Saint-Philippe : "Je vais en prison pour 11 mois ? D’accord, merci beaucoup"

"Je veux aller en prison. J’y suis mieux. Il y a la télé. J’ai une chambre", implore Matthieu, ce vendredi, aux magistrats, un brin interloqués. Invité à s'expliquer sur son souhait de privation de liberté, l’homme confie sa dépendance à l’alcool.
"En prison, il n’y a rien à boire. Je serai sevré. La dernière fois, j’ai fait 4 mois de prison mais c'était pas assez pour arrêter de boire", lâche-t-il avec une honnêteté déconcertante. "Et vos trois enfants ? Vous ne pourrez plus les revoir en prison", fait remarquer le président d'audience pour tenter de le ramener à la raison. "Si. Au parloir !", rétorque-t-il.
Le mis en cause n’en est pas à son coup d’essai pour tenter de regagner sa cellule. Condamné en avril dernier pour avoir frappé sa belle-mère puis outragé et menacé un gendarme, Matthieu avait écopé de peines avec sursis.
Ce vendredi, le vingtenaire devait répondre de violences commises sur son frère et de rébellion, d’outrage et menaces sur le même militaire, à sa grande surprise. "C’est la 2ème fois, gars ? Ah bon ?", s'adresse-t-il au militaire, assis dans la salle d’audience.
Atteint de la maladie dégénérative, Huntington, le Saint-Philippois consomme de l’alcool plus que de raison. Le 30 juin, après une partie de Uno au domicile de ses parents, une dispute éclate avec son frère, qui refuse de lui rendre son verre de whisky. Les coups pleuvent, occasionnant 2 jours d'ITT à sa victime.
À l’arrivée des gendarmes, l’agresseur ne décolère pas. Bien au contraire. Il insulte copieusement les militaires, les menace de mort et de viol avant de se rebeller.
"Il ne sait pas gérer ses émotions"
Pour la procureure de la République, Caroline Calbo, le profil du prévenu est "rare". "Il nous demande de le protéger de lui-même", souligne-t-elle avant de requérir un an de prison à son encontre.
Déstabilisée par le positionnement de son client, la défense assure que le comportement du jeune homme coïncide avec le diagnostic de sa maladie. "Il ne sait pas gérer ses émotions", regrette la robe noire.
Après en avoir délibéré, le tribunal a condamné Matthieu à 11 mois de prison ferme. Une peine qu’il devra purger à Domenjod. "Je vais en prison pour 11 mois ?", s’assure le prévenu. "D’accord, merci beaucoup", s’en satisfait-il.


