[Pierrot Dupuy] Quel lien entre l'abbé Pierre et Mahé de Labourdonnais ?

La nouvelle a fait l’effet d’un coup de tonnerre hier. Que dis-je ? D’un séisme de magnitude 7 ! Selon un rapport rendu public par Emmaüs et la Fondation Abbé Pierre, celui qui était il y a encore peu la personnalité préférée des Français est accusé d’avoir eu des comportements, dont certains peuvent être qualifiés d'agressions sexuelles, de propos sexistes ou encore de sollicitations envers au moins sept femmes, dont une qui était mineure au moment des faits. Et les responsables de la fondation qui porte son nom et d’Emmaüs avouent s’attendre à d’autres révélations, tant la durée sur laquelle les faits se sont déroulés, de 1970 à 2005, est longue.
L'abbé Pierre, de son vivant, a évoqué à plusieurs reprises sa sexualité et le vœu de chasteté qu’il avait prononcé. Quelques années avant sa mort, il avait même confié dans deux entretiens avoir eu des relations "passagères" et "insatisfaisantes" avec des femmes et avoir connu "un état amoureux" quoique platonique avec un garçon à l'adolescence.
Loin de moi l’idée de condamner l’abbé Pierre, ou quelque prêtre que ce soit, pour des relations consenties avec des personnes majeures. Imposer le célibat à des prêtres comme le fait l’église catholique est le plus sûr moyen d’exacerber chez eux la tentation et les inciter à des pratiques déviantes avec des mineurs.
Mais quel rapport avec Mahé de Labourdonnais, me direz-vous ? Le gouverneur Mahé de Labourdonnais est quelqu’un de remarquable qui a accompli de grandes choses pour la France dans les Mascareignes et en Inde.
Selon le site "Les secrets de Saint-Malo", c’est lui qui a généralisé à Maurice, alors dénommé Isle de France, la culture de la canne à sucre. « Il établit des raffineries, mais aussi des fabriques de coton et d’indigo permettant de rapporter de l’argent. On y cultive le riz, le manioc et le blé pour la nourriture des Européens. Léon Guérin, dans son histoire maritime de France écrit "des maisons, des hôpitaux, des magasins, des arsenaux même, s’élevèrent à la place des cabanes, avec de bonnes fortifications pour protéger le tout ; des communications furent ouvertes, des canaux creusés, des ponts, des aqueducs, un port et des quais construits comme par enchantement". Il dote également Port-Louis d’infrastructures capables d’accueillir, de réparer et de construire des navires faisant la liaison entre la métropole et les Indes.
Sur l’ile Bourbon, aujourd’hui La Réunion, il fait aménager le port de Saint-Denis et fonde la ville de Saint-Louis. Henri de Chazal de la Compagnie La Bourdonnais conclut : "C’est ainsi que l’Isle-de-France et celle de Bourbon, hier encore presque dédaignées comme d’inutiles rochers, devinrent en quelques jours l’orgueil de la mer des Indes, l’objet de la jalousie et de l’ambition des Anglais et des Hollandais".
Quelqu’un dont il y a tout lieu d’être fier, donc.
Pourtant, des associations, dont l’action a été reprise par Ericka Bareigts, la maire de Saint-Denis, a souhaité -et obtenu- le déboulonnage de sa statue qui trônait dans un square à proximité de la préfecture. Son crime ? Avoir vécu à l’époque de l’esclavage et avoir eu des esclaves.
C’est oublier qu’il eut une relation par la suite avec une esclave affranchie, dont il eut une fille qu’il reconnut, qu’il envoya en France auprès de ses parents pour assurer son avenir.
De tout cela, ses opposants n’ont eu cure et ont donc obtenu que sa statue soit déboulonnée et son nom sali.
Les mêmes associations vont-elles demander à ce qu’on débaptise toutes les structures créées par l’abbé Pierre, qu’on efface son œuvre ?


