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Gilbert Annette répond au collectif "J'aime Mayotte" : "Le Wuamshubu a tout d'une fausse solution"
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Interpellé par le biais d'une lettre ouverte par le collectif "J'aime Mayotte", Gilbert Annette répond.
Ecrit par Marine Abat – le mercredi 19 avril 2023 à 11H00

Le communiqué :
J’ai été interpelé personnellement par le biais d’une lettre ouverte suite à ma participation au rassemblement citoyen contre l’opération Wuambushu que prépare le gouvernement, rassemblement qui s’est tenu ce Dimanche sur la place des Droits de l’Homme à Saint-Denis.
J’aimerais apporter une première réponse au collectif qui m’interpelle sans que ses dirigeants ne se soient identifiés. Cette réponse vient du cœur : « J’aime les Mahorais, comme les Comoriens, comme bien sûr j’aime les Réunionnais car je respecte avant toute chose les femmes et les hommes quelque soit leur condition ».
C’est d’ailleurs cette valeur centrale dans mon engagement politique qui m’a fait prendre en compte dès 1989 la situation insupportable de plus de 1500 bidonvilles à Saint-Denis et de mettre en place une politique volontariste pour les éradiquer. Je remercie le collectif de l’avoir rappeler.
Mais notre méthode a été à l’opposé de ce que prévoit le Ministre Darmanin. Nous avons respecté les habitants, nous les avons préparés et accompagnés. Nous avons construit des logements en nombre et suffisamment spacieux pour les recevoir, pour leur donner un toit digne leur offrant ainsi une dignité humaine.
C’est ce qui a fait de moi un militant politique de longue date.
Face aux différents risques que j’identifie aujourd’hui ces valeurs me poussent à prendre la parole pour dénoncer cette opération.
Le Wuamshubu a tout de la fausse solution d’un État qui veut boucher les yeux des Mahorais en leur faisant croire qu’il va régler tous les problèmes de Mayotte. Expulser 5000 comoriens, comme cela est annoncé, dont probablement une grande majorité de femmes et d’enfants, dans une opération marquée du sceau de la brutalité, c’est une goutte d’eau par rapport au problème de l’immigration clandestine et c’est condamnable au regard du Droit international.
Par contre, ça permet de flatter les sentiments les plus bas d’une population mahoraise et plus largement française désemparée par les crises actuelles.
C’est le vieux principe du bouc-émissaire qu’on a vu à l’œuvre dans l’Europe des années 30 ou au Rwanda des années 90.
Lancer le Wuambushu c’est ignorer les condamnations internationales répétées par l’ONU ou l’OUA de la position française à Mayotte au moment où l’on s’élève contre l’impérialisme russe et où l’on craint l’impérialisme chinois.
C’est aussi donner un peu plus de crédit à l’idée que la France fait vault-face sur les îles éparses du Canal du Mozambique, comme elle durcit le ton à Mayotte, pour préserver des intérêts qui se trouveraient dans les réserves d’hydrocarbures présents dans les fonds marins.
Or nous avons depuis peu une jurisprudence chagossienne qui va obliger le Royaume Uni à rétrocéder cet archipel du centre de l’Ocean Indien à l’île Maurice car le Tribunal International du Droit de la Mer de Hambourg et l’Assemblée de l’ONU ont à nouveau condamné une décolonisation incomplète.
Cette jurisprudence oblige la France à revoir son projet, à ouvrir le dialogue pour trouver une solution pérenne à la situation mahoraise acceptable par le Droit international.
Cette solution ne peut être de rejeter dos-à-dos les Mahorais et les Comoriens, avec le risque de voir se réaliser un vieil adage : « qui sème le vent récolte la tempête », mais pousse à trouver un projet commun, concerté, validé par les instances internationales : OUA, Union Européenne et ONU.
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