Une vieille mère martyrisée par son fils, pur génie de la malfaisance !

Lui, on ne le verra pas pour la simple et bonne raison qu’il est en villégiature à Domenjod. C’est donc par visioconférence que ses juges se sont entretenus avec lui : y’a de la COVID dans l’air, les enfants. Un poème, cette télé géante mais je vous le raconterai après.
Une inventivité mauvaise défiant l’imagination
Lorsque le président Molié lui demande s’il a un avocat, Alamèle répond que « non ! je suis seul ». Snifff !
Seul ? Pas si souvent que ça si on compte, selon les témoignages unanimes, dont ceux de sa famille, les nombreuses fois où il était en compagnie d’une certaine Dive… bouteille, si vous voyez… à savoir quasiment tous les jours que Bacchus fait.
La télé géante de la visioconférence commence à faire des siennes. Craquements, crachotements, bruits suspects… « Vous nous entendez, monsieur Alamèle ? - Ben oui ! - Ah ! Parce que nous, on ne vous entend plus du tout ». Réglages effectués, le son revient clair et net.
Le problème, avec cet accusé-là, c’est que s’il boit, ce qui est son droit constitutionnel le plus strict, il a l’alcool mauvais. Une ivresse qui, loin d’amoindrir ses facultés, lui confère plutôt une sorte de génie dans la méchanceté, surtout envers sa famille et, principalement, envers sa vieille maman chez qui il habite. Forcément puisqu’il n’a ni boulot ni revenu, exception faite de ce RSA salvateur de bien des crapules. Un RSA qui ne profite qu’à lui-même. Ivre à longueur de journée, essentiellement le soir, où son ingéniosité ignominieuse se déchaîne.
« Moin la pas comme ça, moin ! »
Au fur et à mesure que le président Molié énonce la liste des méfaits reprochés à Alamèle, on se tasse un peu plus sur sa chaise…
Sous le fumeux prétexte qu’il voulait un bout de terrain sur le modeste domaine que sa vieille mère avait reçu de sa famille, il lui en a fait voir chaque jour et c’est miracle qu’elle soit encore vivante.
Il l’a tout simplement menacée de la tuer si elle ne quittait pas La Réunion. Puis, un autre soir, il lui a carrément fracassé une chaise sur les épaules. Pour faire bon poids, il a également répandu de l’huile par terre, un peu dans toutes les pièces, sans doute pour l’aider à se casser le col du fémur ?
« Koça zot i reproche à moin en fin de compte ? Parce que voilà… voilà… voilà… moin la pas comme ça, moin. En fin de compte… en fin de compte… en fin de compte… ça, l’alcool, ça ! La colère i monte, i monte… » comme la petite bébête de la comptine… en fin de compte.
Dans sa plainte auprès du Procureur, la vieille dame donne une description très précise, exhaustive des mauvais traitement subis par elle.
« Il a même tapé le chien ! »
Il va menacer la victime de « foutre le feu dans la case ». Puis, comble de l’horreur, « de la faire violer par des inconnus ! » Un autre jour, il menace sa mère avec un couteau « si elle ne quitte pas la maison ». Tenaillée par une peur atroce, la vieille femme ira plusieurs fois dormir dans un champ de cannes voisin tant les menaces se font de plus en plus dures. Un autre jour, il la bouscule si fortement que la vieille chute et en ressort handicapée.
La soeur du tortionnaire vient souvent aider sa maman ; l’occasion de constater les hématomes que celle-ci porte un peu partout. « Il a, certaines fois, pissé sur son lit, rien que pour l’embêter ! Il a même tapé le chien auquel il a donné des coups de couteau ».
Lorsque bonhomme en assez de toujours s’en prendre à sa mère, il se rabat sur sa belle-soeur, laquelle a la malchance insigne d’habiter de l’autre côté de la clôture. Jets de galets sur son toit et, le dimanche, musique à fond. La belle-soeur et les siens sont obligés de s’enfuir chaque dimanche ou presque. Presque car il y a parfois des accalmies ; par exemple quand il dort la journée, assommé par ses copieuses libations du samedi soir.
Confiné ? Oui ! Sobre ? Jamais !
Les fois où il a fini de dilapider son RSA, Alamèle vole des objets à sa mère et les revend pour se payer à boire… et arroser quelquefois ses potes en libations.
Bien entendu, à travers son écran géant, Alamèle conteste tout. Elle est tombée ? « Une bousculade involontaire », juste une bousculade involontaire… en fin de compte.
Pendant le confinement, ce dangereux alambic a continué d’habiter chez sa mère, ce qui n’a guère arrangé les choses. Puis est allé chez une ex-concubine qui a fini par le lourder sous le simple prétexte qu’il était ivre, pété, beurré comme un P’Ti LU chaque soir et, logique, devenait violent. Confiné, oui mais faut pas perdre de vue les choses de la vie, quand même. Confiné oui mais sobre jamais. Il a donc pris des libertés assez grandes pour aller se procurer à boire. Mais où donc, grands dieux, puisque les boutiques et bars étaient fermés. À coeur vaillant rien d’impossible. Si Baden Powell entendait ça…
Puis, contre tous les avertissements légaux, il est retourné martyriser sa proie favorite. N’en pouvant plus de se faire battre et menacer de mort (et plus si affinités), la vieille maman a porté plainte et le Alamèle s’est retrouvé en contrôle judiciaire en mai de cette année. Contrôle dont il n’a pas respecté les règles : Eh ! les brumes éthyliques, ça vous enfume la compréhension. S’il fallait tenir compte de ce que disent les juges, où irait-on, je vous l’demande un peu. Les forces de l’ordre l’ont enchristé alors que, brûlé comme une savate, il semait un souk pas possible chez sa maman. Levée du contrôle judiciaire il y a à peine une semaine ; aller-simple pour le 4-étoiles de Domenjod.
Le martyre pour quelques mètres-carrés
Sur la télé géante, Alamèle se défend comme un beau diable, bégaie, bafouille, gémit. La victime, c’est lui, bonsanmécébiensur !
« On m’a tapé avec des morceaux de fer mais moi, j’ai jamais porté plainte ! » Paraît qu’il n’y a pas meilleurs comédiens que les alcooliques et les drogués. Ben lui, il tirerait des larmes au plus vicieux des comédiens du Nil. Eh, Président, faut l’inscrire au Cours-Simon, le Bébel !
« Que pensez-vous de votre attitude envers votre mère ? » lui demande logiquement le président Molié. « C’est inacceptable, je sais », finit-il par admettre du bout des lèvres. « Mais… en fin de compte… si j’étais seul… »
Et là, on comprend que tout l’intérêt que le Alamèle trouve à cette confrontation judiciaire, c’est le bout de terrain qu’il voudrait soutirer à sa mère : « Lorsque vous sortirez de prison, un jour où l’autre, lui demande le président Molié, où irez-vous habiter ? » - « Il y a le terrain familial. Jus’ in’ place po moin habite dessus ».
Cette pauvre femme a enduré le martyre, des années durant, rien que pour quelques mètres-carrés. Oté !… Ben où ça nous vive don ?
La vieille dame ne voulait pas, en dépit de sa plainte, se faire de l’argent sur le dos de son fils. Elle et sa fille ont même accepté de lui céder une parcelle. Si ça, c’est pas de l’amour maternel… Son avocat a juste réclamé 800 euros pour le dommage moral.
Pendant que les juges se retiraient pour leur délibéré, on a eu droit, dans une salle correctionnelle silencieuse et très clairsemée, à un festival son sans lumière de la part de ce grand écran : la télé s’est mise à émettre des incongruités, elle a râlé, elle a soufflé comme dans les 40è, elle a pété (oui, je sais et je m’excuse mais c’est ce qu’elle a fait), elle a roté, et a émis des gémissements plus du style Emmanuelle que Correctionnelle.
Finalement, l’autre salopard s’en tire à bon compte : 12 mois de gnouf dont 6 avec sursis, obligation de soins anti-rhum-charrette, interdiction de ceci et cela… « Vous pouvez appeler votre surveillant et regagner votre cellule », lui confirme le président Molié.
Perso, je l’aurais expédié dans une cellule non chauffée aux îles Crozet. Mais c’est un avis très (trop ?) personnel. Car « des coups et des douleurs », n’est-ce pas…


