Chronique judiciaire : L'amoureux transi victime d'une "erreur judiciaire"

Le 11 février 2023, Géraldine* était retrouvée dans le hall de son immeuble de Sainte-Marie par les gendarmes. Au fil de ses propos décousus, elle indiquait qu’elle voulait "se suicider" et "tuer son très jeune fils". Elle évoquait également des coups et un viol commis à son encontre dans la nuit, les faits ayant été filmés. À l’issue de l’enquête, Benjamin M. avait été jugé par le tribunal de Saint-Pierre en son absence. Étant donné les circonstances et les éléments à charge, l’individu de 28 ans qui n'avait pas pu se défendre avait écopé de cinq ans de prison ferme pour agression sexuelle. Un mandat d’arrêt avait été décerné et, un mois plus tard, l’intéressé avait été interpellé et écroué.
Cependant, s’estimant victime "d’une erreur judiciaire", le détenu a fait appel. Ce jeudi 22 février, Benjamin M. se trouvait à la barre du prétoire de la rue Juliette Dodu afin de plaider sa cause en compagnie de son avocate. Plus étonnant, la présence de la victime. À l’énoncé des faits, celle-ci n’a pas semblé émue. Mais au moment des réquisitions du parquet général proposant à la cour de prononcer la peine de trois ans d’emprisonnement, dont un avec sursis probatoire assorti d'un mandat de dépôt, la jeune femme, au bord des larmes, a commencé à s’agiter.
"Quand elle a bu, on peut tout lui faire"
Les faits remontent au 11 février 2023. Benjamin M. s'était introduit au domicile de celle qui venait de redevenir sa compagne depuis la veille. À 6h du matin, et alors qu'elle dormait, il s'était glissé à ses côtés et lui avait infligé plusieurs pénétrations digitales tout en filmant l'agression. Les vidéos avaient, selon lui, pour seul but de lui prouver que lorsqu'elle était alcoolisée, on pouvait "tout lui faire". Abondant dans le sens de son client, Me Françoise Rogues a expliqué aux magistrats qu'il s'agissait "d'une histoire d’amour".
Ce soir-là, Géraldine avait reçu des voisins à son domicile. Elle comptait également sur la présence de Benjamin qui n'avait répondu ni à ses appels, ni à ses messages. Déçue, elle avait eu une relation sexuelle avec un des invités pendant que son très jeune fils dormait dans la pièce d'à côté. Au petit jour, Benjamin s'était décidé à venir. Il avait croisé un homme dans la cage d'escalier et avait compris ce qui venait de se passer. Ce qu'il avait d'abord décrit comme une agression alimentée par sa jalousie s'est soudain transformé en déclaration d'amour à quelques jours de la Saint-Valentin.
"C’est cru, c’est brutal"
"J’ai vu les images de cette vidéo. C’est cru (...), c’est brutal (...). On voit qu’elle est complètement inconsciente", rappelle la représentante de la société qui a du mal à croire que le couple venait de se reformer la veille des faits. "Elle lui appartient et il fait ce qu’il veut d’elle", fustige le ministère public.
Mais pour la défense, la justice n’a pas à s’immiscer "dans cette histoire de couple". Interrogé par ses juges, Benjamin M. a préparé plusieurs pages de justification qu’il compte bien lire. Mais au bout de quelques phrases d'un scénario bien ficelé, le président le recadre et lui demande de s'en tenir aux questions qui lui sont posées. Benjamin M. explique alors que Géraldine a fait semblant de dormir, "un jeu sexuel entre eux". Pas de violation de domicile donc, mais une porte ouverte dans le cadre du jeu érotique. La compagne, dont il déplore les addictions et les mauvaises fréquentations, avait besoin de réaliser grâce aux images qu'il lui a partagées via Snapchat à quel point elle était saoule. Des éléments en contradiction avec les commentaires de l'intéressé sur les fameuses vidéos. "T'as pas honte, ma vu le boug sortir de ta kaz", et autres petites phrases que l'avocate générale n'a pas manqué de mentionner.
La cour a été bien moins sévère que les premiers juges. Benjamin M. écope de 3 ans de prison avec sursis. Il a retrouvé la liberté le soir même et, sans nul doute, sa compagne qui a quitté la salle d'audience sans cacher sa joie.
*Prénom d'emprunt


