Les charlatans aveugles d'En Marche

Hegel nous avait enseigné que la dialectique correspondait au mouvement même de l'esprit. Cette force, nous avait il dit, est le moteur interne des choses, qui évoluent selon les répétitions séquentielles du cycle : affirmation- négation- synthèse éphémère-nouvelle affirmation .
Marx et ses prosélytes sont allés plus loin. La dialectique s’imposait , selon eux, non pas seulement au monde des « idées » mais plus « matérialistement » au mouvement de l’histoire et plus généralement à la réalité quotidienne animée, de la même façon, par l’affrontement des oppositions socio-économiques .
Dans le domaine politique, et tout au moins là où le cycle des alternances n’est pas entravé par la main mise d’un clan sur l’appareil d’Etat , cette « dialectique » trouve son expression institutionnelle dans l’affrontement de forces politiques se faisant front et regroupées dans ce que l’on appelle une « majorité » et une « opposition » . Ce que l’on a appelé la « lutte des classes » n’est que l’expression exacerbée et conflictuelle de cette dynamique. Notre système parlementaire privilégie, heureusement , une approche plus apaisée de la résolution des conflits , à la condition bien entendu que le processus d’élaboration des lois garantisse , par le débat , la confrontation préalable des points de vue . Le résultat ( la loi votée ) n’est dès lors que le sous produit de la démarche ( le débat contradictoire ).
Macron et sa bande de marcheurs , qui ne vont nulle part et vont vite tourner en rond, prétendent désamorcer ce mouvement dialectique . Sont-ils fatigués d’avoir à assumer cette condition matérialiste de l’histoire ? Ne sont-ils pas plutôt au fond des gens pressés et cyniques qui veulent accélérer à leur profit le cycle et passer devant la file ?
Ils ont donc imaginé d’en finir avec l’antithèse et d’en venir directement à la synthèse , dont ils seraient les producteurs permanents , vendant leur camelote idéologique directement aux consommateurs citoyens désemparés. Plus de débats puisque le compromis est établi a priori , dans les coulisses et selon des alliances de circonstances.
Les présidentielles auront servi de décor. On aurait pu s’attendre à une alternance normale et assumée entre la Gauche et la Droite. La Gauche ayant failli, le témoin aurait du être passé loyalement et civilement à la Droite .
Macron et les siens ont décidé de renverser la table . Un grand festival !
Après un premier tour bidonné dans la confusion par les tenants du système pour leur seule cause, la lutte des classes ressurgira politiquement à la faveur du duel de second tour qui va donc opposer le libéral Emmanuel Macron à la souverainiste Marine Le Pen.
L'électorat de Macron réunit la France qui va bien et même de mieux en mieux , la France optimiste, la France qui gagne bien sa vie, la France qui n'a besoin ni de frontières ni de patrie, parce qu’elle est partout chez elle . Cette France se déclare «ouverte» et « libertaire » parce qu'elle a les moyens de jouir de cette ouverture et de cette liberté.
Dans le camp d’en face , la France de Marine Le Pen est la France qui souffre, qui s'inquiète. Son horizon ce sont ses fins de mois . Elle est révoltée de tant d’injustices . Elle gronde face à l'incroyable arrogance de cette bourgeoisie des beaux quartiers qui lui donne des leçons « d'humanisme » et de « progressisme » . Forcément cette France là ne voit le progrès qu’à reculons et l’ humanité que comme une forêt hantée de loups .
Se dessine déjà le nouveau scénario , dont Pierre Lellouche , député républicain qui vient d’annoncer son retrait de la vie politique , nous présentait hier les contours.
A peine et prétendument abolie la frontière entre la droite et la gauche, se reconstitue, sur la droite, une nouvelle force d’opposition qui va revendiquer désormais le monopole de la contestation contre l’UMPS . Elle cristallisera cette fois autour du FN, qui n’en attendait pas tant .
Décidément ces idiots utiles de l’UMPS vendront au FN , comme l’énonçait un propos prêté à Lénine, « la corde avec laquelle ils seront pendus ».
Macron le prétentieux n’a aucune vision de l’histoire. Il n’a de vision que de son histoire et de celle de Brigitte, qui nous disait il y a peu que c’était pour elle l’occasion ou jamais d’accéder au pouvoir parce que dans cinq ans elle ne serait plus aussi présentable .
Macron a ouvert la boîte de Pandore et il n’en sortira que des malheurs. La presse , inconsciente , après avoir mis à mort Fillon et balancé du même coup la « dialectique » Droite – Gauche pressent désormais mais trop tard le désastre. Elle s’active maladroitement a réparer les dégâts .
Comparaison n’est évidemment pas raison mais on est frappé par les similitudes entre ce que la France vit : crise économique profonde , endettement qui prive les pouvoirs publics de toute marge de manœuvre, chômage de masse , pauvreté, crise morale , disqualification de la classe politique et ce qu’a vécu l’Italie dans les années 20 et l’Allemagne une décennie plus tard.
Preuve ultime de l’entourloupe des Marcheurs : demandez leur si chez eux on a institué l’autogestion citoyenne ouverte , la transparence qu’ils invoquent et le débat permanent. Vous les verrez pâlir.
Eh bien je vais vous livrer un secret ! Chez En Marche , on ne pratique pas plus qu’ailleurs le tirage au sort des responsables , on n’y conçoit pas plus les projets au terme d’un processus de démocratie participative . Au contraire , là comme ailleurs et sans doute pire qu’ailleurs , il y a ceux qui commandent et ceux qui doivent suivre ; il y a ceux qui tirent les ficelles et ceux qui les ont à la patte. On n’a jamais à vrai dire conçu un système plus centralisé qu’En Marche . Forcément n’avoir aucun militant encarté est bien plus commode que de réunir un congrès, même bidon, comme au PS, ou d’organiser des primaires.
Que la fête commence ! Nous allons dans quelques jours assister aux pires combinaisons de la 5 ème république.
Je fais le pari que notre constitution n’y survivra pas.
La Réunion non plus d’ailleurs. Regardez, pour vous en convaincre, quels sont les premiers ralliés locaux d’En Marche : nos « progressistes » en chefs de Saint Denis , de Saint Leu et de la CINOR . Jetez donc un œil sur la manière dont ils gèrent, en petits dictateurs, leur collectivité et vous mesurerez l’idée qu’ils se font du compromis . Edifiant !
La Réunion aura donc connu deux séismes en 2017 : la mort de Paul Vergès qui a laissé plein d’orphelins et l‘abolition de la «dialectique politique » .


