Le 10 mai, la France commémore l’abolition de l’esclavage, mais pas celle du travail forcé

« Oté Sarda toué la roul anou / Ton zoli kozman trènn anou dan la bou », osait le groupe Ziskakan dans les années 1980. Si la date du 20 décembre 1848, jour de l'officialisation de l'abolition de l'esclavage à La Réunion par Sarda Garriga, reste ancrée dans la mémoire collective, notamment depuis qu'elle a été instituée journée fériée et chômée par la loi du 30 juin 1983, la date du 10 mai, elle, ne semble pas encore avoir marqué les esprits.
Les manifestations populaires qui y sont associées demeurent ainsi peu nombreuses. A ce titre il faut relever que ce week-end au Bocage, à Sainte-Suzanne, l'agence Komkifo organise le Jardin du 10 mai, une commémoration placée sous le signe de la littérature, de la musique et de l'artisanat. L'occasion aussi d'un hommage au militant culturel et ancien président du temple de la Marine (Saint-Benoît) Paul Canaguy, décédé en début d'année et connu notamment pour son engagement dans l'association Sauvegarde de la mémoire réunionnaise.
Pratique systémique de l'esclavage
Instituée en 2006 par le président de la République Jacques Chirac, la Journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition du 10 mai commémore la fin de l'esclavage dans l'ensemble des départements d'Outre-mer. La date choisie fait référence au 10 mai 2001, le jour de l'adoption définitive par les députés français de la proposition de loi de Christiane Taubira tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crimes contre l'humanité.
Dans les faits, la France a poursuivi sa pratique systémique de l'esclavage jusqu'au XXè siècle, comme en témoigne le remarquable documentaire de Catherine Bernstein « Congo-Océan, un chemin de fer et de sang » diffusé cette semaine sur France 5. Renommé « travail forcé », le recours à l'esclavage entre 1921 et 1934 pour réaliser coûte que coûte une ligne de chemin de fer entre Brazzaville et Pointe-Noire, aura occasionné plusieurs dizaines de milliers de morts africains.
Le travail forcé a été aboli par la France en 1946, soit près d'un siècle après la venue du messager Joseph Napoléon Sébastien Sarda Garriga dans notre île.


