Un grand musicien s’en va : Hommage à "Tonton" Yves Mayer "tranche papaye"

Je viens de l’apprendre il y a quelques minutes, de la bouche-même de son condisciple de l’Ajer (Association des jeunes Réunionnais), Alain Bastide, « le » soliste des solistes, dont Yves a toujours été le bassiste favori..
Alain avait du mal à aligner ses phrases en me l’annonçant et j’avais, moi, bien du mal à réaliser ce qu’il me disait.
« Tonton » Yves Mayer nous a quittés ce matin, sur une plage de Croatie, où il était en vacances avec sa compagne. Elle l’a vu allongé sur la plage, les pieds dans l’eau et la tête dans la sable. Soixante-dix sept ans. La dernière fois que je l’ai vu, lors d’une de mes séances de dédicaces en librairie, il pétait une forme du feu de Dieu.
« Tonton » a toujours été, pour nous les fous de guitare, un exemple de talent et de jovialité.
Ce qui frappait chez lui, avant tout, plus que son savoir-faire artistique (très grand), c’était cette jovialité lui collant à la peau. Il semblait s’amuser de ce qu’il faisait et de ce qui lui arrivait. Il souriait tout le temps, d’un sourire « tranche papaye », ce qui lui avait valu ce surnom lui collant à la peau. Pourquoi « Tonton » ? Je ne l’ai jamais su.
« Tonton » Yves Mayer « tranche papaye »… Qui peut s’enorgueillir d’une telle renommée ?
Lorsque nous commencions à tâter de la gratte, années 63-65, nous, jeunes lycéens fous de Shadows et d’Elvis, allions chaque jeudi assister aux entraînements des Chats Noirs à Joinville et, à la course, à ceux de l’Ajer, près de chez les flics. Nous avions les yeux rivés à la Strato de Bastide et à l’Eko verte de Tonton.
Yves jouait comme en se moquant de lui-même.
Il jouait bien, très bien même, mais, comme tous les musiciens de scène, il acceptait ses propres canards et en rigolait toujours. Avec ce fameux sourire « tranche papaye » lui allant comme un gant.
Lorsque l’Ajer a cessé de fonctionner, il s’est tourné vers le picking et avait acquis une Gibson de rêve.
Il s’était aussi tourné vers le vélo. Un vélo que je lui ai racheté pour tenter de diminuer mes muscles Kronenbourg.
Les deux dernières fois où j’ai dédicacé mes « Souvenirs », dans deux grandes librairies dionysiennes, il était le premier à l’ouverture, avec Dédé Maurice, aussi dévasté que moi ce soir.
« Tonton » avait l’art de camoufler ses « canards » derrière ce magnifique sourire qui effaçait tout le reste.
Ce soir, « Tonton », je suis dévasté, comme Bastide, comme Dédé. Tu te barres comme ça ? Sans prévenir ?
Mais va, l’ami, on ne t’en veut pas.
Tu as enchanté nos années rock.
On t’aime, « Tonton » !


