Hommage à Marc Gérard : Un grand Monsieur et un grand sportif qui s’en va

Marc fut, des décennies durant, le patron des Gaullistes pays. Paradoxalement, nous n’étions d’accord sur à peu près rien alors que je me revendique Gaulliste depuis toujours.
Pourquoi ? Parce qu’après le départ du Vieux, sa pensée sociale et politique a été totalement dévoyée. Nous en discutions passionnément, Marc et moi, et avions parfois envie de nous balancer des encriers au visage mais l’amitié prenait toujours le pas et ça finissait autour d’une citronnade.
J’essayais de placer deux mots pour dire que De Gaulle n’était pas un homme de droite, ce qui le faisait bien rigoler. Que De Gaulle se soit servi de la droite, c’est incontestable ; il s’est servi de tous ! Argument imparable : "C’est moi ou les cocos !" La droite suivait la queue basse.
Toutes les réformes du Vieux, il les a imposées contre droite et gauche réunies : le droit de vote aux femmes en 44, la droite et la gauche étaient farouchement contre ; la sécurité sociale pour tous, la droite enrageait ; les nationalisations, tout le monde était contre ; mais il a imposé ces évidences sociales grâce auxquelles les Français ont enfin pu accéder aux biens de consommation. A cette époque, moins de 10% de notre population avait un frigo !
En fin de compte, le Vieux était plus socialiste que toute la gauche réunie.
Marc rigolait… jaune parfois.
Lorsque nous sûmes qu’il avait monté une école de judo, à l’étage de la caserne des pompiers, rue Maréchal-Leclerc, Max Nativel et moi fûment les premiers à courir nous y inscrire : ce sport nous attirait comme le sirop les mouches. Pour vérifier notre désir, Marc nous fit suer dur deux heures durant. Nous sûmes tenir bon mais à la fin de la séance, Max me dit :
"Cigarettes èk la raque i ressorte par ‘tits morceaux…".
Marc et Charles-Henri, souriants, gentils, chaleureux, ne nous passaient rien au cours des séances d’entrainement. Lesquelles commençaient par des séances d’échauffement qui auraient désespéré le plus costaud des gymnastes !
Max et moi étions ce que l’on appelle des "costauds gentils", adeptes de l’excursion et du rugby. Gentils mais prompts à répliquer si on nous chatouillait l’échine. Nous avions besoin d’une leçon de calme et de modestie ; Marc nous l’a donnée.
Au bout de quelques mois de pratique assidue, nous avions trouvé une sérénité et étions devenus moins prompts à répliquer, nous avions le coup de poing moins facile.
Charles-Henri nous avait aussi donné une grande leçon, le respect de l’adversaire. "C’est un adversaire, pas un ennemi. Quand vous l’expédiez au sol, ne le jetez pas comme un sac de patates ! Ça fait mal. Accompagnez-le dans sa chute !"
Respecter un ami va de soi. Un adversaire, c’est différent. Marc et Charles-Henri ont été là pour nous le dire.
Toute La Réunion le connaissait et beaucoup, surtout chez les stalinistes, voulaient sa peau. A une époque, il était de bon ton de casser de l’adversaire. Un journaliste TV (Pierre Gault je crois) lui demanda un jour en direct :
"En cette période électorale, les dirigeants politiques sont souvent agressés sévèrement. Vous ne craignez rien ?"
Marc, qui avait compris l’allusion au PCR, eut ces mots, avec ce fin petit sourire indiquant nettement qu’il fallait le prendre au sérieux (je cite quasi-texto) :
"Je pratique le judo, j’ai donc une certaine capacité à me défendre. Je dis ceci à Paul Vergès : si on tente de s’attaquer à moi, à ma famille, à mes amis, j’irai personnellement et tout seul lui demander des comptes".
On lui a foutu une paix royale.
Je me souviens encore de ces moments délicieux, chez ma grand-mère Mamie de Cilaos, où j’ai souvent rencontré Marc, qui ne venait jamais là-haut sans venir saluer Mamie.
Des instants de décontraction totale, à évoquer les vieux souvenirs, les disparus, les gens que nous aimions… jamais de politique, c’était un consensus non exprimé.
Je présente mes plus tristes condoléances à Charles-Henri et tous les siens.
Jules Bénard


