzaine de jours aux membres du Nouveau Front Populaire pour se mettre d’accord sur le nom de Lucie Castets, candidate qu’ils entendaient voir nommée immédiatement à Matignon au prétexte, contre toute évidence, qu’ils avaient « gagné les élections ». Il faudra peut-être que quelqu’un leur explique un jour qu’un tiers des voix n’a jamais fait une majorité.

Puis est venu le temps des rumeurs. Tous les jours, les journaux, alimentés en cela par des conseillers de l’Élysée, jetaient en pâture à la population les noms de possibles futurs Premiers ministres.

Depuis une semaine, deux candidats semblaient tenir la corde : Bernard Cazeneuve et Xavier Bertrand.

Le premier présentait un profil intéressant : dernier Premier ministre sous l’ère François Hollande, il offrait des garanties de sérieux et était susceptible d’amener avec lui les voix d’une partie des socialistes. Problème : ses principaux soutiens au PS ne sont pas députés et même en lui apportant les voix des Macronistes et d’une partie de la Droite, il n’avait aucun espoir de réunir sur son nom les 289 voix nécessaires pour obtenir une majorité à l’Assemblée.

L’autre prétendant bénéficiait lui aussi de sérieux atouts. Président unanimement apprécié de la région des Hauts-de-France, il apportait une partie des voix de Droite. Mais comme dans le même temps, il perdait celles du PS, il n’avait aucun espoir lui non plus de pouvoir réunir une majorité en faveur de son gouvernement et des mesures qu’il espérait faire passer.

Avant-hier, tout Paris donnait la nomination de Bernard Cazeneuve comme acquise. L’annonce officielle n’était plus qu’une question d’heure.

Puis, hier matin, à la surprise générale, est apparu un troisième nom, celui de Thierry Beaudet, le président du Conseil économique, social et environnemental. Sûr de sûr, c’était lui qu’Emmanuel Macron s’apprêtait à désigner. Son directeur de cabinet avait même déjà été trouvé, son nom révélé et sa nomination imminente.

Et puis voilà qu’hier soir tard apparaissaient les premières informations selon lesquelles il n’était plus en odeur de sainteté. Selon Politico, les premières réticences sont venues du sein même de l’actuelle majorité présidentielle. Si certes, on le reconnaissait “consensuel”, “pas clivant” et “agréable”, son profil de « technicien inconnu, sans mandat électif et manquant d’expérience politique » risquait par contre de poser problème. “Il va se faire manger par les crocros” de l’Assemblée nationale, entendez par là les « aboyeurs » de LFI et du RN, aurait même déclaré un conseiller de l’Élysée à Playbook, la lettre confidentielle de Politico.

Devant toutes ces réticences, Emmanuel Macron aurait à nouveau fait machine arrière et l’hypothèse de Xavier Bertrand aurait repris force et vigueur. D’autant plus que ce matin, le président de la République a reçu les représentants des élus de Droite de l’Assemblée nationale et du Sénat.

Du coup, nouvel emballement des commentateurs : cette fois, c’est sûr, ça va être Xavier Bertrand.

Mais voilà que l’Élysée faisait savoir que le président allait recevoir à nouveau les représentants d’autres partis politiques. Patatras. L’hypothèse Bernard Cazeneuve reprenait du poil de la bête.

Cette succession de « un pas en avant et deux pas en arrière » pourrait prêter à sourire s’il n’y avait pas urgence, ne serait-ce que pour voter le budget. D’autant que le ministre démissionnaire de l’Économie Bruno Le Maire a fait savoir hier soir dans un article du Monde qu’il allait falloir prévoir une cure d’austérité de 16 milliards d’euros supplémentaires dès cette année, du fait d’un déficit public qui risque d’atteindre 5,6% du PIB, soit bien plus que les 5,1% projetés en janvier.

Il est donc grand temps que le président de la République se décide.

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