[Le podcast de Pierrot] On est toujours le raciste de quelqu’un

Quel sacré pied de nez fait à l’Histoire ! L’Afrique du Sud, qui a été victime pendant des années de l’apartheid, que tous les anticolonialistes du monde entier ont défendu, épinglée aujourd’hui pour son racisme envers ses « frères » africains.
Je vous explique.
Hier, le comité organisateur du Festival international de Puebla au Mexique, a envoyé un courrier au gouvernement sud-africain l’informant qu’il révoquait l’invitation qu’il lui avait faite de participer en tant qu’invité d’honneur à leur festival.
La raison ? Le déferlement de racisme dont a été victime une candidate à l’élection du Miss Afrique du Sud quand les médias ont révélé que son père était Nigérian et sa mère une Mozambicaine ayant utilisé frauduleusement l’identité d’une Sud-Africaine pour pouvoir rester dans le pays.
Les organisateurs mexicains reprochent aux responsables sud-africains « les événements inquiétants en Afrique du Sud, où les lois d'apartheid de l'État, associées au silence troublant de nombreux acteurs de la sphère culturelle, ont permis un climat de justice populaire. Cela a conduit à la mise en cause violente » de la candidate, « de sa famille, et de membres de communautés immigrées en Afrique du Sud, sapant ainsi les principes mêmes de justice, d'égalité et de dignité humaine que la littérature cherche à défendre ».
La honte pour un pays donneur de leçons en termes de lutte contre le colonialisme. C’est connu, les racistes et le colonialisme, c’est toujours chez les autres.
Après la fin de l'apartheid en 1994, l'Afrique du Sud est devenue une destination attractive pour les migrants africains en raison de ses perspectives économiques relativement meilleures. Cependant, l'héritage de la ségrégation raciale, combiné à un taux de chômage élevé, à la pauvreté d’une bonne partie de la population, aux inégalités et à la criminalité, a contribué à la montée de la xénophobie.
Et il était plus facile pour les dirigeants de pointer du doigt la responsabilité des immigrés africains, originaires pour beaucoup du Zimbabwe, du Congo, du Mozambique ou du Nigeria que de reconnaitre leur échec dans le domaine économique, dû pour beaucoup à leur incompétence et à un degré de corruption incroyable.
Juste un exemple. L'Afrique du Sud fait face à une crise persistante en matière de distribution d'électricité, causant des coupures fréquentes appelées "load shedding" (délestage). Les Sud-Africains se sont habitués à des délestages qui provoquent des coupures d'électricité planifiées qui affectent les résidents et les entreprises. En 2022 par exemple, le pays a enregistré un record de plus de 200 jours de délestage, perturbant la vie quotidienne et l'économie. En janvier 2023, certaines régions ont subi jusqu'à 12 heures de coupure d'électricité par jour, impactant sévèrement les activités commerciales, les écoles mais aussi les hôpitaux.
Eskom, la compagnie nationale d’électricité, a été au cœur de plusieurs scandales de corruption, notamment pendant l'ère du président Jacob Zuma, ce qui a nui à la capacité de l'entreprise à gérer efficacement ses ressources et à entretenir ses infrastructures.
Conséquence collatérale : 80% des centrales électriques d’Afrique du Sud fonctionnent au charbon, qui est source d’une pollution très importante et qui nuit à l’empreinte carbone de l’ensemble de la planète en participant fortement au réchauffement climatique. Mais impossible de remettre en cause cette politique : tous les ministres qui ont été en charge du dossier, et tous les cadres d’Eskom prélevaient des pots-de-vin à tous les niveaux et s’opposaient à tout changement qui serait pourtant allé dans le sens d’une amélioration de la situation de leurs concitoyens. Espérons qu’après la défaite de l’ANC aux dernières élections et l’arrivée d’un gouvernement d’union nationale, les choses vont changer.
On comprend dans ces conditions que tout le monde ait intérêt à pointer du doigt la responsabilité des immigrants.
Mais cette politique a aussi des conséquences dramatiques, qui vont bien plus loin qu’une simple mise en cause de la participation d’une candidate nigéro-mozambicaine à un concours de Miss.
Régulièrement, des vagues de violences xénophobes submergent le pays. En 2008, elles ont causé la mort de plus de 60 personnes, en majorité des ressortissants étrangers, et en a déplacé des milliers d'autres. Ces attaques visaient principalement des migrants africains accusés de "voler les emplois" des Sud-Africains et d'être responsables de la criminalité. Ça ne vous rappelle rien ?
En 2015, une nouvelle série d'attaques xénophobes frappe notamment Durban et Johannesburg. Ces violences entraînent la mort de plusieurs personnes et la destruction de biens appartenant à des migrants africains.
En 2019, une autre série d'émeutes éclate, avec des magasins appartenant à des étrangers pillés et des violences visant les migrants africains. Ces événements entraînent des tensions diplomatiques entre l'Afrique du Sud et plusieurs autres pays africains.
Et je ne vous parle pas des violences et injures quotidiennes, ainsi que les bâtons mis dans les roues pour l’obtention d’en emploi.
Et ce sont les mêmes qui viennent ensuite donner des leçons à la France sur sa politique à Mayotte !


