[Pierrot Dupuy] Municipales : Quelques confirmations et de nombreuses surprises

Pour la première fois depuis longtemps, il était extrêmement difficile de prédire quels étaient les candidats qui allaient se retrouver au second tour de ces élections municipales dans la plupart des communes de La Réunion. Vous aurez d’ailleurs peut-être noté que je ne me suis pas risqué cette fois à faire des pronostics, contrairement à mon habitude.
Au final, ce scrutin qui aura été marqué par une participation très en deçà de celle des précédents scrutins, coronavirus oblige, se caractérisera par une prime aux candidats sortants, contrairement à ce que l’on aurait pu penser il y a quelques mois de cela, en pleine crise des Gilets jaunes et où le dégagisme était à la mode.
On notera malgré tout quelques surprises comme à la Plaine des Palmistes où un candidat que personne n’avait vu venir en tout cas en dehors de la commune, Johny Payet, arrive largement en tête de ce premier tour avec de bonnes chances de l’emporter dimanche prochain. Si le second tour a bien lieu, mais ça c’est une autre histoire…
Parmi les surprises, relevons le bon score d’Ericka Bareigts à Saint-Denis, qui devance nettement Didier Robert, les élections au premier tour de Michel Fontaine à Saint-Pierre qui fait très fort pour ce qui s’apparentera très certainement comme son dernier mandat, le très bon score de Vanessa Miranville elle aussi très bien placée pour le second tour, ou encore l’élection au premier tour d’Olivier Hoarau au Port qui a mis un terme probablement définitif aux velléités de Pierre Vergès de revenir en politique. Une dynastie s’éteint… Sans parler de l’élection au premier tour de Patrick Lebreton à Saint-Joseph et de Serge Hoarau à Petite Île. À croire que l’air du Sud est propice aux élections au premier tour…
Saint-Denis : Ericka Bareigts en pôle position
C’était un des résultats les plus attendus. Didier Robert allait-il réussir son OPA sur le chef-lieu ?
La réponse est tombée, sans équivoque.
Ericka Bareigts arrive nettement en tête avec 42,69% des suffrages, devançant nettement Didier Robert (24,88%) et Nassimah Dindar (13%).
Plusieurs cas de figure peuvent encore se produire pour le second tour : Nassimah Dindar peut se maintenir, puisqu’elle a dépassé la barre des 10%, ou fusionner avec une des deux listes arrivées en tête.
Si elle rejoint Ericka Bareigts, elle donnera le sentiment de voler au secours de la victoire, mais même si elle fusionne avec Didier Robert, ce ne serait pas suffisant pour que le duo devance, sur le papier, la protégée de Gilbert Annette. À eux deux, ils ne réuniraient qu’un peu plus de 37% des voix et il est connu, en plus, qu’en politique 1+1 ne font pas 2.
Il faudrait rajouter également les voix d’Alain Armand (3,88%) et surtout de Vanessa Payet (7,47%) pour qu’enfin le président de Région devance la députée de Saint-Denis
Autant dire que les choses s’annoncent très compliquées pour Didier Robert et nul doute que les négociations ont très certainement déjà commencé.
Reste une autre hypothèse qui courait les rédactions depuis quelques semaines : et si le véritable objectif de Didier Robert était d’empêcher Gilbert Annette de mettre la main sur la CINOR ?
On sait qu’aujourd’hui, la plus grande partie des budgets et des compétences se trouvent dans les communautés d’agglomérations. C’est la CINOR par exemple qui est compétente dans le dossier de la Nouvelle Entrée Ouest de Saint-Denis, dans celui du tramway, de l’eau, des déchets, etc…
Or, les voix de Sainte-Marie et de Sainte-Suzanne pèsent autant que celles de Saint-Denis au sein de la CINOR.
Dans l’hypothèse d’une victoire de Richard Nirlo à Sainte-Marie et de Maurice Gironcel à Sainte-Suzanne, ce qui est probable au vu des résultats du premier tour, une alliance pourrait leur permettre de ravir la communauté de communes grâce aux quelques voix d’opposition que Didier Robert va malgré tout grappiller à Saint-Denis. Un dossier à suivre…
Saint-Pierre : Le roi Michel assis sur son trône…
C’était la grande question : Michel Fontaine allait-il réussir à se faire élire au premier tour ? La réponse est tombée, positive, avec en plus un score royal de 57,01%.
Jean-Gaël Anda devra encore attendre s’il veut un jour s’installer dans le fauteuil de maire et nul doute que son score de 22,33% a dû le décevoir.
Michel Fontaine en sort renforcé et peut sereinement attaquer son dernier mandat. À moins d’un incroyable retournement de situation qui verrait l’élection de Didier Robert à Saint-Denis, il se présentera en position de force aux régionales de l’an prochain.
Saint-Paul : Huguette Bello en tête et possible triangulaire
Qu’Huguette Bello arrive en tête, c’était prévisible au vu du nombre de candidats de Droite. Par contre, ce qui l’était moins, c’était l’avance qu’elle allait creuser sur son principal concurrent, Joseph Sinimalé.
36,59% pour Huguette Bello contre 19,89% pour Joseph Sinimalé et 14,60% pour Alain Bénard…
Une union de Sinimalé et de Bénard leur permettrait de faire jeu égal avec la candidate communiste, et ils pourraient en plus compter sur le report des nombreux autres candidats de Droite. Mais rien n’est moins sûr.
Le ressentiment d’Alain Bénard pour Sinimalé est très fort et il n’a cessé de clamer pendant la campagne que jamais il ne se désisterait ou ne rejoindrait le maire sortant.
Ça, c’était à une époque où il était convaincu qu’il le devancerait. Confronté aux résultats et sous la pression de ses amis, peut-être acceptera-t-il de "mettre un galet su son cœur", comme on dit en créole. Mais rien n’est moins sûr.
Quoi qu’il en soit, si Alain Bénard décidait malgré tout de se maintenir, Huguette Bello serait certaine d’être élue dans un fauteuil.
Saint-Benoît : Possible match à cinq : Selly / Ramin / Dalleau / Le Constant / Payet
On savait que Saint-Benoît, c’était la bouteille à encre. Les résultats de ce soir le confirment amplement. Cinq candidats sont en situation de se maintenir pour le second tour, avec de très faibles écarts les séparant : 22,13% pour Patrice Selly qui vire en tête, 19,64% pour Sabrina Ramin, 15,60% pour Patrick Dalleau, 14,79% pour Philippe Le Constant et enfin 11,94% pour Valérie Gangnant.
Dans un tel cas de figure, tout demeure possible. Il suffirait que deux candidats fusionnent leurs listes pour qu’ils basculent en tête.
Patrice Selly part avec une -petite- longueur d’avance, mais rien n’est joué.
Saint-André : La dynastie Virapoullé bien placée
C’était un autre des résultats très attendus de ce premier tour : Jean-Marie Virapoullé allait-il réussir à conserver dans le giron familial la mairie ? Et autre question : Jean-Paul Virapoullé, malgré l’âge, tenait-il encore sa commune ?
La réponse est là aussi tombée sans ambages : c’est oui aux deux questions.
Jean-Marie Virapoullé est arrivé assez largement en tête avec 31,47% des suffrages exprimés, assez nettement devant Joé Bédier (24,88%) et l’ancien maire Eric Fruteau (17,09%) qui rate son retour en politique.
La grande interrogation réside maintenant dans la capacité des deux anciens amis de Gauche à se réconcilier et à faire liste commune au second tour. Rien n’est moins sûr.
À noter l’écroulement de Léopoldine Settama qui ne réussit qu’un piteux score de 5,23%. À quelques voix près, elle n’arrivait même pas à se faire rembourser ses dépenses de campagne…
Sainte-Marie : Richard Nirlo en grand favori
Gérald Maillot n’a pas réussi à faire main basse sur la commune de Sainte-Marie.
Il ne réalise qu’un score de 23,7% au premier tour, loin derrière Richard Nirlo et ses 36%.
Autant dire que ses chances d’être élu maire sont quasi nulles, d’autant que Céline Sitouze, qui est arrivée en troisième position avec 13,41%, a d’ores et déjà annoncé qu’elle se maintenait.
On assistera donc à une triangulaire, avec probablement l’élection de Richard Nirlo, si le coronavirus autorise le second tour.


