Revenir à la rubrique : Blog de Pierrot

(Pierrot Dupuy) Les dessous de la première rencontre entre Chirac et Margie Sudre et comment il l'a piégée

Ecrit par zinfos974 – le dimanche 29 septembre 2019 à 17H50

Dans un précédent article, je vous ai exposé comment j'étais devenu [le fournisseur officiel de rhum arrangé pour Jacques Chirac à l'Elysée]urlblank:https://www.zinfos974.com/Pierrot-Dupuy-Comment-je-suis-devenu-le-fournisseur-officiel-de-rhum-arrange-de-Jacques-Chirac-a-l-Elysee_a144749.html . Aujourd'hui, je vais vous raconter les manoeuvres qu'a utilisées Jacques Chirac pour obtenir le ralliement de Margie Sudre à la présidentielle de 1995.
Des révélations que même l'ancienne secrétaire d'Etat à la Francophonie ignore et qu'elle va découvrir en même temps que les lecteurs de Zinfos.

Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, j'étais à l'époque un des responsables de la fédération RPR de La Réunion. Et c'est à ce titre que j'avais été chargé d'organiser le voyage du candidat Chirac dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles de 1995.

Cela consistait à accompagner le staff parisien composé de Daniel Leconte et Michel Balloche (qui deviendront après l'élection membres du cabinet du président de la République à l'Elysée) et de Claude Chirac, sa fille, omniprésente dans l'organisation. Je leur servais entre autres de chauffeur pour les emmener rencontrer des élus en vue d'obtenir leur soutien, visiter des salles pour les meetings et m'occuper de toutes les autres tâches plus terre-à-terre comme organiser la sécurité ou inviter les militants.

C'est dans ce cadre que j'ai eu un jour l'étonnement de recevoir un appel de Margie Sudre, alors présidente de la Région qu'elle dirigeait dans le cadre d'une majorité avec le PCR de Paul Vergès.

Margie, comme Camille, étaient plutôt classés à Gauche, même si elle était beaucoup plus modérée que son mari.

Je n'ai bien sûr pas enregistré la conversation mais je vais vous la retranscrire telle que je l'ai gardée en mémoire. "Bonjour Pierrot. J'ai appris que Jacques Chirac va bientôt venir en visite à La Réunion. Il n'est bien sûr pas question pour moi de le soutenir mais il se trouve que ma soeur et son mari seront en vacances chez moi à ce moment-là. Or, ma soeur, qui est conseillère municipale d'opposition à Nantes, est une grande admiratrice de Chirac et elle m'a dit qu'elle souhaiterait assister à son meeting au Créolia. Est-ce que tu peux me faire parvenir une invitation, pour elle et son mari? Et comme elle n'a pas de voiture, c'est moi qui la conduirai mais je resterai à l'extérieur".

Je lui dis que je le ferai avec toutefois un certain embarras. Il n'y avait en effet pas de cartons d'invitation de prévus. Tout se passait par appels téléphoniques.

Je passe donc un coup de fil à François Mas, qui était à l'époque le secrétaire départemental du RPR et nous décidons de faire imprimer quelques cartons d'invitation, spécialement à destination de Margie Sudre.

Arrive le soir du meeting au Créolia. La salle est comble et comme nous sommes en novembre, il fait très chaud et les grandes baies vitrées donnant sur la piscine ont été laissées ouvertes.

Jacques Chirac se trouve sur le podium aux côtés des principales personnalités gaullistes de l'époque. Je garde en mémoire Auguste Legros et David Moreau mais il y en avait d'autres.

Les premiers discours de bienvenue commencent et comme je suis plus grand que la moyenne, je remarque une chose étrange : Margie Sudre, à l'extérieur de la salle, faisant les cents pas autour de la piscine, attendant que le meeting soit terminé pour récupérer sa soeur et son beau-frère.

Je me rapproche alors de Rémi Chardon, directeur de Cabinet de Jacques Chirac à la mairie de Paris et lui montre la présidente de Région à l'extérieur. Il me demande ce qu'elle fait là et je lui explique qu'elle est venue pour accompagner sa soeur qui se trouve dans la salle.

Rémi Chardon se rapproche alors de Chirac et lui murmure quelques mots à l'oreille.

Les discours s'achèvent et vient le tour de Jacques Chirac. Il s'empare du micro, remercie toutes les personnalités présentes et, dans un geste théâtral, tend le bras vers la piscine et dit : "Et je remercie aussi Mme Margie Sudre, présidente de la Région, qui certes n'a pas encore pris position dans le cadre de cette élection, mais qui nous fait l'honneur d'être là ce soir. Je lui demande de nous rejoindre sur le podium"...

Tout le monde se tourne vers l'extérieur, la foule s'écarte, créant un passage dans le prolongement du bras de Jacques Chirac. Un aimant irrésistible.

Je vois le visage de Margie Sudre qui reflète la panique, mais qui ne peut faire autrement que d'avancer.

Sur son passage, elle me voit et me dit, à voix basse tout en agitant la main négativement : "Mais je ne veux pas, je ne veux pas". Elle continue cependant à avancer, irrésistiblement attirée par le bras toujours tendu de Jacques Chirac.

Et elle finit par monter sur le podium, aux côtés du candidat, avec un sourire crispé.

Les photographes mitraillent la scène. Elle aura beau expliquer après aux journalistes qu'il ne fallait pas prendre sa présence pour un soutien, le mal était fait.

"Tu obéis à Pierrot"...

A la fin du meeting, Rémi Chardon s'approche de moi et me demande si, à mon avis, Margie Sudre accepterait de diner avec Jacques Chirac. Je lui explique que selon moi, elle n'acceptera jamais mais je lui rappelle que sa soeur est une fervente admiratrice du Premier ministre. Je suggère donc d'inviter la soeur et, comme c'est Margie qui lui sert de chauffeur, elle sera obligée de l'accompagner.

Le piège fonctionne à merveille. La proposition est faite à la soeur qui bien sûr accepte avec joie... avant de se rappeler qu'elle a besoin d'un chauffeur. Elle se tourne alors vers Margie : "Margie, s'il te plait, dis oui, dis oui". Ce qu'elle finit par faire, à contre-coeur.

Et c'est ainsi que, de retour au Créolia, Claude Chirac me charge de conduire "Le Grand" diner au Pavillon d'Or, le plus prestigieux restaurant chinois de Saint-Denis à l'époque. Avec des consignes strictes adressées à son père : "Demain, on a encore une dure journée. Alors Pierrot, tu es chargé de le ramener au plus tard à minuit". Et se tournant vers son père : "Quand Pierrot vous dira qu'on part, vous lui obéissez"...

Et c'est ainsi que je me suis retrouvé à table avec celui qui allait devenir quelques mois plus tard président de la République, Margie Sudre, sa soeur et son mari, Jean-Louis Debré et sa femme, et Jean-François Bosviel qui était entre-temps devenu président de la fédération RPR.

C'est aussi là que j'ai pu découvrir à quel point Jacques Chirac pouvait être un grand charmeur...
 

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :