Pierrot Dupuy - Un transporteur porte plainte contre Gérald Maillot pour corruption

Louis Carpaye est en colère. Très en colère. "Ce n'est pas parce-que j'ai perdu un appel d'offres. On a l'habitude, ça fait partie de la vie d'un entrepreneur. Parfois on gagne, parfois on perd. C'est normal. Non, là ce qui me fait mal, c'est que j'ai le sentiment d'être victime d'une injustice".
Louis Carpaye est le patron de la société STOI (Société de Transports de l'Océan Indien) dont le siège social est situé à Sainte-Marie et qui emploie 156 salariés pour un parc de 130 véhicules.
Il a répondu à une consultation de la CINOR lancée le 29 janvier dernier pour l'attribution du marché public du transport des élèves de la ville de Saint-Denis. Un marché qu'il connait bien puisque, depuis 6 ans, la STOI exploite les lignes de la Montagne et de Bois de Nèfles dans le cadre du précédent contrat.
Point important : il leur avait été spécifié qu'une même société ne pouvait emporter plus de trois lots sur les 11 mis en jeu.
La STOI avait soumis une offre en conformité avec les trois critères exigés par la CINOR : prix, valeur technique et performance environnementale.
La totalité des lots attribués à une seule famille
La commission d'appel d'offres se tient le 11 juin.
Encore une étrangeté puisque, normalement, à cette période, les élus sont en sursis et ne doivent gérer que les affaires courantes. Certains sont même sûrs de ne plus siéger après les élections puisque, comme un élu de Sainte-Suzanne, ils ne sont plus présents sur aucune liste. Et c'est à la suite de cette CAO que la CINOR informe Louis Carpaye que sa société n'a obtenu aucun lot.
Etonné, il se renseigne et découvre que la totalité des 11 lots a été attribuée à des sociétés qui appartiennent à une même famille. Quatre à VNM (Virgile Moutoussamy Transport), trois à Emile Moutoussamy, deux à Moutoussamy et Fils, un à Mardé Moutoussamy (Cars Mardé), un à Ranjeet Moutoussamy (RNG) et un à Nicolas Moutoussamy.
Et que les sociétés des Moutoussamy sont installées à la Bretagne, à Saint-Denis, l'ancien fief électoral de Gérald Maillot...
Premières étrangetés. Et de taille !
Des liens capitalistiques et de co-gérance
Mais Louis Carpaye a du être détective dans une vie antérieure.
Il poursuit ses investigations et découvre que les gérants de certaines de ces sociétés sont également co-gérants dans d'autres et qu'ils en sont également actionnaires. Par exemple, Virgile Moutoussamy (VNM, 4 lots) est aussi co-gérant de la société Emile Moutoussamy (3 lots). Ou encore que Mardé Moutoussamy est également co-gérant de Moutoussamy et Fils... Tout en étant le père de Ranjeet Moutoussamy qui a eu un lot...
Pour couronner le tout, plusieurs de ces sociétés logent à la même adresse...
Bizarre, vous avez dit bizarre...
La permanence électorale de Gérald Maillot logée dans un immeuble des Moutoussamy
Poursuivant ses recherches, Louis Carpaye découvre encore que la permanence électorale de Gérald Maillot, dans le cadre des élections municipales à Sainte-Marie, se trouve dans un immeuble appartenant... à Moutoussamy et Fils !
Que dans une vidéo diffusée sur YouTube, Gérald Maillot remercie ses "amis" d'avoir accepté de mettre leur terrain à sa disposition, en déplaçant les cars qui y étaient entreposés, pour qu'il puisse y tenir ses meetings d'ouverture et de clôture de campagne électorale...
Un élu pas convoqué à la commission d'appel d'offres
Voilà pour le contexte, concentrons nous maintenant sur la fameuse commission d'appel d'offres.
On l'a vu, elle a été réunie dans l'urgence, entre les deux tours de la campagne électorale.
Plus étrange encore, un de ses membres titulaires, élu de la ville de Sainte-Marie sur le territoire duquel se situe le siège social de la société de Louis Carpaye, certifie devant huissier n'avoir pas été convoqué à cette réunion.
Mieux. Il a demandé des explications par mail aux services de la CINOR, qui ne lui ont pas répondu.
Quatre élus présents, dont trois de St-Denis
Autre détail intéressant : A cette commission d'appel d'offres n'étaient présents que quatre élus, dont trois de Saint-Denis... Plus un élu de Sainte-Suzanne qui va arrêter la politique.
Une partie capitale du dossier se perd "en montant les escaliers"
Concernant l'offre en elle-même, Louis Carpaye s'aperçoit que ses offres ont obtenu les notes maximales partout. Si elles ont été retoquées, c'est uniquement parce qu'il a obtenu zéro à un sous-critère, celui de la transmission au donneur d'ordres de la quantité de CO2 émis.
Enorme étonnement du patron de la STOI puisqu'il a proposé un système unique à La Réunion, très en avance sur les autres sociétés, de transmission en temps réel, capable de fournir en outre un bilan quotidien, hebdomadaire ou mensuel.
Que s'est-il donc passé?
Il demande des éclaircissements et c'est là qu'on lui avoue que cette partie de son dossier a "disparu", qu'elle s'est perdue "en montant les escaliers"...
C'en serait jusqu'à amusant si on ne parlait pas d'un marché de 20 millions...
Des bus commandés avant de connaitre les résultats de l'appel d'offres
Et enfin, cerise sur le gâteau, Louis Carpaye apprend que les Moutoussamy ont commandé les bus devant desservir leurs nouvelles lignes depuis plusieurs mois, bien avant la commission d'appel d'offres. Les derniers sont arrivés à La Réunion le 11 juin dernier...
Fort de tous ces éléments, le patron de la STOI a déposé une requête en référé devant le tribunal administratif pour demander l'annulation de la procédure ou, à minima, sa reprise au stade d'analyse des offres.
Et la STOI a déposé une plainte au pénal devant le tribunal de grande instance de Saint-Denis car il estime être en face d'une "corruption active et/ou passive (trafic d'influence), de recel et d'octroi d'avantages injustifiés).
Ça fait désordre à quelques jours du second tour des municipales. Mais comme le répète Louis Carpaye, "je ne fais pas de politique. C'est lui qui a choisi la date puisque la signature des marchés était prévue le 22 juin dernier".


