Autonomie énergétique de La Réunion : Ce ne sera pas avant 2050

« Nous avons acté notre objectif d'autonomie énergétique à l'horizon 2050. C'est un objectif réaliste », explique le conseiller régional et président d'Energies Réunion, Jean-Pierre Chabriat. Bien que La Réunion ait fait des progrès en matière de consommation d'énergie, elle reste encore trop dépendante des importations. Le bilan 2023 réalisé par Energies Réunion est sans appel : les objectifs fixés par la PPE sont, pour le moment, inatteignables.
Pas atteint en 2030
La Réunion préfère se calquer sur la stratégie nationale qui fixe également à 2050 l'objectif d'autonomie énergétique de la France. « Nous allons bâtir une stratégie énergétique en ce sens. Ce n'est pas un renoncement, mais un principe de réalité. L'autonomie énergétique de l'île ne sera pas atteinte à l'horizon 2030 », poursuit-il.
Pour le moment, les chiffres sont têtus. Si le mix énergétique a franchi un cap en 2023 avec une part de 56,6 % d'énergies renouvelables, atteindre l'autonomie énergétique reste un « défi » de taille, alors que le taux de dépendance aux ressources énergétiques importées grimpe à 88,6 %. Cette tendance s’accentue depuis 2015, notamment en raison de l'importation de nouvelles ressources renouvelables comme le biodiesel et les pellets de bois qui remplacent respectivement le fioul lourd et le charbon dans les centrales EDF et Albioma. Cette dépendance est également accentuée par une chute de 38 % de la production hydraulique en raison de l'endommagement de l'usine de la Rivière de l'Est.
La voiture reste encore un gros problème
Quid des ressources locales ? La biomasse, le soleil, l'eau et le vent ne représentent que 11,4 % des ressources totales utilisées pour la production d'énergie sur le territoire. Bien que la dépendance aux importations d'énergie soit encore trop forte, la production locale devient « moins carbonée », précise Gaëlle Gilboire, responsable de la stratégie territoriale d'Energies Réunion. Sur ce point, elle rejoint les objectifs fixés par la PPE. Résultat, les émissions de CO2 sont en baisse de 13,6 % par rapport à 2022, un bon point. « C'est grâce à la conversion des centrales électriques d'Albioma. Les émissions sont moindres qu'avec le charbon », ajoute-t-elle.
Cependant, cette baisse des émissions de CO2 pourrait être encore plus significative si la réduction de la consommation de carburants fossiles était au rendez-vous, ce qui n'est pas le cas. L'abandon de la voiture individuelle à La Réunion n'est pas pour tout de suite. Le transport routier a augmenté de 0,7 % en 2023, avec des écarts qui se creusent d'année en année par rapport aux objectifs de la PPE. Bien que l'on observe une explosion du parc de véhicules électriques à La Réunion (+52 % par rapport à l'année précédente), la consommation de carburants ne diminue pas. Au contraire. « C'est le point le plus regrettable. Pour être honnête, nous avons du mal à changer nos habitudes en matière de mobilité », précise Jean-Pierre Chabriat.
Reste à savoir si l'augmentation du parc électrique permettra de contrebalancer ces mauvais chiffres. Ce qui est loin d'être sûr. Le marché stagne à La Réunion en 2024, et les constructeurs automobiles commencent à changer de stratégie, préférant l'hybride, qui reste encore dépendant des combustibles fossiles.
100% d'énergies renouvelables dans le mix électrique fin 2024
L'année 2023 est qualifiée de transitoire. Energies Réunion explique que d'ici fin 2024, le ratio entre les importations et la production locale devrait passer à 70/30. Autre point positif : la production électrique à partir d'énergies renouvelables devrait atteindre pratiquement 100 % à la fin de l'année, selon Jean-Pierre Chabriat.
Pour atteindre cette autonomie énergétique en 2050, Energies Réunion a identifié plusieurs filières sur lesquelles elle souhaite travailler : l'éolien offshore, l'hydrogène ou encore la géothermie. Un travail à mener sur les 10 à 15 prochaines années. « Nous devons nous adapter au changement climatique et à l'objectif de réduction des gaz à effet de serre. Il ne faut pas perdre cela de vue et trouver les meilleures solutions », rappelle le président d'Energies Réunion.


