Ferrand te voilà ferré !

Le dimanche 27 juillet 1214, dans la plaine de Bouvines, le roi Philippe Auguste affrontait victorieusement ses ennemis coalisés. Son retour vers Paris, nous rapportent les chroniques du temps, fut triomphal. Dans ses bagages il emmenait, enfermé dans une cage de fer, le comte de Flandres Ferrand que le peuple qui se pressait sur son passage venait narguer d’un "Ferrand te voilà donc ferré !"
Aujourd’hui un autre Ferrand est lui aussi en très mauvaise posture. Ce dernier qui fut le principal lieutenant du candidat Macron, s’il n’est pas encore "aux fers", s’il n’est pas encore effectivement condamné par la justice, est cependant si solidement accroché à l’hameçon qu’il ne peut plus raisonnablement espérer s’en décrocher. Son sort est désormais scellé et sa démission du gouvernement paraît inéluctable. C’est, disent beaucoup, un juste retour des choses, pour un homme qui, lors de la dernière campagne présidentielle, n’avait pas eu son pareil pour faire la morale à ses adversaires, notamment au pauvre Fillon : "Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais". Et bien cet arroseur le voilà arrosé !
Un autre ministre de ce premier gouvernement Macron est en très mauvaise posture. C’est Mme de Sarnez, la fidèle lieutenante de Bayrou. Celle-ci est convaincue d’avoir pris comme attachée parlementaire à Bruxelles où elle siégeait une personne employée par ailleurs au siège parisien du Modem. Alors si, quand il s’agit des députés européens du Front National, on considère qu’il y a eu « emplois fictifs », le même reproche doit lui être également adressé, sauf à faire une exception en sa faveur et, comme on dit, "deux poids, deux mesures"…
Troisième personnalité, elle aussi épinglée, le Garde des Sceaux lui-même, le ministre de la Justice Bayrou, lequel est pourtant sur le point de proposer une "loi de moralisation de la vie politique". Eh bien, celui qui, en tant que Garde des Sceaux, devrait se garder absolument de prendre parti dans les affaires judiciaires en cours (la justice étant, comme chacun sait, indépendante !), qui devrait se montrer totalement impartial et au-dessus de la mêlée, vient de voler, par un communiqué de soutien, au secours de Mme de Sarnez. Choquant isn’t it ?
Alors comment le Président Macron, élu au terme d’une campagne très habilement menée, après avoir inauguré son quinquennat de façon très habile (un "sans faute" nous disent beaucoup de commentateurs) et composé un gouvernement compacte et très habilement dosé, va-t-il parvenir à effacer l’effet négatif de ces premières maladresses ? Celui qui se voulait le rénovateur de la vie démocratique, une sorte de M. Propre augurant des Temps Nouveaux pour notre pays, ne voit-il pas son image de la sorte quelque peu brouillée ? Cela, il est vrai, ne va pas encore très loin mais cela ne devrait-il pas inciter les citoyens que nous sommes, au lieu d’envoyer au Palais Bourbon une foule de béni-oui-oui dociles, à voter pour des représentants aptes à tenir efficacement tête à l’héritier de Hollande ?


