St-Pierre : Il ne savait pas qu'il pouvait vendre des masques chirurgicaux... pendant le confinement

C'est menottes aux poignets que Laurent D. est arrivé au tribunal ce mardi. Et pour cause, il a été condamné il y a deux semaines pour harcèlement sexuel sur une jeune femme qui était en stage dans son entreprise. Mais si cette première impression peut vous dissuader de travailler pour lui, attendez la suite.
Alors que le confinement s'abat sur La Réunion, Laurent D. a de quoi se frotter les mains avec son entreprise de vente de matériel médical basée à Saint-Pierre. Pourtant, il va déclarer une cessation d'activité en raison de la situation sanitaire et fait des demandes de chômage partiel à l'État pour ses employés.
Dès la période de confinement terminée, il va renvoyer tous ses employés pour faute grave, à l'exception d'un seul qu'il va rapatrier dans la nouvelle entreprise qu'il vient d'ouvrir et qui vend... du matériel médical. Licenciés, certains employés vont découvrir qu'ils n'ont jamais été déclarés en allant demander leur droit au chômage.
Si la partie prud'homale a déjà été jugée, ils étaient nombreux à être venus témoigner au procès en correctionnel de Laurent et exiger réparation pour le préjudice moral. Voyant que le tribunal n'avait pas la décision des prud'hommes, le prévenu a tenté de faire croire qu'il avait eu gain de cause devant ses anciens employés.
Victime de ses employés qui ont travaillé dans son dos
Malheureusement pour lui, Me Anne-Sophie Malaboeuf va retrouver la décision des prud'hommes concernant son client qui notifie qu'aucun motif légitime ne motivait le licenciement. Et pour cause, l'employé avait simplement refusé de conduire le véhicule de l'entreprise qui n'était pas assuré. De plus, il fait partie de ceux qui n'ont jamais été déclarés.
Lorsque le procureur rappelle qu'une déclaration préalable à l'embauche prenait 30 secondes à faire, le prévenu va oser lancer "qu'il faut les avoir ces 30 secondes". Un manque de temps malencontreux pour déclarer ses employés qui lui a tout de même permis d'économiser 28.394 euros aux frais de l'URSSAF. Mais les excuses aberrantes sont loin d'être terminées.
S'il a fermé son entreprise de vente de matériel médical pendant le confinement, c'est parce qu'il ne savait pas qu'il pouvait ouvrir à ce moment-là. Si les employés ont continué à travailler durant le confinement, c'est parce qu'ils ont travaillé dans son dos. Si l'une d'elles n'est pas déclarée, c'est parce qu'il ne l'a jamais embauchée, mais elle est venue travailler d'elle-même. Les fiches de paie non fournies, c'est évidemment à cause du cabinet comptable qui n'est pas compétent. Mais comme Laurent est vraiment malchanceux, le nouvel expert-comptable de sa nouvelle entreprise est également incompétent, tout comme les comptables de ses quatre autres entreprises.
"C'est un chef d'entreprise négligent, défaillant. Il n'avait pas le temps pour remplir les documents pour les employés, mais il en avait pour les demandes de subvention. Il voulait juste se faire de l'argent", tance le procureur qui requiert une peine de 10 mois de prison avec sursis, 3.000 euros d'amende et l'interdiction de gérer une entreprise pendant 5 ans.
Le tribunal va suivre les réquisitions en ajoutant 1.000 euros de dédommagements pour le préjudice moral de quatre parties civiles.


