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Vidéo - l'UDCCAS dresse le portrait social de l'île de La Réunion

Les représentants des 24 CCAS de l'île, sous l'égide de l'Union départementale des centres communaux d'action sociale (UDCCAS) présidée par Bruno Domen, a fait un point ce jeudi au Département à l'occasion du rendu de l'Analyse des Besoins Sociaux (ABS). Un diagnostic nécessaire permettant d'avoir une vision claire sur les politiques de solidarité déjà mises en oeuvre ou à mettre en place entre le Département et les communes.
Ecrit par Samuel Irlepenne – le vendredi 29 octobre 2021 à 14H28

"L'action sociale n'a pas de frontières, autant pour les sans-abris que pour le logement. Mais tout seul nous n'y arriverons pas", lance David Belda, premier vice-président de l'UDCCAS. Pour la structure, cette ABS est importante à plusieurs titres. Elle doit permettre notamment de renforcer la collaboration entre les CCAS, que ce soit dans l’analyse ou que ce soit dans la réponse aux besoins repérés, mais aussi de développer une ingénierie importante en capitalisation d’informations (données, cartographies, ...) qui pourra être réutilisée dans le cadre par exemple de Conventions Territoriales Globales ou de projets sociaux de territoires (PST).

Enfin, l'ABS peut également aider les différents acteurs communaux comme les centres sociaux ou les dispositifs territoriaux à développer leurs projets et orientations.

Quelques exemples issus du diagnostic

Dans une étude réalisée par l'INSEE et diligentée par le Département en 2013, on apprenait que La Réunion vivait une situation sociale "hors-norme", conséquence de la pauvreté notamment chez les jeunes et les seniors. Ainsi, près de 42% de la population vivait sous le seuil de pauvreté contre 39% aujourd'hui. Un léger recul qui cache néanmoins une grande disparité des situations au sein de la population réunionnaise.

Concernant la thématique logement et démographie, la population réunionnaise a augmenté de 20.000 habitants entre 2013 et 2018. Dans le même temps, le nombre de résidences principales s'est accru lui de 26.000. Une situation qui s’explique par la baisse continue du nombre de personnes par logement. Pour les acteurs sociaux, cela résulte de l’effet combiné de la décohabitation des membres des ménages liée notamment au vieillissement de la population ou encore à la séparation des familles. Cela signifie qu’à nombre d’habitants constant, il faut toujours plus de logements donc des coûts liés au logement qui s’accroissent pour les ménages réunionnais.

 

 

Parallèlement, la taille des logements n’est plus adaptée aux ménages qui les occupent. Ainsi, il y a d’une part 56% des logements qui comprennent plus de pièces qu’il n’en faudrait pour la taille du ménage et d’autre part 38% des enfants qui vivent dans un logement trop petit.

Cette situation de surpeuplement des logements pour les ménages avec enfants a pu être source d’accroissement des inégalités entre enfants lors des périodes de confinement ou de couvre-feu. La scolarité des enfants a pu en pâtir de même que les relations entre parents et enfants.

Les CCAS doivent pouvoir interpeller les acteurs du territoire sur les enjeux sociaux liés au surpeuplement actuel. Le lien entre le CCAS et le service d’urbanisme, entre le CCAS et le PLH est important, ici pour les familles avec enfant(s) ou encore pour le logement des seniors.

 

332 920 personnes pauvres à La Réunion en 2018

Un autre diagnostic a été mené par l'UDCCAS concernant le niveau de vie et de pauvreté de la population réunionnaise. A La Réunion, le taux de pauvreté est beaucoup plus fort que celui qui est observé en France hexagonale. Mais les réalités entre communes et encore plus entre quartiers sont très diverses. Ainsi, les taux peuvent varier de 27% à 59% selon les communes. Au regard de la pauvreté, ce sont les familles monoparentales qui sont considérées comme étant les plus fragiles. Ce taux est ainsi monté jusqu’à 67% pour les familles monoparentales dans certaines communes par exemple. À titre d’exemple, le taux de pauvreté peut aller jusqu’à 52% pour les personnes ayant plus de 75 ans dans certaines communes.

On notera à partir du graphique ci-contre qu’il y a quasiment autant de personnes en situation de pauvreté dans les familles monoparentales que dans les couples et que 41% des personnes en situation de pauvreté vivent dans un logement pour lequel le ménage est propriétaire. Il y a plus de personnes pauvres vivant dans un logement qui leur appartient que de familles en situation de pauvreté vivant dans un logement social.

 

Le travail mené dans le cadre des ABS a permis de s’interroger sur la situation des habitants face au numérique. Ainsi, à partir du profil des habitants de chacun des quartiers (IRIS) du territoire, le diagnostic s’est penché sur l’importance du risque de vulnérabilité des habitants face au numérique.

Cette démarche est importante car l’ABS a mis en évidence que les ménages les plus en difficulté dans l’accès au matériel, l’accès aux réseaux ou la maîtrise des outils sont paradoxalement les ménages qui en ont le plus besoin pour la relation avec la e-administration ou tout simplement pour leurs besoins essentiels (logements, revenus, éducation, recherche d’emploi,...). Ainsi, par le développement de la e-administration, ceux qui ont le moins sont ceux à qui il en est le plus demandé !

Le baromètre a été construit en s’appuyant sur les études réalisées par l’INSEE mais aussi par le CREDOC (le baromètre du numérique). Un indice agrégé de fragilité des ménages face au numérique a été créé. Cet indice varie selon l’importance des publics fragilisés par le numérique au sein de chacune des communes.

A La Réunion, l’indice est beaucoup plus fort que dans l’Hexagone. Il est le plus fort à La Réunion pour les communes du Port ou de Saint-Denis par exemple. De même à La Réunion, le numérique est un passage incontournable pour faire valoir les droits des personnes les plus pauvres qui sont en proportion plus nombreuses que dans l’Hexagone.

Pour les CCAS, le développement de leurs interventions dans l’accès aux droits et dans la médiation numérique devient un incontournable des professionnels qui y travaillent. Les CCAS doivent donc innover et développer de nouvelles formes de réponses (proximité, aller vers les usagers, repérer les risques de rupture de droits, ...).

 

Enfin, un dernier diagnostic a été établi concernant l’isolement des personnes âgées dans l'île. Un mal qui tend malheureusement à s’accroître notamment sous l’effet de la progression du nombre de personnes de plus de 80 ans. En effet, la probabilité d’être isolé augmente avec l’âge. 

Or, les analyses en matière de projection de population mettent en évidence un très fort accroissement du vieillissement de la population notamment au-delà de 75 ans. Il y aura une multiplication par plus de deux du nombre de plus de 75 ans dans les 20 ans qui viennent. Dès lors, les CCAS doivent développer de nouvelles formes de réponse pour éviter que l’isolement résidentiel ne devienne un isolement social.

Cela passera par des démarches "d’aller vers" mais aussi par un travail mené avec les habitants des quartiers (des voisins solidaires et attentifs) mais pourquoi pas par le développement d’un numérique au service de l’inclusion. Là aussi le soutien aux aidants, qui peuvent ne pas habiter avec les personnes qu’ils aident, est un maillon essentiel pour les CCAS dans le cadre de leurs interventions.

 

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