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Comment prenons-nous conscience de quelque chose ?

Ecrit par zinfos974 – le mercredi 20 octobre 2021 à 14H28

Notre réponse n’exclut pas d’autres explications que celles développées ci-dessous.

Lorsque deux personnes entrent en interaction autour de questions - par exemple, pour notre sujet, la promotion de la santé d’un enfant à naître -  examinons  le cas de deux parturientes à propos du vécu de leur grossesse.

Nous serions enclins à penser que dans toute interaction entre deux cerveaux entrant en contact, des dispositions organiques similaires, une histoire spécifique et une culture singulière à chaque personne interféreraient dans la prise de conscience.  Cette interaction devrait se renforcer et s’enrichir, si nous devions compter plusieurs personnes réunies vivant l’expérience d’une grossesse et échangeant à propos de ce vécu. Les échanges en devraient être d’autant plus riches que certains parents auront déjà eu des enfants. L’expression de chacune des personnes, ayant eu des vécus différents remémorés et exprimés, devraient pouvoir engendrer chez chaque participantes des prises de consciences comparativement.

Une auditrice ou lectrice de ces propositions peut aussi avoir un vécu semblable si elle est déjà mère, ce qui pourrait d’ailleurs faciliter la lecture de nos hypothèses. Les conjoints, plus spectateurs, en garderaient également le souvenir. Nous aurions donc un début de réponse : La prise de conscience est réactivée par un souvenir qui aura été oublié sans avoir pour autant disparu. Dès lors la question qui se pose est celle-ci : ce souvenir qui surgit aura-t-il été agréable ou désagréable ?  Par exemple, la grossesse a-t-elle été désirée ou non ?

La seconde étape, nous l’imaginons « enactante » selon le concept suggéré par le neurobiologiste Francisco VARELA (1947-2001). Le terme d’enaction, en anglais, se rapproche du terme d’« émergence » en français. Il rendrait  compte d’une connectivité neuronale (peut-être aussi gliale) au niveau des structures cérébrales pouvant produire des images du fait de la conservation des souvenirs et une prise de conscience.

Nous pensons toutefois que le cerveau devrait toujours créer de la nouveauté en dégageant du sens lors de l’enaction incoercible d’images selon une capacité ancestrale du cerveau d’avant l’apparition du langage parlé. Une sorte de  télévision cérébrale peut advenir sans que notre conscience y soit pour quelque chose. Les psychanalystes désignent ces productions imagées comme provenant de l’inconscient. Nous avons préféré, en fonction des écoles de psychanalyse qui nous inspirent, nous référer aux travaux du psychanalyste Carl Gustav JUNG. Nous y avons très souvent fait allusion dans vos colonnes en justifiant ce choix.

Nous savons donc que notre cerveau est sollicité continuellement. Il traite le plus souvent inconsciemment des informations véhiculées par nos sens traduisent en informations continuellement traitées cérébralement à notre insu, Et ce, sauf lorsque notre attention est sollicitée face à la nouveauté ; ou lorsque que celle-ci est mobilisée du fait d’un souvenir soudainement remémoré par des échanges, comme nous l’avons décrit plus haut.

Si un affect ou une émotion surgissent lors de cette remémoration, notre cerveau cherche instantanément une réponse. Quelquefois la prise de conscience de ce souvenir se métamorphose en image pendant notre sommeil, produisant ce que nous avons appelé communément des « rêves ».

Ce que nous disent ce que nous nommons les rêves

Certaines cultures avancent que des rêves peuvent remplir une « fonction prémonitoire ». JUNG, fort de son expérience clinique d’analyste des rêves de ses analysants, suggère une « fonction anticipatrice ». Le cerveau anticiperait suite à une sorte de « résolution de problème » par un scénario « onirique » anticipateur d’une mise en acte du rêve avant que celui-ci ne se traduise dans la réalité.

Nous avons déjà abordé cette question en attirant l’attention de spécialistes de la vie onirique comme relevant d’une « intelligence de l’inconscient » dans sa dimension ancrée dans le corps, dite « phylogénétique ». Voir sur le Web, à ce sujet, le  site « Europe Solidaire».

Dans la vie quotidienne, très souvent lorsqu’une personne parle d’un sujet qui  interpelle en suscitant un échange, notre mémoire est sollicitée et notre subjectivité, la « boîte noire » des scientifiques objectivistes, mise en avant en nous incitant à  donner notre avis. Celui-ci est précieux sans pour autant être considéré comme rigoureusement objectif. Il nous renseigne sur le vécu de la personne qui parle et qui peut d’ailleurs changer de points de vues  ultérieurement. C’est ce que Marcel JOUSSE identifie en en faisant le titre d’un de ses ouvrages : « La manducation de la parole », (1975). Notons suivant la quatrième de couverture de cet ouvrage : « À la communication abstraite et nécrosée par l'idée, Jousse oppose l'acte concret de connaître dans une expérience vitale. C'est le corps entier qui est concerné dans ses gestes, son rythme et son souffle. Si bien qu'entre l'enseigneur et l'enseigné se produisent une participation et une communion qui débordent les rapports d'élève à maître.»

Ces considérations générales pourraient être testées lorsque nous réunissons plusieurs personnes pour évoquer l’éducation d’un enfant. Il n’y aurait ni maître ni élève. Nous, animateurs lors de groupes de paroles, nous présentons comme « enactant » des informations fiables pour étayer ponctuellement la réflexion commune ; et cela en tentant d’éveiller en chacun des souvenirs incarnés.

Nous avons tous été enfant

Nous avons tous été enfant, avons tous des souvenirs de notre enfance. Certains peuvent se remémorer de bons souvenirs, d’autres de moins bons, d’autres très affligeants, n’encourageant pas à les évoquer. Nous aurions refoulé ces derniers.

Lorsque nous sommes confrontés à un environnement de parents échangeant à propos des besoins des enfants, les souvenirs de notre enfance peuvent revenir à notre conscience. C’est l’enfant de nous avons été qui active notre mémoire et peut nous faire prendre conscience de notre passé. C’est ainsi qu’un enfant réel d’un parent peut être le révélateur du passé de son parent, mais aussi leur thérapeute implicite. Lorsque les parents sont réunis, ils peuvent se concerter pour échanger à propos de ressentis et de perceptions différentes. L’enfant peut sortir « vainqueur » en ouvrant un « espace » psychique, dirons-nous, pour exister indépendamment des souvenirs et conditionnements qu’auront vécu ses propres parents.

Or il se trouve que cet ensemble d’hypothèses que nous venons de soulever, un grand physicien Erwin SCHRÖDINGER (1887-1961) - qui a laissé son nom à la découverte de la physique quantique ondulatoire et obtient avec Paul DIRAC le prix Nobel en 1933 - après avoir pris beaucoup de liberté avec l’esprit scientifique de son temps, s’investit sur la thématique de l’unité matière et esprit. Il formule une théorie déductive de l’émergence de l’esprit dans l’ouvrage « L’esprit et la matière », publié en 1956 et présenté en français aux Éditions du Seuil par le physicien Michel BITBOL en 1990.

Cet ouvrage de Schrödinger commence par le chapitre suivant : « Les bases physiques de la conscience ». On se doute qu’il ne s’agit pas de son temps de localiser des lieux cérébraux comme le font les chercheurs actuels sur ce même sujet équipés d’une technologie de plus en plus performante. Schrödinger décrit au contraire comment des processus de prise de conscience peuvent émerger d’autant que le cerveau est inclus dans « un monde » où « le monde est une synthèse de nos sensations, de nos perceptions et de nos souvenirs ». Il évoque le ressenti et l’éprouvé des sensations dès la vie embryonnaire blottie dans l’utérus maternel, page 160.  Il étaye son raisonnement déductif dès la conception de l’enfant in utero.  Et il poursuit en disant : « Mais même les semaines et les mois suivants de la vie sont pour la plus grande part passés dans le sommeil. Durant cette période, le nourrisson poursuit une évolution instaurée et répétée depuis longtemps,  dans laquelle il est confronté à des conditions qui varient très peu d’un cas à  un autre. Le développement organique ultérieur ne commence à être accompagné de conscience que dans la mesure où il existe des organes qui établissent graduellement une interaction avec l'environnement, qui adaptent leurs fonctions aux changements de situation ;  qui sont influencés, qui subissent un entraînement, et qui sont spécialement modifiés par ce qui les entoure. Nous, vertébrés supérieurs, possédons un tel organe,  essentiellement dans notre système nerveux. Par conséquent, la conscience est associée à celle de ses fonctions qui s'adaptent à un environnement changeant, grâce à ce que nous avons appelé l'expérience », page 160. Nous retrouvons le thème de « l’expérience » dans notre façon de vivre notre développement (notre ontogenèse). Et il rajoute des idées liées au transformisme de Lamarck en y souscrivant. 

« Le système nerveux est le lieu où notre espèce est toujours engagée dans la transformation phylogénétique. Pour parler métaphoriquement, il est le « sommet végétal » de notre tronc. Je résumerais ainsi mon hypothèse générale : la conscience est associée à l'apprentissage de la substance vivante ; son savoir-faire est inconscient », page 160.

L'approche épistémologie d'Erwin Schrödinger est basée sur le ressenti biologique en train de vivre sa transformation adaptative, non sur la dissection réductrice héritée de Descartes. Ceci nous fait penser à l'intuition « prophétique » du poète Alexander POPE (1688-1744) qui disait : « La vie que tu dissèques,  tu la perds au moment où tu crois la trouver ».

Michel BITBOL, qui introduit l’ouvrage de Schrödinger et le commente, avec sa double formation de médecin et de physicien, nous donne une explication de l’originalité épistémologique surprenante pour un physicien et en rupture des méthodes de l’univers de la physique. Le sujet était exclu conformément au physicalisme de l’époque qui étudiait l’humain à la troisième personne. C’est ainsi que Schrödinger se rapprocha des philosophies et religions orientales (Advaïta Vedanta, Bouddhisme).On sait que Varela en aura fait de même. Schrödinger pensait que ses travaux scientifiques constitueraient une approche de la divinité, bien que dans un sens intellectuel et athée.

 

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