[Pierrot Dupuy] La directrice de l'ARS craint de voir Mayotte submergée par une vague de malades comoriens

La directrice de l'ARS Mayotte commence son courrier par ses inquiétudes concernant l'état de santé "d'un de vos confrères, atteint par le Covid 19, hospitalisé en réanimation".
Puis, très vite, elle ne peut s'empêcher de faire part de ses états d'âme : "Nous connaissons une situation difficile à Mayotte tous les jours de l’année. Elle est plus difficile encore depuis quelques semaines avec l’épidémie de dengue. Depuis quelques semaines, nous tentons - avec bien peu de moyens et bien peu d’espoir de renforts rapides (...) - de préparer l’arrivée de la vague, dans quelques jours ou un peu plus, dans un climat général mêlant peur, gestes irrationnels en dépit de nos efforts de communication, jugements lapidaires et comportements irresponsables (l’un des derniers cas est revenu déjà malade de métropole, des cas contacts sortent et refusent de porter des masques…)".
Puis, elle vient au sujet qui fâche apparemment autant à Mayotte qu'à La Réunion : la pénurie de masques. Et là, Dominique Voynet annonce la bonne nouvelle : l'arrivée d'un stock de masques qui va permettre d'équiper le personnel soignant mahorais.
Mais Dominique Voynet en a apparemment gros sur le coeur et on a l'impression qu'elle a besoin de parler, même si un peu plus loin, elle affirme vouloir "garder ses états d'âme pour elle". Elle révèle que "la diffusion du virus dans les bangas, c’est ma hantise… Comment isoler des dizaines, des centaines de cas ?"
Autre sujet d'inquiétude : "Je pense aussi au risque de voir arriver des kwassas porteurs de malades, dès lors qu’il sera clair que le système de santé comorien ne tient pas… Face à cette immense menace, on doit être aussi responsable que possible".
Effectivement, quelle attitude adopteront les autorités de Mayotte si demain, face à l'incurie des services hospitaliers comoriens, des centaines de malades affluaient en kwassas à Mayotte dans l'espoir de se faire soigner?
Que pourraient-elles faire? Dresser un mur interdisant à ces kwassas de débarquer à Mayotte? On sait que c'est impossible. La France a déjà essayé par le passé et n'y est jamais parvenue.
Faire comme les Grecs et ordonner à la Légion étrangère de tirer sur les embarcations? Impossible.
Donc, la seule solution qui restera sera de les accueillir...
Très vite, le seul hôpital de Mayotte sera saturé et la seule solution ne pourra consister qu'à l'évacuation des malades par avion ou bateau de l'armée vers La Réunion, qui sera déjà débordée, ou vers la métropole.
Je vous laisse imaginer la réaction de la population réunionnaise quand elle apprendra que nos malades ne pourront être soignés dans les rares lits disponibles dans nos CHU parce qu'il faut faire de la place pour des malades comoriens... Le standard de Freedom risque d'exploser !
Ci-dessous le mail complet de la directrice de l'ARS Mayotte :
"Ce soir, nous sommes tous préoccupés par l’état de santé d’un de vos confrères, atteint par le Covid 19 et hospitalisé en réanimation.
Vous mesurez aussi bien que moi la gravité de la situation, au niveau national comme au niveau mondial.
Nous connaissons une situation difficile à Mayotte tous les jours de l’année.
Elle est plus difficile encore depuis quelques semaines avec l’épidémie de dengue. Depuis quelques semaines, nous tentons - avec bien peu de moyens et bien peu d’espoir de renforts rapides, car trop de régions métropolitaines se trouvent dans une situation parfois pire que la nôtre - de préparer l’arrivée de la vague, dans quelques jours ou un peu plus, dans un climat général mêlant peur, gestes irrationnels en dépit de nos efforts de communication, jugements lapidaires et comportements irresponsables (l’un des derniers cas est revenu déjà malade de métropole, des cas contacts sortent et refusent de porter des masques…).
L’inquiétude se focalise à juste titre sur les masques.
Jusqu’à présent, on était totalement dans l’incertitude d’un éventuel réassort, dans un climat national de pénurie généralisée. Un nouveau stock est arrivé au CHM hier. On a plus de deux mois d’avance pour les services exposés +++ (réa, urgences, SAMU…) Du coup, j’ai décidé d’équiper en masques tous les libéraux (médecins et infirmiers, pharmaciens et si possible sages-femmes et kinés), ceux qui travaillent en tout cas (il y a des cabinets fermés), avec une quantité encore limitée de masques neufs. On a aussi un important stock de masques périmés depuis peu, qu’on est autorisés à utiliser dans les 6 mois qui suivent la date de péremption (ils ont été testés et tout et tout).
La diffusion du virus dans les bangas, c’est ma hantise… Comment isoler des dizaines, des centaines de cas ?
Je pense aussi au risque de voir arriver des kwassas porteurs de malades, dès lors qu’il sera clair que le système de santé comorien ne tient pas…
Face à cette immense menace, on doit être aussi responsable que possible : pour ce qui me concerne, je garde mes états d’âme pour moi. Et j’essaie de faire tout ce qui est possible pour limiter l’impact de ce que certains décrivent déjà comme l’une des plus grandes catastrophes sanitaires du siècle.
Je reviendrai vers vous dès que j’aurai du nouveau, concernant les masques en tissu.
Haut les cœurs
Dominique Voynet".


