Hommage à Paul Salez

Paul Salez avait toujours le sourire aux lèvres et il ne manquait jamais de venir échanger quelques mots avec ses confrères ou avec les journalistes présents. Il avait en outre le chic d'agrémenter ses interventions d'une multitude d'expressions créoles, prenant la peine de les traduire pour les magistrats de l'Hexagone qui ne pouvaient malheureusement pas apprécier tout le sel de notre langue.
C'est dire si j'ai été particulièrement touché en apprenant son décès dimanche, quelques jours après son 90e anniversaire.
Paul est né le le 30 juillet 1933. Il était le fils de Léonce Salez, qui avait entre autres fondé le journal La Démocratie qui longtemps occupa une place particulière dans la presse réunionnaise.
Contrairement à ses deux aînés Marc et Jean, Paul n’ira pas faire ses études supérieures en France.
Et si ses deux frères firent toutes leurs carrières brillantes à Paris, Marc en chirurgie et Jean comme rédacteur en chef de Paris Match, c’est à La Réunion que Paul fit la sienne. Seul point commun avec eux, elle fut tout aussi brillante.
Après son baccalauréat au lycée Leconte de Lisle où il fut condisciple notamment de Boris Gamaleya et de sa future épouse Clélie, Paul entama des études de Droit où ses professeurs étaient des magistrats et des avocats.
C'est en écoutant leurs cours et leurs plaidoiries que l’ambition professionnelle de Paul Salez s’est forgée. Comme eux, il voulait être avocat et se faire un nom dans le monde du droit à La Réunion.
Mais pour cela, à l'époque, il fallait "sauter la mer" pour aller poursuivre à Paris les études de droit entamées à Saint-Denis. C’était compter sans l’ingéniosité du jeune étudiant. Déjà déterminé et brillant, Paul Salez fit, dans ce qui sera son premier dossier, la démonstration que rien dans les textes ne s’opposait à ce que l’on prépare son accès au barreau à La Réunion. Et il obtint gain de cause. Le voici donc avocat, tout auréolé de ce succès qui ouvrit la voie à des générations d’étudiants qui voulaient embrasser cette profession.
Pénaliste hors pair doté d’un grand talent oratoire, bourreau de travail, Paul Salez va se retrouver associé aux plus grandes affaires criminelles qui vont défrayer la chronique judiciaire dans le jeune département de La Réunion. Ses plaidoiries qui étaient des joyaux d’éloquence et de droit vont sauver la tête, au sens propre, de plusieurs de ses clients
Une activité qui ne l’empêcha pas de continuer à défendre et à soutenir le développement de l’Ecole de droit en présidant pendant des années l’association des étudiants de Droit.
Et c’est tout naturellement que ses confrères vont l’élire bâtonnier du barreau de Saint-Denis à deux reprises.
Paul Salez laissera un souvenir indélébile dans le monde des avocats réunionnais.


