Un bateau mauricien navigue sous une fausse identité à la Réunion

L'entreprise PVB Marine était basée à Sainte-Marie. Une de ses activités consistait à commander des coques en plastique nues à un chantier naval métropolitain, Méry Nautic France, et de "finir" le bateau à la Réunion en y rajoutant les cloisonnements intérieurs, le pont, la console et les moteurs.
Il y a trois ans et demi environ, Philippe de Vazeilles, son patron, rencontre des difficultés et est contraint de mettre sa société en redressement judiciaire. Elle a d'ailleurs fermé depuis.
Ce redressement judiciaire va tomber au mauvais moment pour lui. Il a déjà touché une subvention de la Région correspondant à 33% de la valeur de 10 bateaux professionnels à construiremais, n'ayant plus d'argent, il n'a pu commander que 7 coques à Méry Nautic France, dont 3 n'ont pas été payées.
Et c'est à ce moment que l'un des trois derniers propriétaires à n'avoir pas encore réceptionné son bateau commence à lui mettre la pression. Il sait que la Région a versé la subvention pour son bateau et il exige d'être livré.
Philippe de Vazeilles de son côté, sait qu'il ne peut plus commander de coque en France puisqu'on lui demandera au préalable de payer les trois coques qu'il a déjà réceptionnées et pas payé.
C'est alors que lui vient l'idée de commander une coque à l'île Maurice, histoire de pouvoir honorer ce qui reste de la commande de 10 bateaux. Sauf que la direction des Affaires maritimes est justement là pour éviter ce genre d'embrouille.
Que se passe-t-il alors? Qu'est ce qui s'est dit entre Philippe de Vazeilles et les représentants des Affaires maritimes à la Réunion, dont le directeur vient d'ailleurs juste de quitter son poste? Y a t-il eu un "arrangement"? Nul ne le sait. Toujours est-il que ce service de l'Etat va accepter de fermer les yeux sur cette importation illicite.
Comme il est de coutume en cas de réception d'une coque nue destinée à être finie à la Réunion, un ingénieur naval de la direction des Affaires maritimes a passé 4 inspections de la coque. Une première à son arrivée à la Réunion, pour vérifier si elle correspondait bien à la coque prévue, notamment en ce qui concerne la longueur et la largeur du bateau. Impossible pour un homme de sa qualification de ne pas s'apercevoir que la coque vient de Maurice au lieu de la Métropole, et qu'elle fait 1m de plus en longueur et 17 cm de plus en largeur ! Surtout qu'il avait déjà vérifié peu de temps avant deux autres bateaux de ce même chantier mauricien...
Il est revenu une deuxième fois quand les cloisonnements ont été faits et les blocs de polystyrène posés. Puis quand le pont a été fermé, la console mise et les moteurs fixés. Et enfin, le jour de la mise à l'eau pour les essais de stabilité et de maniabilité.
Malgré les dimensions qui ne correspondaient pas, le bateau a été enregistré comme provenant de chez l'armateur français Méry Nautic. Et il est aujourd'hui basé au port de Sainte-Marie...
La morale de cette histoire est sans doute à mettre dans la bouche d'un pêcheur ayant récemment eu maille à partir avec les Affaires maritimes : "Ce sont des gens assermentés. Leur parole suffit pour que vous soyez verbalisé. Mais que vaut la parole de gens ainsi pris en flagrant délit de mensonge?"


