Les enjeux de l'intervention sociale à la Réunion
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Contribution d’un travailleur social de ex l’ARAST à une réflexion sur l’intervention sociale à domicile à la Réunion
Depuis fin 2009, avec la liquidation judiciaire de l’ARAST, le Conseil général de la Réunion a semble-t-il résolu à sa manière le problème du déficit de la structure sociale qui avait repris dans les conditions que l’on sait les activités de l’ex saint jean de dieu/ARFUTS. L’histoire retiendra aussi que ce sont des,élus socialistes, communistes qui auront été entre autres les fossoyeurs de l’ARAST. Ce faisant c’est aussi le sort de l’intervention sociale à domicile qui fût scellée définitivement. S’il est vrai que celui-ci présentait un déficit chronique, et qu’il fallait rationnaliser la gestion et stopper l’hémorragie, rien ne justifiait que l’on n’ait pu autant sacrifié les usagers du travail social, (les personnes âgées, les familles en difficulté, les jeunes en mal de repère, les centaines de milliers de érémistes entre autres, qui fréquentaient les ateliers d’activités qualifiées occupationnelles alors que c’était là des espaces de création de lien social, de re-médiation sociale…
Les déboires des ex salariés ont fait oublier totalement leurs missions car, Leur combat a été orienté essentiellement vers leurs indemnités. La confiscation de la parole par les syndicats ,L’instrumentalisation du mouvement sous-tendue par les velléités politiques de certains leaders, et La posture des représentants du personnel n’étant pas eux même des travailleurs sociaux ont contribué a complètement faussé le discours . Ce qui a eu pour effet d’ occulter les enjeux de l’intervention sociale à la réunion , le devenir des usagers et faire que la lutte des ex salariés de l’ARAST s’apparente essentiellement à une revendication d’ordre financier .
Pour pouvoir mesurer le poids des conséquences à venir, il n’est pas inutile d’effectuer une petite historique et d’avoir une lecture de ce qu’a été l’intervention sociale à domicile à la Réunion et dans quel cadre législatif, elle s’est organisée.
De l’éducation populaire à l’intervention sociale
En 1963 l’ARFUTS (l’association réunionnaise pour la formation et l’utilisation des travailleuses familiales) est créée. Leurs missions étaient de mener un travail d’éducation populaire, d’accompagnement social, de prévention auprès des familles . C’est à cette époque que les activités telles que la couture était dispensée dans des centres ARFUTS à des mères de familles pour qu’elles puissent dans un souci d’économie pourvoir aux besoins des nouveaux nés , confectionner des vêtements , des rideaux sans trop rogner sur souvent les maigres budgets familiaux . C’est aussi à cette époque que les usagers ont appris l’art de fabriquer du yaourt à moindre coût, ou encore à intégrer les règles d’une alimentation équilibrée et qui a fait que le lait en poudre distribué dans les dispensaires n’a plus servi à nourrir les cochons. Sous la tutelle administrative de la DASS puis du conseil général, les missions des travailleuses familiales de l’ARFUTS relevaient en grande partie de l’accompagnement à domicile des familles dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance. D’ailleurs le duo assistant social et travailleuse familiale était incontournable .Pour rappel, c’est à partir de 1960 que les effets de la départementalisation se sont fait sentir, il fallait rattraper les écarts entre la métropole et la Réunion d’un point de vue sanitaire et social .
L’intervention de l’ex ARFUTS, qui a débuté dans les années 1960, par l’accompagnement des familles, prendra un tournant avec les actions d’insertion en direction des érémistes en 1990. Si celles-ci ne menaient pas forcement à l’insertion professionnelle , les centaines de centres ARFUTS travaillaient à la valorisation et l’utilité sociale des bénéficiaires du RMI .la création du lien social , La lutte contre l’illettrisme , les actions en faveur de la parentalité , ont fait de ces centres des espaces d’échanges , de mutualisation des expériences en matière d’éducation , de citoyenneté .
L’intervention sociale a d’abord consisté à dispenser aux familles, aux bénéficiaires du RMI les fondamentaux pour une citoyenneté active.
Leur Cadre d’intervention
L’aide sociale à l’enfance : La loi n° 2202-2 du 02 janvier 2002 le rappelait à nouveau, les missions inscrites du service d’Aide Sociale à l’Enfance c’est :
- Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique aux mineurs, à leur famille, aux mineurs émancipés et aux majeurs âgés de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés sociales susceptibles de compromettre gravement leur équilibre ;
- Organiser, dans des lieux où se manifestent les risques d’inadaptation sociale des actions collectives visant à prévenir la marginalisation et à faciliter l’insertion ou la promotion sociale des jeunes et des familles
Mener en urgence des actions de protection en faveur des mineurs
- Pourvoir à l’ensemble des besoins des mineurs confiés au service et veiller à leur orientation, en collaboration avec leur famille ou leur représentant légal ;
- Mener, notamment à l’occasion de l’ensemble de ces interventions, des actions de prévention des mauvais traitements, à l’égard des mineurs et, sans préjudice des compétences de l’autorité judiciaire, organiser le recueil des informations relatives aux mineurs maltraités et participer à la protection de ceux-ci.
C’est dans ce cadre juridique qu’étaient déclinées les missions des travailleuses familiales, Celles-ci depuis le décret N° 74-116 du 15 février 1974 sont considérées comme travailleurs sociaux à part entière. Le décret réformé en septembre 1999 changera l’appellation de travailleuse familiale, en Technicien d’Intervention Sociale et Familiale. Ils ont une mission de prévention, d’éducation, d’aide à la gestion, à l’autonomie des familles. Cette prestation est financée par le Conseil Général dans le cadre de l’Aide Sociale à l’Enfance (A.S.E)L’article L 222-2 de la loi rénovation sociale, relative au code de l’action sociale et des familles (C.A.S.F) et indique que l’aide à domicile est attribuée sur décision du Conseil Général ou avec son accord, à la mère, au père ou, à défaut, à la personne qui assume la charge effective de l’enfant, lorsque la santé de celui-ci, sa sécurité, son entretien ou son éducation l’exigent.
L’article L222- 3 précise que l’aide à domicile comporte ensemble ou séparément :
L’action d’un technicien ou d’une technicienne de l’intervention sociale et familiale ou d’une aide ménagère.
Loin d’atténuer le poids l’intervention sociale à domicile, l’arsenal législatif en direction des familles s’est enrichi d’une nouvelle loi il y a trois ans.
La loi N° 2007-293 du 5 mars 2007, relative à la réforme de la protection de l’enfance, introduit deux nouvelles prestations à domicile. Ces dispositions ont pour but d’aider les parents confrontés à des difficultés de gestion du budget familial ayant des conséquences sur les conditions de vie de l’enfant.
L’accompagnement en économie sociale et familiale :
Il s’inscrit comme une nouvelle prestation d’aide sociale à l’enfance et figure dans le (C.A.S.F) code de l’action sociale et des familles au titre de l’aide à domicile. Elle peut être mise en place à la demande des parents. Elle ne peut être également proposée par le service social quand la situation de l’enfant le justifie. Elle est mise en œuvre dans le cadre d’une protection administrative de l’enfant.
La mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial :
C’est une mesure d’assistance éducative. Elle est prononcée par le juge des enfants dans le cadre d’une protection judiciaire de l’enfant. Elle se substitue à la tutelle aux prestations familiales enfants (T.P.S.E.) Elle ne peut être décidée que par le juge des enfants lorsque l’accompagnement en économie sociale et familiale dans le cadre de la protection administrative apparaît insuffisant.
Alors que l’on assiste à un renforcement des mesures de la protection de l’enfance en métropole, paradoxalement à la Réunion c’est toute la politique de prévention menée jusqu’ici par les TISF qui a été stoppée .On peut légitimement s’interroger sur les prises en charge actuelles des familles qui étaient jusqu’ici accompagnées par les TISF, voire les conseillers en économie sociale.
La reprise des activités de l’ARFUTS par l’ARAST en 2004, a été nourri par une grande ambition, voire une innovation en matière d’intervention sociale, à l’échelle de la Réunion la généralisation d’une approche globale de développement n’a pas été malheureusement suivie d’une pédagogie adaptée ce qui aurait pu changer le cours de choses.
Le développement social local concept qui est mis en œuvre de plus en plus par les conseils généraux de France et dans les centres sociaux s’appuie pourtant sur un constat simple il s’agit de :
-Favoriser une citoyenneté active par laquelle les individus deviennent acteurs et auteurs dans le développement de la cité
-Créer les conditions d’une véritable expression des habitants
-Contribuer à la lutte contre toute forme d’exclusion
Le développement social local, est une approche communautaire en matière d'intervention ,il s’agit c'est-à-dire appréhender le public dans son environnement social, économique, culturel … . Passer de l'action sociale ( assistancielle ),au développement social ( responsabilisant )en amenant l'usager a être acteur de son devenir.
La création d’une dynamique collective conduit des groupes sociaux à se prendre en charge. si l’environnement est structurant, les éléments qui évoluent y trouveront un cadre favorable à leur épanouissement physique et intellectuel .c’est le principe même du lieu de vie, comme espace d’intervention sociale.
La philosophie d’intervention, la pluridisciplinarité, la complémentarité des travailleurs sociaux de l’ARAST étaient bien de passer progressivement de l’intervention sociale au développement social local. l’hétérogénéité des niveaux de formation des intervenants , la méfiance manifestée par le conseil général , la frilosité de certaines communes ,l’absence de communication, de pédagogie par la direction de l’ARAST ont contribué à brouiller la lisibilité du concept. Cela a freiné ainsi l’alchimie qui aurait pu déboucher sur la construction d’une nouvelle identité professionnelle, plus efficace, plus adaptée aux problématiques locales.
Jamais les média n’auront autant parlé de l’ARAST pendant les mois d’occupation des locaux du conseil général, pourtant les mêmes se sont peu intéressés , à l’univers des travailleurs sociaux .,De leurs missions, de la manière dont leur ’intervention se déroule sur le terrain. Pourtant au regard des enjeux que cela recouvre, l’action des travailleurs sociaux aurait mérité un autre éclairage .Mais c’est vrai que c’est beaucoup plus facile de s’attarder sur la hausse de la délinquance, sur les drames familiaux, sur les faits divers qui mettent en cause les parents, les enfants que sur les causes profondes qui induisent ces passages à l’acte.
Aujourd’hui après 46 ans de présence, d’intervention sociale de proximité (ARFUTS, St jean de dieu, ARAST, aucune association n’a pris le relai pour intervenir en matière d’éducation, de prévention. certes cela fait des économies pour le conseil général mais à terme la facture risque d’être plus salée . Au regard des problèmes sociaux constatés ces dernières années, il est fort à parier que le démantèlement de l’ARFUTS, de l’ARAST a et aura de graves conséquences sur la cohésion sociale. Car La problématique de l’évaluation du travail social n’est pas tant les résultats produits immédiatement et quantifiables, que l’ensemble de passages à l’acte, qui sont évités et qui échappent souvent à la comptabilisation.
Il serait illusoire de penser qu’il pourrait avoir un projet de développement économique à la Réunion si tant est qu’il en ait une , sans projet social. Ceux ou celles qui inlassablement sont intervenus dans les familles réunionnaises savent (beaucoup plus que les élus) à quel point en dépit des apparences, il existe une fragilisation de société réunionnaise , une difficulté croissante en matière d’éducation et plus que jamais les familles ont besoin d’être épaulé. Pour avoir une idée , il n’est pas nécessaire de passer par un cabinet d’étude , les constats relevés dans écoles, dans les prétoires , les faits divers sont d’excellents indicateurs ( l’échec scolaire , les incivilités , la contestation grandissante de l’autorité des professeurs , la violence gratuite …) sont autant d’indices alarmants ,révélateurs de problèmes d’éducation , de socialisation ,de dysfonctionnement parental qui devraient nourrir la connaissance des décideurs ) .Malheureusement le conseil général de la Réunion en a décidé autrement . C’est un choix politique dont faut prendre acte , il appartiendra à chaque citoyen , à chaque élu , à chaque décideur d’en mesurer les conséquences dans les mois , les années à venir .Car l’intervention sociale conditionne et structure la société de demain ,Le travail social permet aux usagers d’acquérir les outils de la citoyenneté et d’en faire usage . C’est la question du vivre ensemble à la Réunion, qui est posée aujourd’hui et qui le sera encore plus demain.
Certain domaine d’intervention sociale ne relève pas forcément des missions dites obligatoires du département, dit-on au palais de la source. Mais c’est au regard des enjeux, des défis à relever que par le passé des responsables politiques ont choisi d’en faire une option prioritaire depuis les années 60. L’inévitable montée en charge des problèmes sociaux ne tarderont pas à produire ses effets ,A ce moment là Il ne faudra pas toujours chercher les causes de la violence , de la délinquance dans l’histoire de la Réunion , mais bien dans l’absence d’anticipation , de prise de décision politique .
Quant à La municipalisation de l’action sociale, qui se profile à l’horizon, celle-ci prônée par le futur GIP, et portée par des associations instrumentalisées, elle va s’apparenter beaucoup plus à une balkanisation du travail social à la réunion.
Un travailleur social de l’ex l’ARAST


